DÉLOGEMENT À LA BUTTE ET BARKLY : Le MMM contre « la façon de faire » des autorités mais s’oppose à « la politisation à outrance »

Paul Bérenger : « Nous savons tous qui sont ceux qui ont dangereusement dérapé » Situation économique « plus inquiétante que jamais »

Paul Bérenger, leader du MMM, condamne « la façon de faire » des autorités dans leur démarche de déloger de force les résidents de Barkly et de La Butte concernés par la mise en chantier du projet de Metro Express. Il rappelle à cet effet que depuis plusieurs semaines, son parti a appelé au dialogue dans le but de trouver une solution au problème dans la concertation. Le leader du MMM affirme néanmoins son « désaccord total avec la politisation à outrance de cette affaire par certains ».
Paul Bérenger rappelle qu’il y a plusieurs semaines, le MMM avait déjà appelé les autorités à établir le dialogue avec ceux qui allaient être délogés en vue de la mise en chantier du projet de Metro Express. Il condamne ainsi la « façon de faire » et « l’incompétence » dont ont fait preuve, selon lui, les autorités la semaine d’avant pour libérer le tracé à La Butte et à Barkly. Il trouve que le recours à la méthode musclée par les forces de l’ordre dont la Special Mobile Force (SMF) n’a fait que projeter une mauvaise image de la police. Ce qui expliquerait, d’après lui, que des ministres partis parlementer avec des résidents de Barkly après coup ont dû finalement « s’enfuir la queue entre les jambes ».
Dans la foulée, Paul Bérenger considère comme « d’un incroyable ridicule » que ceux-là mêmes qui ont nommé à leur poste respectif le directeur du National Security Service (NSS) et celui de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) se sont sentis obligés de démettre ces mêmes nominés de leur poste. Pour lui, l’on n’en serait pas là si seulement les autorités s’étaient avisées à dialoguer avec ceux concernés, comme le leur avait suggéré le MMM. Le leader du MMM explique qu’à travers le monde, il existe des services de tramway sur le modèle de ce que l’on prénomme à Maurice Metro Express et qui se sont révélés des réussites parfaites.
À ce propos, Paul Bérenger cite surtout l’Allemagne où, dit-il, un service de tramway a largement réglé le problème de transport dont celui de la congestion routière. « Pour que cela soit un succès, explique le leader des mauves, il faut un plan d’intégration qui tienne en compte d’autres modes de transport comme les voitures, les autobus, les deux-roues, etc. » Il regrette que plutôt que de s’inspirer d’un modèle qui s’est révélé une réussite ailleurs, les autorités n’ont rien trouvé de mieux que prendre pour exemple celui d’Édimbourg, « l’un des pires que l’on connaisse ».
Outre d’avoir au final coûté le double de ce qui était prévu pour sa mise en chantier, Paul Bérenger réitère en effet que le délai contractuel pour la mise en place du tramway de la ville écossaise a dû être étendu sur deux longues années additionnelles. Il indique en plus que dans ce cas également, il était prétendu que le projet serait mis à exécution selon un coût fixé à l’avance. Or, déclare le leader du MMM, en raison de difficultés imprévues rencontrées sur le terrain au cours des travaux, le prix a vite fait de grimper. Il rappelle que, parallèlement, une commission d’enquête instituée pour se pencher sur ce dossier a coûté à elle seule la bagatelle de £ 3,7 millions.
« Mauvais démarrage comme à Édimbourg »
Paul Bérenger note encore qu’au terme de sa difficile mise en service, le tramway d’Édimbourg ne fonctionnerait finalement qu’à 25% de sa capacité. « De la même manière, chez nous, au train où vont les choses, c’est ce qui risque malheureusement de nous arriver à nous aussi », pense-t-il. Pour le leader du MMM, en effet, comme à Édimbourg, les choses ont bien mal démarré à Maurice pour le métro express. Ce qui lui fait dire que la note finale risque fort d’être « bien au-dessus des Rs 18,8 milliards prévues ».
« Au cas où, comme à Édimbourg, le nouveau mode de transport ne roule qu’à 25% de ses capacités, ce sera tout simplement une catastrophe financière et budgétaire », prévient-il. Paul Bérenger réitère sa demande pour que l’étude réactualisée de faisabilité réalisée par Singapore Corporation Enterprise (SCE) soit une fois pour toutes rendue publique, « comme maintes fois promis par le ministre du Transport, Nando Bhoda. » Pour lui, par rapport à tout ce dossier du Metro Express, la population a le sentiment d’avoir été flouée et abusée dans la mesure où, dit-il, aux dernières élections générales, le gouvernement en place n’a pas obtenu un mandat pour sa mise en chantier.
Paul Bérenger explique par ailleurs que le MMM a été à sa manière aux côtés des habitants de Barkly et de La Butte à travers ses représentants sur le terrain, dont les députés concernés. « Nous avons depuis plusieurs semaines appelé au dialogue. Nous tenons toutefois à dire notre total désaccord à la politisation à outrance par certains du problème à La Butte et à Barkly. Nous savons tous qui sont ceux qui ont choisi de déraper dangereusement sur ce dossier », dit-il. Pour le leader des mauves, « le MMM est une équipe ». Aussi, pour Paul Bérenger, il n’était pas indispensable qu’il se fasse voir personnellement sur le terrain avec les résidents concernés.
