DANIEL GÉRARD: « J'étais devenu l'homme à abattre »

Daniel Gérard, président de l'Association mauricienne de handball ne sera pas candidat à sa succession en tant que président de l'Association mauricienne de handball (AMH). Il nous avait révélé cette décision vendredi dernier et nous l'a confirmé au cours d'un entretien réalisé lundi au gymnase de Phœnix. Une décision prise selon lui en raison des critiques émises à son égard et de l'attitude de certains clubs et dirigeants. Toutefois, il souligne qu'il continuera à apporter son soutien à l'avancement de cette discipline et maintient que le défi organisationnel de la Coupe du Monde -17 ans de beach handball sera relevé en juillet.

Une certaine confusion a régné ces derniers jours quant à votre décision de briguer de nouveau la présidence de l'AMH le 11 février. Vos déclarations au Mauricien et à un de nos confrères samedi dernier étaient contradictoires. Qu'en est-il exactement ?
J'avais en effet déclaré à votre confrère en début de semaine dernière que j'étais de nouveau candidat à la présidence. En cours de semaine, après mûre réflexion, j'ai pris la décision de ne pas briguer un nouveau mandat. D'où ma déclaration au Mauricien.

Pourquoi une telle décision, alors que Maurice organise la Coupe du Monde -17 ans de beach handball dans quelques mois ?
Après huit ans, j'en ai eu ras-le-bol d'être la cible des dirigeants, des joueurs et même du ministère de la Jeunesse et des Sports. Même si la politique prônée par la fédération ne faisait pas l'unanimité, il n'en demeure pas moins que j'ai toujours milité et travaillé pour l'avancement du handball. Je suis dans le giron depuis plus de vingt-cinq ans, ayant d'ailleurs lancé la toute première fédération et ayant également bénéficié d'une formation universitaire dans ce domaine. L'objectif était de multiplier les clubs au fil des années. Or, il se trouve qu'aujourd'hui la plupart des clubs ne sont pas structurés et ne se cantonnent uniquement qu'aux joueurs de l'élite, tout en n'ayant pas d'équipe féminine. La formation ne constitue pas leur priorité en raison d'un manque de moyens financiers ou de ressources humaines. Au bout du compte, j'ai également constaté que des dirigeants passent leur temps à tout critiquer et que j'étais devenu l'homme à abattre. Dans de telles conditions, je préfère me retirer de la présidence. Toutefois, je serais toujours présent avec mon bâton de pèlerin. Tant que je serai présent, le handball restera toujours vivant.

Ne pensez-vous que la fédération possède aussi sa part de responsabilité si cette discipline se trouve aujourd'hui dans une situation alarmante ?
Au niveau de la fédération, nous sommes satisfaits d'avoir accompli notre travail, même avec les moyens du bord. Par exemple, avec le concours du ministère de l'Éducation, nous avons organisé des tournois de mini handball, ou encore des tournois dans les régions avec l'apport du ministère de la Jeunesse et des Sports, et de la fédération scolaire. Toutefois, il n'existe pas de suivi au niveau des clubs. Des stages pour entraîneurs et arbitres ont été organisés, mais très peu de personnes ont répondu à l'appel. Deux festivals de beach handball se sont récemment déroulés, mais rien que les Curepipe Rangers et l'ASPL 2000 y ont participé. Où se trouvaient les équipes phares ? En raison de cette inactivité des clubs, nous avons eu à trouver des jeunes au niveau des institutions secondaires. Si au niveau de la fédération nous avons tout entrepris pour encadrer les équipes à travers des stages par exemple, force est de constater malheureusement que ces équipes n'ont pas suivi le pas.

Vos récents démêlés avec le MJS ont-ils influé sur votre décision ?
Non. À ce niveau je n'ai subi aucune pression.

Dans les coulisses, on évoque la nomination de Ludovic Carré à la présidence et la vôtre à la vice-présidence. Est-ce fondé ?
Cela demeure une éventualité. Toutefois, je peux avancer que je ne suis pas boulonné à un quelconque siège. Une simple place de membre au sein du comité directeur me suffit. Qui plus est, je serai toujours impliqué dans l'organisation de la Coupe du Monde -17 ans de beach handball.

