Acculé à l’Assemblée nationale, n’ayant plus d’arguments pour donner la réplique à l’opposition, aux syndicats, à la société civile et à la Commission Justice et Paix, le gouvernement a découvert une nouvelle méthode pour bafouer la démocratie.

Pendant que le Parlement siège, des ministres, qui se comportent comme de vrais minables, courent jusqu’au bâtiment du Trésor lire les copies que leurs « spin doctors » ont rédigées pour qu’ils les récitent religieusement, dans l’espoir qu’ils soient entendus à défaut de pouvoir convaincre.

Avec un John Bercow au perchoir, ils auraient eu le caquet rabattu bien vite. L’ancien Speaker des Commons avait protégé la législature contre l’exécutif de Boris Johnson. Lorsqu’il est parti, c’est son adjoint, un travailliste, donc de l’opposition, qui l’a succédé à la présidence.

L’exercice burlesque, et pathétique en même temps, s’est déroulé deux jours de suite, mercredi et jeudi, pendant que l’auguste assemblée siégeait et qu’elle débattait du Covid Bill et le Quarantine Bill. Ils convoquent la presse quelques minutes avant le show qui est, en réalité, destiné à leur « aime-baisser » sans se prêter au jeu démocratique des questions-réponses, et ils essayent de réfuter les points avancés par l’opposition qui, il faut le dire, s’est vu offrir un boulevard pour pilonner le gouvernement.

Pour tenter d’agir comme bouclier, il y a Maneesh Gobin, le nouveau tapeur verbal du MSM qui prend de haut les travailleurs qui osent « demander des congés encore » ; Renganaden Padayachy, qui commence à représenter une sorte de réincarnation de Ravi Rutnah, tant ses pitreries dans l’hémicycle sont lamentables, alors qu’il est censé occuper l’important poste de ministre des Finances. Il y a aussi Soodesh Callychurn, le plus embarrassé de tous par la réprobation unanime que les amendements aux lois du Travail ont provoquée. Ils sont tellement désespérés qu’ils vont même jusqu’à sortir des contre-vérités grotesques. Et ne comptez pas sur eux pour venir dire qu’ils se sont trompés et qu’ils ont débité des mensonges.

Dans notre démocratie de Quatrième monde, il ne faut pas s’attendre qu’ils agissent comme le leader du Parti républicain au Sénat américain qui est s’est excusé après avoir accusé Barack Obama de ne pas avoir laissé « a pandemic playbook » pour son successeur Donald Trump. « I was wrong they did leave behind a plan. So, I clearly made a mistake in that regard », a déclaré Mitch McConnell. Républicain, certes, mais fair-play et honnête avec les faits.

S’est aussi joint à cette équipe de haut vol du MSM, Mahen Seeruttun qui, interrogé mercredi par le biais d’une Private Notice Question, a imputé au Parti travailliste la responsabilité du classement de Maurice sur la liste noire de l’Union européenne.

Les travaillistes ont, certes, bien « fané » durant leur passage au pouvoir, mais, bon sang ! ils ne sont plus aux affaires depuis décembre 2014. Cinq ans et demi après, on essaye encore et toujours de se cacher derrière l’ancien gouvernement. Non, mais ! il y a comme une pièce qui s’est échappée de la mécanique et qui l’a rendue folle !

Le Covid Bill et le Quarantine Bill sont les tout premiers projets de loi que présente ce gouvernement issu des urnes du 7 novembre 2019. Certains diraient qu’ils commencent bien mal leur mandat. On peut tout à fait comprendre qu’il y a une urgence sanitaire, mais fallait-il agir de manière aussi unilatérale, ne consulter personne et imposer un régime d’exception aussi dangereux et menaçant pour la liberté individuelle et la démocratie ?

Pour nous expliquer tout ça, le gouvernement a aligné une flopée de novices inintelligibles derrière leurs masques pour défendre deux projets de loi qui sont d’une telle portée. On dirait que la plupart des ministres ne se sont pas bousculés au portillon et qu’ils ont préféré détaler comme des lapins apeurés pour ne pas s’exposer.

Ils sont pourtant concernés, mais pas de signe des ministres de la Fonction publique, des PME ou de la Culture dont on aurait aimé tellement entendre l’explication qui justifierait que l’on puisse acheter quelques clous dans une quincaillerie, mais qu’on ne pourrait pas se procurer des livres en librairie en ces temps de confinement prolongé.

En sus des néophytes qui, pour ne pas changer, se sont rivalisés en formules pour déifier « our Prime minister Pravind Kumar Jugnauth », il y a même eu des ministres comme Alan Ganoo et Steven Obeegadoo, que l’on savait contaminés au virus pouvoiriste depuis un petit moment déjà, et qui ont, eux aussi, tenu à ajouter leur petit couplet mielleux à l’adresse du Premier ministre. Comme pour nous rappeler que c’est lui qui distribue les confortables maroquins !

Le ministre du métro a parlé « d’homme d’audace » et de « palmarès », tandis que celui du Logement, Steven Obeegadoo, qui vient de se découvrir une allergie à l’opposition, aux commentateurs et à la démagogie, a loué le « leadership éclairé » de Pravind Jugnauth. C’est tout juste s’ils ne vont pas jusqu’à reprendre le fameux « enn tigit pli tipti ki bondie ».

En matière de « palmarès », on aurait tellement aimé les entendre sur celui de la démocratie et des libertés, sur ces décès suspects qui se succèdent en milieu carcéral et dans les cellules de la police, avec à sa tête le commissaire de police qui a obtenu le renouvellement de son passeport contractuel – pas celui de Mike – du gouvernement, contrairement à l’ancien chef juge Eddy Balancy qui ne réclamait qu’une quatorzaine prolongée. Ça, c’est un vrai « palmarès ».

Serait aussi bienvenue, la présentation du « palmarès » des organismes d’état, devenus des couvents du Sun Trust que sont la Banque de Maurice, l’Independent Commission against Corruption, l’IBA, l’ICTA, Air Mauritius et la State Bank. On attend aussi « l’audace » de la sanction. Non, mais quelle bande de farceurs !

PS: Nous saluons le ministre Soodesh Callychurn pour avoir emboîté le pas à Mitch McConnell et présenté des excuses au MMM après une fausseté débitée au sujet de ce parti sur une prétendue proposition de baisse de 25% des salaires. Sa rétractation l’honore.