Semaine après semaine, le MMM continue à descendre une pente entamée depuis belle lurette. Celle conduisant de la situation d’une des principales formations politiques du pays dans les années 1990 à celle d’un petit parti d’appoint moins de vingt ans plus tard. Il est devenu — suprême insulte politique — un parti qui compte, en termes de représentation au Parlement, beaucoup moins de députés que le PMSD. Un PMSD dont il a adopté le comportement, la semaine dernière, lors du dernier épisode du feuilleton opposant le leader à ceux qui osent  timidement le contester. Un épisode qui a démontré la capacité du leader à organiser de pathétiques opérations pour tenter de démontrer qu’il contrôle la direction du parti. Opération que tentent tous les leaders quand ils sentent leur pouvoir remis en question et font appel à l’émotion partisane. Puisque nous sommes dans un feuilleton, faisons un résumé des épisodes précédents.

Fin janvier, Steve Obeegadoo, l’ancien dauphin, accorde une interview à Week-End dans laquelle il répète ce que les observateurs politiques — et beaucoup de militants — disent depuis des mois. Le MMM perd du terrain à chaque élection et n’a obtenu que 14% des suffrages exprimés à la partielle de Quatre-Bornes. Les choix stratégiques de sa direction sont catastrophiques et si le MMM ne se remet pas en question, il va finir comme le PMSD : un petit parti condamné à jouer le junior partner de n’importe quelle alliance électorale à venir. L’interview de son ex-dauphin agace le leader, qui en fait une question inscrite à l’ordre du jour de la réunion du BP mauve. Le leader exige des excuses ou une rétractation des propos tenus, sinon il va proposer une vote sanction contre Obeegadoo au CC. Des voix se font alors entendre pour réclamer un vote secret sur la proposition du leader. Le vote ne peut avoir lieu parce qu’il n’y a pas de papier pour faire les bulletins de vote ! Il est décidé que la proposition du leader sera soumise au prochain CC pour discussions. Dans les jours qui suivent, l’interview de Steve Obeegadoo, et surtout la proposition de sanction de Paul Bérenger, occupent la une des médias et suscitent des réactions chez les militants. Certains se disent que, finalement, Obeegadoo est parvenu à ses fins : provoquer un débat de fond au MMM sur le fonctionnement du parti et ses choix stratégiques.

C’était mal connaître le leader et son refus d’accepter que ses décisions soient remises en question. Samedi dernier, il annule une activité dépassée du MMM : la conférence de presse hebdomadaire du leader entouré de membres choisis du BP. À la place est prévu un point de presse à l’issue du CC où doit être débattue la motion du leader sur l’interview d’Obeegadoo. Mais de la salle où doit se tenir le CC du MMM, on se retrouve dans une configuration PMSD : des partisans, dont des membres de sa famille, brandissent des pancartes pour refuser la démission du leader. C’est à l’ouverture des travaux du CC qu’on va comprendre le sens de la manifestation qui se déroule à l’extérieur de la salle. La motion pour discuter de l’interview d’Obeegadoo ne figure plus à l’ordre du jour. Elle a été remplacée par une autre motion du leader annonçant sa démission du MMM. Il explique qu’il a été blessé par certaines remarques, critiques et sous-entendus sur sa manière de faire. Lui qui a consacré sa vie au parti ne peut accepter ces critiques et soumet sa démission comme leader.

Comme de bien entendu, après cette intervention jouant sur l’émotion, beaucoup de voix s’élèvent pour refuser la démission du leader. Une proposition pour un vote à main levée est refusée par le leader, qui demande un vote à bulletin secret. Comme par miracle, des bulletins de vote imprimés font leur apparition.

On se serait cru dans une république bananière, ou un parti totalitaire où le leader fait appel à l’émotion pour se sortir d’une situation qu’il avait lui-même provoquée. En effet, si Bérenger avait accepté de discuter des propositions de Steve Obeegadoo pour réformer le MMM au lieu de les rejeter, il n’aurait pas été obligé d’organiser la pathétique opération de samedi dernier. Une opération qui a révélé que 20% des membres du CC du MMM ont voté — en utilisant les fameux bulletins imprimés — contre le leader. Des votes qui ont sans doute beaucoup “emmerdé” le leader du MMM puisqu’il a qualifié d’hypocrites ceux qui, en toute démocratie, avaient choisi de ne pas refuser sa démission. C’est ainsi que fonctionne le MMM en 2018 : quand des membres de son CC votent contre une proposition du leader, ils sont automatiquement qualifiés d’hypocrites ! Plus que n’importe quelle analyse politique savante, la manière dont Paul Bérenger a tenté de forcer la main du CC, samedi dernier, a prouvé, s’il en était encore besoin, que le MMM doit de toute urgence se remettre en question s’il veut continuer à exister. Comme un parti démocratique.