Certains avancent que quelques candidats en lice pour l'assemblée générale élective ne seraient pas légitimes. Êtes-vous de cet avis ?
Si on prend en considération la Sports Act de 2013 et 2016, cinq des quatorze candidats au niveau des clubs ne sont pas éligibles. À savoir Yvan Herbu, Stephane Beth et Andy Serviable qui évoluent encore dans le championnat national et Philippe Boudou en raison de son engagement politique. De son côté, Benoît Souchon, tout en étant représentant du Curepipe Starlight, est également membre des Bambous Wanderers. Je me demande si les clubs concernés peuvent modifier les noms de leurs représentants, car la date limite de soumission des noms a expiré dimanche. Nous devrons donc nous mettre en contact avec les représentants du Registrar of Associations afin que cette assemblée générale se déroule dans les règles.

La non participation des Quatre Bornes Warriors à cette fonction a provoqué son retrait provisoire du championnat. Était-ce une occasion de vous débarrasser de son représentant, à savoir Elvis Bonne, qui était votre prédécesseur à la présidence ?
Je me réfère une nouvelle fois à la Sports Act qui stipule qu'un club doit avoir existé depuis au moins deux ans afin de pouvoir participer à une AG élective. Or, les Quatre Bornes Warriors n'ont obtenu leur reconnaissance auprès du Registrar of Associations que depuis octobre de l'année dernière. À partir de là, les dirigeants de cette équipe ont voulu voir plus grand. Toutefois, je maintiens que ce sera le nouveau comité directeur qui décidera si cette équipe peut adhérer ou non à la fédération. Puis, je peux avancer que je n'ai rien contre Elvis Bonne et j'estime qu'en tant qu'ancien président, il doit connaître les rouages de la fédération.

La présence des clubs tels que les Southern Warriors et l’US Trou aux Biches à cette AG élective peut surprendre. D'autant qu'ils ne participent pas aux championnats nationaux…
Comment peut-on parler de clubs fictifs, car ces clubs possèdent en leur sein des joueurs qui ont participé aux Jeux de la CJSOI et au Challenge Trophy. Il est malheureux que nous n'avons pu jusqu'ici organiser des tournois jeunes pour ces équipes, car les équipes phares du championnat ne possèdent pas de leur côté d'une relève. Et ce, malgré les facilités d'entraînement dont elles disposent. Si les dirigeants de ces équipes s'occupaient de la formation et de la relève au lieu d'émettre des critiques, j'aurais été vraiment heureux.

Pouvez-vous parler de bilan négatif concernant la saison dernière, surtout avec des problèmes survenus lors de la finale de la Republic Cup, le cas des frères Lagarde et les résultats fort moyens enregistrés lors des Jeux de la CJSOI et du Challenge Trophy ?
Il ne faut pas voir que le côté négatif. Nous avons quand même des réalisations à notre actif, notamment la confiance placée en nous pour l'organisation de la World Cup, le lancement du school handball, un stage pour entraîneurs et arbitres sous l'égide de la fédération internationale. Si les clubs avaient joué le jeu et si certains dirigeants avaient fait montre d'une autre mentalité, nous aurions évité ces manquements.

Gardez-vous toujours espoir que le handball sera présent aux prochains Jeux des îles ?
L'espoir est encore présent. Il faudra pour cela que l'AMH de concert avec les fédérations ou ligues des autres îles fasse cause commune. D'autant que cette discipline est pratiquée dans toutes les îles. Il reste à espérer toutefois que certains ne fassent pas montre de mauvaise foi.

On ne pourrait conclure cet entretien sans parler de la World Cup. Estimez-vous que le défi sera relevé ?
Il est certain que le défi sera relevé. D'ailleurs, les réunions de travail sous la direction de Jimmy Anthony ont repris cette semaine. Le MJS apporte son soutien en tant que facilitateur et les sponsors devront également se manifester en raison des retombées sportives et touristiques. Il est clair que nous nous sommes battus pour décrocher l'organisation de cette compétition mondiale et qu'il est hors de question de baisser les bras. Les membres du comité organisateur jetteront tout leur poids dans la bataille afin que cette manifestation connaisse le succès escompté.