Des lieux et des actes de mémoire

Des lieux et des actes de mémoire ont comme toile de fond Trianon.
-La silhouette de la cheminée qui fuma pour la dernière fois en 1957 rappelle l’existence de la sucrerie qui fut témoin d’évènements marquants.
-La capture de RATSITATANE, ce prince hova de Madagascar qui avait été déporté à l’Ile Maurice pour avoir projeté l’assassinat de l’agent britannique Hastie. Il fut incarcéré à Port-Louis et après s’être évadé, rallia avec lui une trentaine d’esclaves marron avec intention de tuer les habitants et incendier la ville du Port Louis. Se sachant poursuivi, il s’enfuit sur la montagne, puis dans les champs de canne en direction du Réduit, et vint se réfugier avec trois de ses complices dans la cantine de  l’établissement sucrier de Trianon. Léonidas Martin Moncamp, se trouvant dans la sucrerie de son père, le pourchassa et aida à le capturer avec les insurgés. Par la suite,  Ratsitatane fut jugé et exécuté. Dans ce procès, M. Adrian, fut nommé comme défenseur d’office de NARCISSE, esclave, qui était un des complices de Ratsitatane.
- L’industrie sucrière étant entrée dans une ère prospère, Trianon obtint la Médaille d’Argent pour son sucre, à l’Exposition de Paris en 1858.
- Ce fut sous l’administration de M. Christophe Bathfield, qu’eut lieu un des procès les plus importants dans l’histoire de la douloureuse gestation de l’esprit syndical à l’Ile Maurice. Un fort groupe de travailleurs poussé par le mouvement syndicaliste créé par Emmanuel Anquetil, avait envahi la sucrerie et intimidé ceux qui y travaillaient pour les inciter à la grève. Les employés de l’usine qui y participèrent furent traduits en justice et le 14 novembre 1938, la Cour suprême rendit jugement dans l’appel des grévistes de Trianon, les condamnant à neuf mois d’emprisonnement.
- Un autre lieu de mémoire est associé aux bâtiments en maçonnerie dont les toitures en forme de voûte émergent au-dessus des champs de cannes à sucre. Ils ont, à une certaine période, d’habitation aux descendants d’immigrants indiens engagés par l’ancienne propriété sucrière.
- Des constructions similaires existent également à l’arrière de la vieille cheminée ainsi que dans la cour de la petite maison convertie en table d’hôte.
L’origine de ce type de construction semblerait remonter à 1816, car suite à l’incendie qui ravagea les bâtiments en bois construits à Port-Louis à cette époque, le gouverneur Farquhar chargea un conseil de notables de recommander un type de construction plus économique qui offrirait des garanties contre le feu.
C’est ainsi que l’on peut constater l’existence des constructions en pierre et en maçonnerie avec le toit en forme de voûte à Beau-Vallon, Mahébourg, et au Port-Louis. A Riche-Terre, sur une ancienne habitation ainsi qu’à Grand-Baie, ce même type de bâtiment à voûte est constitué de pots renversés. Cela devait être sans doute l’œuvre d’Etienne Chaix, un Bordelais qui possédait une briqueterie à Pamplemousses dans les années 1820. Ces bâtiments auraient donc plus de 175 ans.
On ne peut oublier de mentionner le bel édifice du XVIIIe siècle qui abrite aujourd’hui le Racing Club de Maurice qui se trouve sur une ancienne habitation appelée Plaisance. Cette propriété, quoique se trouvant à proximité de Trianon, ne fait pas partie du domaine, mais de son histoire.
Cette belle demeure servit de logement au responsable de l’Orphelinat anglican qu’avait créé sur les lieux le révérend Ansorgé, en 1878. Dans la même cour, une école pour orphelins, du nom de “Plaisance Church of England Aided School” avait également ouvert ses portes et se trouvait sous la responsabilité de la Church Missionary Society, gérée par le diocèse anglican. Par la suite, le gouvernement fit l’acquisition de l’école et le nom fut changé en Trianon Government School.