Commentant d’autre part la situation économique, le leader du MMM se dit « plus inquiet que jamais » quant à l’évolution de la situation dans les mois à venir. Une fois encore, Paul Bérenger rappelle que lors de son discours dans le cadre des débats budgétaires le 10 juin, il avait indiqué que le nouveau budget présenté par le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, ne favorisera pas la croissance et sera insoutenable. Selon lui, qu’il s’agisse du niveau de la dette publique, du déficit budgétaire, du déficit du compte courant ou des perspectives pour l’inflation, les indicateurs étaient au rouge.
Le leader des mauves indique que, depuis, c’est la crise au niveau des exportations, de l’industrie sucrière et, plus récemment, de l’industrie thonière. « Tout cela me rend encore plus inquiet », déclare-t-il. D’autant que Paul Bérenger perçoit « de la naïveté » dans le « discours léger » du Premier ministre et ministre des Finances. « Tout cela risque de mal se terminer et ce qui s’est manifesté à La Butte ety à Barkly me paraît comme un avant-goût de ce qui risque de nous arriver plus devant si l’on n’y prend garde. »
Le leader du MMM doute que la baisse par 50 points du taux indicatif (Repo Rate) de la Banque centrale décidée par le Monatary Policy Committee (MPC) favorisera la relance de l’économie. En revanche, pour lui, une telle décision ne fera que stimuler une relance de l’inflation, avec à la clé des soucis au niveau du compte courant dans les prochains mois. Paul Bérenger va jusqu’à trouver que depuis les dernières élections générales et la désignation de nouveaux nominés sur le MPC, ce comité chargé de déterminer la politique monétaire « a perdu de sa crédibilité ».
Probable adhésion de Sheila Bunwaree
Selon lui, la baisse décidée de 0,5% du Repo Rate n’est pas susceptible d’aider l’exportation. Paul Bérenger trouve parallèlement que c’est d’abord un climat de confiance qui favorise l’investissement privé. Quant à l’investissement public, il accuse l’État de procéder à des coupes répétées au niveau des budgets d’investissement. Citant l’exemple de l’industrie sucrière, le leader du MMM dénonce de même l’absence d’une politique cohérente de l’État, qu’il s’agisse de la production d’éthanol ou de nouvelles centrales thermiques.
Il accueille toutefois favorablement la décision de suspendre les contributions des planteurs au CESS en indiquant que cette décision va dans le sens de mettre l’industrie sucrière sur un pied d’égalité avec d’autres secteurs comme l’industrie touristique.
Sur un plan plus politique, Paul Bérenger, qui réitère que le MMM se présentera seul aux prochaines élections générales, indique que son parti continue son exercice de parfaire sa liste de 60 candidats. Tout en reconnaissant le droit à la presse de spéculer, le leader du MMM laisse néanmoins comprendre que la liste de candidats qui a été publiée par un confrère « n’est pas une liste de candidats compilée par le MMM », même s’il reconnaît que nombre de candidatures qui y sont indiquées coïncident avec ce qu’envisage son parti.
Paul Bérenger confirme de même la probable adhésion de l’universitaire Sheila Bunwaree au MMM. Il indique l’avoir déjà rencontrée pour en parler et qu’une nouvelle rencontre à ce propos est prévue cette semaine. Le leader des mauves dément toutefois que cette éventuelle adhésion du Dr Bunwaree soit source d’opposition venant d’un dirigeant du MMM. Tout comme il dément que la concernée aurait été pressentie pour être candidate à Beau-Bassin/Petite-Rivière ou à Vacoas-Floréal. Il indique que l’on sera tout aussi fixé bientôt quant à une éventuelle adhésion de la députée indépendante Danielle Selvon au MMM.
Sur le plan diplomatique, Paul Bérenger se réjouit d’abord que la situation se soit décantée entre l’Inde et la Chine sur fond d’un conflit territorial au Bhutan. Par rapport aux terribles exactions dont sont victimes actuellement les Rohingyas en Birmanie, le leader du MMM rappelle les récentes prises de position du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guteres, du pape François et de l’archevêque sud-africain Mgr Desmond Tutu en faveur de cette minorité persécutée pour que cesse le massacre en cours.
Le leader du MMM, qui rappelle qu’une conférence de parlementaires venant d’une cinquantaine de pays s’est réunie jeudi à Bali en Indonésie et a, au terme de ses travaux, publié une déclaration appelant à la fin de ces exactions. Paul Bérenger veut savoir si Maurice a été invitée à participer à cette conférence et, si oui, quel a été le stand du ou des représentants mauriciens à cette conférence. Quoi qu’il en soit, le leader des mauves demande que le pays souscrive à l’appel en vue de la fin de ces violences contre la minorité musulmane en Birmanie.