DÉCORATION: Le père Souchon reçoit la Légion d’honneur

Le père Henri Souchon, ancien curé de la paroisse de l’Immaculée Conception, s’est vu remettre les insignes de Chevalier de la Légion d’honneur par l’ambassadeur de France à Maurice, Jean-François Dobelle. C’était hier, en la résidence de ce dernier, à Floréal, en présence des proches et amis du prêtre. « Vous êtes à la fois un homme de Dieu et du peuple. Vous êtes un homme vrai. Vos éminentes qualités morales, votre engagement constant pour le rapprochement des peuples, des cultures et des religions, ainsi que votre rôle dans la langue française à Maurice justifient pleinement une nomination dans l’ordre national de la Légion d’honneur », a déclaré l’ambassadeur.
Cette cérémonie solennelle a été l’occasion hier pour Jean-François Dobelle de faire le panégyrique du récipiendaire. Il devait, dans une riche allocution, mettre en évidence les mérites du prêtre à travers sept causes qui, dit-il, lui ont toujours été chères, notamment l’entente nationale, le service des pauvres, l’éducation, la protection du patrimoine, la promotion de la langue française et la passion des médias.
Après avoir fait un survol de son parcours scolaire et de sa formation de prêtrise à Rome, il devait rappeler que, durant plusieurs décennies, le père Souchon a servi la paroisse de l’Immaculée Conception, à quelques pas de l’ambassade de France. Selon l’ambassadeur, le prêtre – qui a reçu la citoyenneté d’honneur de la capitale en 2001 et la prestigieuse décoration de GOSK par l’État en 2011 – est « un homme d’action et de conviction, à l’éloquence remarquable ». Et d’ajouter : « Vous avez toujours entretenu des liens étroits avec l’ambassade de France et vous avez œuvré sans relâche au service de la République de Maurice et de l’Église. »
Le prêtre de 89 ans, ajoute-t-il, n’a jamais été aussi actif que depuis qu’il a pris sa retraite, au couvent de Bonne-Terre, s’étant, depuis, occupé de la construction de l’école Oasis de Paix, à Pointe-aux-Sables, en vue de mieux encadrer des jeunes ayant échoué au CPE. Dans un ton très élogieux, M. Dobelle devait mettre en relief tout le travail du prêtre dans la consolidation de la nation mauricienne. « Issu de la communauté franco-mauricienne, vous avez eu le courage de vous démarquer à plusieurs reprises, tout comme d’ailleurs votre oncle Malcolm, de cette communauté souvent très conservatrice pour engager un dialogue avec des hommes politiques d’autres religions. » Il a rappelé qu’avec sir Kher Jagatsing, ancien secrétaire général du Ptr, et le Dr Raman, psychiatre de foi musulmane, le père Souchon avait lancé le mouvement de l’Entité mauricienne. Il devait par ailleurs rappeler que le prêtre n’avait pas hésité à interpeller sa communauté d’origine et la hiérarchie catholique dans un article paru dans le journal Advance, intitulé « Il faut déblanchir l’Église », ce qui n’était pas sans soulever des passions.
S’agissant des pauvres, dit encore l’ambassadeur, le prêtre a été « le premier à lancer l’accueil des clochards au centre social Marie Reine de la Paix ». En ce qui concerne la protection du patrimoine, M. Dobelle devait souligner la contribution de Henri Souchon dans celles de vieilles églises construites par des missionnaires français : l’église de Cassis et celle de Saint-François Xavier, à Port-Louis, bâtie par des artisans indiens de Pondichéry, venus travailler à Maurice. Mais aussi de l’église Saint-François d’Assises à Pamplemousses, « jadis fréquentée par le gouverneur français Mahé de Labourdonnais, église qui fait face au cimetière où repose l’aumônier de l’empereur Napoléon Ier, venu finir ses jours à Maurice et où repose aussi la belle Créole qui inspira Baudelaire ».
Imam à l’église
Autre cause non moins importante : le dialogue interreligieux. « Au lendemain des émeutes qui avaient déchiré le tissu social des Mauriciens en 1968, entre catholiques et musulmans, vous avez eu le courage d’inviter un imam à parler en l’église de l’Immaculée Conception, à Port-Louis. » L’ambassadeur de France s’est émerveillé de la constante qu’a été le dialogue entre le prêtre, d’une part, et les musulmans et les hindous dans ses actions pastorales. « Vous n’avez pas hésité à célébrer Divali dans votre paroisse. Aucun prêtre catholique n’aura davantage célébré de mariages mixtes, intercommunautaires et interreligieux dans la paroisse de l’Immaculée Conception. » Ces initiatives, dit-il,  devaient à l’époque susciter beaucoup d’incompréhension et de désapprobation. « Mais vous avez estimé que si les catholiques célèbrent la victoire de la lumière sur les ténèbres, il n’y a aucune raison de ne pas retrouver les amis de foi hindoue et de fêter avec eux Divali. » Si aujourd’hui des messes sont célébrées à Divali, la première, dit-il, fut célébrée il y a plus de 30 ans par Henri Souchon.
Le père Souchon a aussi contribué à la promotion de la langue française, souligne l’ambassadeur. Le prêtre a lancé des bibliothèques paroissiales pour ceux n’ayant pas les moyens d’accéder aux livres et a construit un studio pour l’enregistrement de programmes consacrés au dialogue avec les autres religions, et ce en langue française.
Au regard de sa passion des médias, c’est sur un ton humoristique que l’ambassadeur de France s’est fait un plaisir d’encenser le prêtre. « Vous avez souvent dit qu’aujourd’hui, le Christ ne ferait plus de sermon sur la montagne mais qu’il irait à la radio ou passerait à la télévision ...». Et d’ajouter : « Vous êtes un homme des médias. Vous ne partagez pas du tout ce qu’on vous a enseigné au noviciat : ‘Le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit'... ». Rappelant ensuite que le prêtre a été fasciné par le pape Jean-Paul II, homme des médias par excellence.  
Jean-François Dobelle devait en outre partager cette anecdote non moins révélatrice du cran de Henri Souchon : « En 1956. Les bancs de l’église de Notre Dame de Lourdes, à Rose-Hill, portent des numéros. À Maurice, de ce temps, on pouvait acheter et réserver son banc à l’église. Le nouveau prêtre fait enlever toutes les places réservées. Ce prêtre s’appelait Henri Souchon. »
Invité à prendre la parole après l’ambassadeur, le prêtre s’est contenté de dire « merci » et de plaisanter : « Si la France avait quelques ambassadeurs de plus, sa renommée dans le monde aurait doublé. » Étaient également présents à cette cérémonie les évêques de Maurice et de Port-Louis, respectivement Mgr Ian Ernest et Maurice Piat, ainsi que le père Philippe Goupille, aussi fait Chevalier de la Légion d’honneur en 1999, et François Woo, directeur de la CMT et proche ami du prêtre.