DAVID MILLIAT (PRÉSENTATEUR SUR FRANCE 2) : « Le Jour du Seigneur n’est pas un club pour catholiques »

La nécessité du savoir-vivre ensemble dans un contexte de différentes croyances religieuses est une constance dans les propos de David Milliat, le jeune présentateur de l’émission « Le Jour du Seigneur », sur France 2. Dans un entretien accordé au Mauricien, il fait part de son émerveillement de l’expérience mauricienne s’agissant des efforts individuels et collectifs pour vivre concrètement le dialogue interreligieux. Selon lui, cette qualité propre au pays « peut donner des clés en France pour comprendre et accepter la différence de l’autre ». Pour lui, l’émission religieuse qu’il présente « est accessible à tous », précisant toutefois qu’il « ne s’agit pas d’un club pour catholiques ».

Cela fait quatre ans que vous êtes avec « Le Jour du Seigneur ». Qu’est-ce qui vous plaît dans cette émission alors que vous avez fait l’école de journalisme et que vous auriez pu ambitionner une autre carrière ?
Ce qui est intéressant avec Le Jour du Seigneur (LJDS), c’est qu’on peut aborder certaines questions avec plus de profondeur, notamment les problématiques humaines. Nous allons aussi à la rencontre des gens et cela donne des relations humaines très fortes dans les interviews et les reportages. Les gens, en toute confiance, parlent de leur moteur intérieur. LJDS a une culture de bienveillance sur les autres et sur le monde. Il y a aussi les grands voyages que nous effectuons, comme ce déplacement à Maurice. Il y a un an, nous étions à Tahiti et, cet été, en Pologne. Et après Maurice, on partira pour la Nouvelle-Calédonie. LJDS permet une grande diversité de rencontres et c’est très passionnant.

Est-ce que votre engagement professionnel a une influence sur votre vie de croyant ou y a-t-il une démarcation, une barrière entre les deux ?
C’est difficile de marquer une frontière entre les deux car les questions liées à la religion et à Dieu me passionnent. Je viens d’une famille chrétienne catholique et pendant longtemps la question de religion ne m’intéressait pas tellement. Ce que je fais à LJDS m’aide à mieux discerner et à mieux comprendre ce qu’est la foi, mais aussi ce que c’est de croire ou de ne pas croire en Dieu, ce qu’est le doute. Pour être franc, je n’ai pas une pratique de foi régulière, mais je veux approfondir les questions humaines et spirituelles au sens large et faire des rencontres. Ce travail m’aide à me situer sur mon propre chemin.

Les attentats terroristes en France ont rendu les Français méfiants vis-à-vis du fait religieux. De quelle manière votre émission contribue-t-elle au dialogue interreligieux en France ?
Une des principales caractéristiques de LJDS est la rencontre avec l’autre. Nous ne sommes pas seuls dans ce travail que vous évoquez. France 2 programme chaque dimanche des émissions religieuses différentes – pour les juifs, les protestants et les musulmans. LJDS a juste une part du paysage religieux français et nous sommes en lien avec les personnes qui préparent les autres émissions. Cette interaction est très importante pour nous. Nous préparons aussi régulièrement des émissions interreligieuses en faisant intervenir des chrétiens, des musulmans et des juifs. Après les attentats à Charlie Hebdo, nous avons fait une émission spéciale, que j’ai présentée avec les responsables de grandes religions. Ils ont tous dit qu’ils étaient effarés et bouleversés par ce qui s’était passé en insistant fortement sur le message d’amour que transmettent les grandes religions. Nous avons fait plusieurs émissions sur le fanatisme religieux en cernant les différents aspects de cette question. En discutant, on découvre que n’importe quelle personne, quelle que soit sa religion, pourrait devenir fanatique.

Vous aviez des attentes en venant à Maurice pour votre émission. À la veille de la diffusion de ce programme, avez-vous pu atteindre vos objectifs ?
En France, l’Église n’est pas toujours bien vue et les jeunes surtout en ont une opinion très critique. Nous nous sommes dit que ce serait intéressant de montrer un visage un peu différent de l’Église que celle que connaissent les jeunes en France. Cette émission tournée à Maurice peut donner des clés à ce sujet. Je voudrais souligner la rencontre avec la théologienne Danièle Palmyre, avec qui nous avons eu une discussion très intéressante. Elle nous a raconté avec passion et un certain bonheur comment se passent le dialogue interreligieux à Maurice et le vivre-ensemble du quotidien. Et j’ai constaté en l’écoutant comment on pouvait facilement ouvrir les barrières et casser les frontières. Il faut d’abord comprendre ses propres complexités pour pouvoir accueillir l’autre. En montrant cela aux téléspectateurs, cela peut donner des clés en France pour comprendre et accepter la différence de l’autre. Dans LJDS, nous allons à la rencontre des gens, quels qu’ils soient, et nous aimons les initiatives positives de n’importe quel groupe. Favoriser le dialogue interreligieux, c’est favoriser les liens entre les uns et les autres.

Vous voyagez beaucoup… Y a-t-il des préoccupations communes que vous relevez lors de vos reportages et rencontres ?
En effet, la question du comment vivre-ensemble est une préoccupation dans beaucoup de pays et dans beaucoup de sociétés. Comment aimer l’autre tel qu’il est et non pas comment on voudrait qu’il soit donne lieu a beaucoup de réflexions.

Avez-vous déjà fait un sondage pour voir si cette émission religieuse à gagner en audience, d’autant plus que vous pratiquez l’ouverture aux autres ?
LJDS a gagné en audience mais ce n’est pas par hasard. Nous avons revu le concept et le contenu et c’est une émission moderne qui s’intéresse à l’actualité. Je dois reconnaître que, pour l’heure, les téléspectateurs sont plutôt âgés et la plupart d’entre eux sont des femmes. Avec les réseaux sociaux, nous arrivons à intéresser un public un peu plus jeune.

Comment définiriez-vous LJDS ?
C’est une émission chrétienne catholique qui est ouverte aux autres et sur le monde avec, au cœur de l’émission, un message d’Évangile. L’émission étant diffusée sur une chaîne du service public, notre mission est de parler au plus grand nombre et d’aborder des thèmes qui ne sont pas compliqués. Le but de LJDS est d’être accessible à tous. C’est une émission grand public mais LJDS n’est pas un club pour catholiques. Je souhaite que nous continuions dans la même perspective, c’est-à-dire d’être ouvert sur le monde et de gagner davantage en proximité avec les gens. Aussi que ce soit une proximité avec un échange vrai et que les personnes qui participent à l’émission puissent se livrer en toute confiance.

Qu’est que vous souhaiteriez que les téléspectateurs français gardent en tête de cette émission sur Maurice ?
Le vivre-ensemble chez vous et le respect mutuel. C’est intéressant de dire qu’à Maurice le vivre-ensemble est possible, même s’il y a parfois quelques tensions, sans que la religion ne soit perçue comme quelque chose de négatif.