Un colloque intitulé “Port-Louis, quel avenir ?” a été tenu hier par le Parti Travailliste (PTr) au Gymkhana, au Champ-de-Mars. Le leader des rouges, Navin Ramgoolam, a parlé de l’histoire de Port-Louis. Dès lors, Navin Ramgoolam s’est opposé au projet Heritage City, avant de déclarer que s’il revient au pouvoir, « Port-Louis demeurera la capitale administrative ». D’autres intervenants, dont des Port-louisiens, ont dit « non » à la décentralisation de la ville.
« Lorsque j’étais Premier ministre, a déclaré Navin Ramgoolam hier, j’avais mis un comité de préservation du patrimoine sous la houlette d’Alain Gordon-Gentil. Port-Louis loge notamment le musée de la photographie et des lieux de culte. Nou bizin preserv nou leritaz. LAsanble nasional pa kapav deloze; li bizin ress dan Port-Louis. Si deloz Parlman ek hipodrom, Port-Louis  pou vinn enn lavil mor », est d’avis le leader du PTr.
Le colloque “Port-Louis, quel avenir ?”, tenu hier soir à la municipalité de Port-Louis, a été l’occasion de revenir sur des débats qui poussent à la réflexion sur la capitale. De grosses inquiétudes concernant l’avenir de Port-Louis ont été exprimées par plusieurs membres de l’opposition et des Port-louisiens. Ils se disent contre le projet Heritage City que prévoit le gouvernement.
Pour rappel, les services de Stree Consulting, une firme de Dubayy, ont été retenus pour travailler sur le “Masterplan” de l’Heritage City. La nouvelle ville, établie sur 226 arpents à Ébène, logera l’Assemblée nationale, les bureaux du PM et des ministres, des résidences ainsi que des villas et un Heritage Square Park. Sont également prévus à Port-Louis, la relocalisation de la Gare du Nord et de la Gare Victoria ainsi que la création de plateformes reliant le Caudan à l’Aapravasi Ghat, entre autres.
Plusieurs architectes se sont prononcés sur ce projet et émettent un avertissement sévère. L’ancien Lord-Maire, Mamade Khodabaccus, a émis un « non » catégorique à la décentralisation de Port-Louis et insiste sur la préservation du patrimoine. « Port-Louis compte plus de 140 000 habitants et nous avons notre responsabilité vis-à-vis des citadins. Port-Louis renferme beaucoup d’architectures, de symboles et de fiertés de notre patrimoine. »
Osman Mahommed, l’initiateur du débat, intervient également : « Rs 3 milliards ont été dépensées dans l’infrastructure de Port-Louis et Rs 2 milliards pour l’hôpital Jeetoo, sans oublier la construction de nombreuses maisons. Le projet Heritage City a été approuvé au conseil des ministres et, ce qui est le plus alarmant, c’est que dans six mois démarre la première phase des travaux. Port-Louis est menacée, il est temps de tirer la sonnette d’alarme. Notons aussi que Rs 52 milliards sont investies par les promoteurs et les étrangers pour les Smart Cities. » Les questions que l’on doit se poser, selon Osman Mahommed, sont : « Eski avek enn sitiasyon parey, secter prê pou investir 51 milliards ? Et lorsque les bureaux de Port-Louis s’installeront à l’Heritage City, quel effet cela aura-t-il sur l’emploi ? »
D’autre part, l’architecte Pritoo Puramamund a indiqué que « les architectes ne sont pas contre le développement, mais s’insurgent contre la façon dont certaines personnes comptent s’approprier le projet de Smart City ». L’économiste Eric Ng, membre du panel, a, lui, déclaré : « Port-Louis est une ville lumière qui dégage une chaleur humaine, à l’inverse d’Ébène, qui paraît froide. (…) Si on transfère le Parlement et les autres ministères à Heritage City, cela privera la capitale de 10 000 à 15 000 fonctionnaires. L’économie en souffrirait. Le projet de l’utilisation de l’eau de mer pour la climatisation pourrait ne plus être possible sans l’aval des ministères. » Abdullah Hossen termine en disant qu’il faut donner la parole aux Port-louisiens. « Nou ki bizin deside ki devlopman ena pou lavenir nou pei. »