Ces vignobles aux lignes fines et précises qui dessinent ce paysage vallonné où nichent des étangs et des coteaux, baignés par une rivière qui méandre et surplombé de puissants massifs montagneux, on s’imagine en Provence, dans le sud de la France. Et puis apparaissent quelques kangourous. Ils broutent les pelouses entre deux rangées de ceps soigneusement entretenus, en bondissant, vers un bosquet d’eucalyptus. Il n’y a plus de doute, on est aux antipodes de la vallée du Rhône. On est bien au coeur de la Hunter Valley, à 160 km au nord de Sydney, en Australie.
La Hunter Valley est la plus ancienne région viticole d’Australie. Ses pionniers y ont planté des vignes qu’ils avaient fait venir de France dès 1830, quarante ans après le débarquement des premiers colons à Sydney, bien avant que la viticulture ne devienne une filière agricole de pointe et que le vin y devienne un produit bon chic, bon genre. Aujourd’hui, Hunter Valley ne fournit que 3 % de la production viticole australienne. Mais sa situation, à deux heures de la principale métropole de cette île Continent, et son histoire, en font le vignoble le plus prisé d’Australie.
Ce pays aux espaces démesurés a connu une croissance spectaculaire ces dernières années dans l’industrie du vin. Il a considérablement augmenté son vignoble et produit actuellement 13 millions d’hectolitres de vin dont il exporte plus de 40%. Bien qu’il ne produise encore seulement qu’un tiers de vin d’un pays phare comme l’Espagne, par exemple, il se rapproche des pays doyens de cette culture, et le plus important, avec moins de terres cultivées. Le secret de leurs vins qui inondent maintenant les caves à vin du monde est la relation qualité/prix, ce qui les a conduits à placer sept de leurs meilleurs vins dans le top 10 de vins les plus vendus en Grande-Bretagne ! De plus, les Australiens intègrent progressivement le vin à leur propre régime alimentaire et réduisent la consommation de bière, de boisson alcoolisée plus traditionnelle de leur ex-tutelle britannique.
A Hunter Valley, baignée par la rivière Hunter, certains des meilleurs vins du pays y sont fabriqués. On y retrouve plus d’une centaine de caves réputées avec leurs pressoirs et traditions ancestrales, agrémentées, il est vrai, d’une dose de modernité. On y trouve même une exploitation viticole Bio. Cette région est visitée chaque année par environ 3 millions de touristes étrangers, mais aussi des Australiens, qui aiment découvrir leur immense pays aux multiples visages. Elle est célèbre surtout pour deux cépages : shiraz, un vin rouge gras et corsé, et sémillon, un cépage de vin blanc d’origine française, mais vin emblématique de la région. On y trouve aussi une variété d’autres cépages comme le Chardonay, le Cabernet Sauvignon, le Verdhelo et le Moscato. La plupart des 130 caves répertoriées de la vallée sont des boutiques-wineries : de petites exploitations produisant des vins de cépage haut de gamme, en faible quantité, qu’elles distribuent souvent en vente directe. Les caves les plus réputées proposent de déguster une large sélection de vins et vous invitent à prendre part à un atelier pour découvrir des crus rarissimes, mais aussi l’histoire, dont ils sont très fiers, de leurs exploitations. La plupart des établissements se visitent au pied levé, mais pour d’autres, il faut réserver.
Les chais défilent
De Sydney, on prend donc la Pacific Highway vers le nord. A Newcastle, on délaisse les plages pour se diriger vers la campagne à Cessnock, une bourgade agricole classique avec des vieux édifices typiques de la campagne australienne de l’époque victorienne. Et puis on arrive à Pokolbin et les chais défilent. Après deux heures de route, on a soif. Direction Beyers Road où se trouvent les meilleurs vins de la région. L’hôtel ce sera pour plus tard. Après avoir traversé une piste au milieu de la forêt, on arrive au terme d’une montée pentue à l’Audrey Wilkinson Vineyard qui offre la plus belle vue de la vallée depuis 1866 puisqu’il surplombe les vignobles de Hunter Valley à perte de vue.
Après avoir photographié ce magnifique panorama, on pénètre dans une maison typique de vignobles australiens, au plus haut de la côte, dominée par un bar immense aux contours serpentés et des salles sobres et sombres de dégustation où trônent bouteilles de vin fraîchement ouvertes et coupes propres et scintillantes en attente de nouvelles lèvres. S’y affairent des guides d’une gentillesse très australienne à la voix douce et suave expliquant les vertus de leurs vins variés et raffinés : blanc, rouge, rosé et pétillant. Avant de proposer l’incontournable et attendue dégustation.
Personne ne se fait pas prier. On est là pour ça ! On en profite même pour jouer aux connaisseurs. Mais ils ont eu vu de toutes les couleurs et sont loin d’être dupes. Après quelques petites gorgées, au sortir d’une longue période de privation, l’évidence d’une griserie montante inquiète. On se jette illico presto sur les biscuits et fromages proposés et prévus pour tenter de compenser cette inexorable montée de chaleur dans le corps… Non, il ne faut pas se faire d’illusions : après quelques autres visites de chais, le paysage devient encore plus enchanteur… surtout lorsqu’apparaissent soudainement des kangourous qu’on n’imagine pas une seconde dans ces lieux avant de les avoir vus. Vraiment vus à l’état naturel. Et ça, ce ne sont pas les effets de Bacchus, mais bien la réalité du bush australien…
Et il y en a d’autres belles réalités dans cette immense région qu’on scrute et traverse sur la route du retour vers Sydney notamment les parcs nationaux, de Yengo et Watagans avec ces forêts immenses et la brousse, et ses magnifiques plans d’eaux déchirés de temps en temps par des voiliers et hors-bords qui donnent vie à ces grands espaces où il n’y a apparemment pas âme qui vivent à moins de 100 km de la mégapole australienne !
Avec dans la tête la nostalgie déjà que Hunter Valley est bien un lieu magique qui vaut le détour. On y boit un petit coup et cela est bien agréable !