DÉSIRÉ MARIO (secrétaire de l'Association des Amis de Souillac) : « Souillac demeure un village laissé à l'abandon »

Malgré ses attraits touristiques, « Souillac demeure un village laissé à l'abandon », observe le secrétaire de l'Association des Amis de Souillac, Désiré Mario, professeur d'éducation physique, dans un entretien accordé au Mauricien à l'occasion de la célébration des 30 ans du jumelage du village avec la ville de Souillac de France. Dans ce contexte, une série d'activités sont prévues du 20 au 28 juin avec la visite d'une délégation de Souillac France à Maurice, menée par le maire de la ville, Jean-Michel Sanfourche.
Malgré ses attraits touristiques, « Souillac demeure un village laissé à l'abandon », observe le secrétaire de l'Association des Amis de Souillac, Désiré Mario, professeur d'éducation physique, dans un entretien accordé au Mauricien à l'occasion de la célébration des 30 ans du jumelage du village avec la ville de Souillac de France. Dans ce contexte, une série d'activités sont prévues du 20 au 28 juin avec la visite d'une délégation de Souillac France à Maurice, menée par le maire de la ville, Jean-Michel Sanfourche.

Cela fait 30 ans que le village de Souillac est jumelé à la ville française du même nom. Qu'est-ce qui est à l'origine de ce jumelage  ?
Cela remonte à 1987. Le ministère des Affaires étrangères mauricien avait proposé de jumeler des villes et villages du pays avec des villes françaises. Il avait communiqué les avantages et les procédures à suivre pour entamer ce lien avec des communes françaises. Plusieurs mairies françaises avaient été contactées. Certaines avaient répondu très vite avec beaucoup d'enthousiasme, et d'autres bien plus tard. Il y a eu, par exemple, le jumelage entre Port-Louis et Mahébourg avec St-Malo en France, Grand-Baie avec St-Tropez, et Souillac avec... Souillac de France.
Pour la petite histoire, le village de Souillac a été nommé d'après le Vicomte François de Souillac, né le 2 juillet 1732 dans le Périgord. Engagé dans la marine en 1743, il était devenu gouverneur de l'île Bourbon le 23 décembre 1775 et, le 1er mai 1779, avait été nommé gouverneur général des îles Bourbon et de l'Isle de France. Et en cette capacité, il avait à coeur l'intérêt des deux îles Maurice et Bourbon et avait réquisitionné 200 des meilleurs ouvriers noirs des ateliers du Roi de l'île Bourbon pour les besoins de l'île Maurice. Son administration était glorieuse parce qu'en ce temps, la flotte française avait remporté de nombreuses victoires dans l'océan Indien, mais était tourmentée notamment en raison de ces conflits. Des historiens retiennent de lui le souvenir d'un homme juste, aimable et convivial, respecté des Anglais.

En quoi consistent les relations entre ces deux endroits  ?
Au moment du jumelage, une charte a été signée entre le maire de Souillac de France d'alors, Alain Chastagnol, et le président d'alors du conseil de village de Souillac de Maurice, Rajen Moonesawmy, en présence de sir Gaëtan Duval et Vishnu Lutchmeenaraidoo. Elle fait mention de la conviction des deux hommes que ce jumelage répondra aux explications profondes et aux besoins réels des habitants de ces endroits. Ainsi, le vœu était d'établir des liens étroits et personnels entre les citoyens dans un esprit d'amitié, de liberté et de coopération. Il s'agit du jumelage le mieux réussi entre ces deux endroits.

Pourquoi le mieux réussi  ?
À cause de la pérennité des relations. Cela fait 30 ans qu'elle dure et, de surcroît, on a une très belle qualité dans les échanges. Il y en a eu beaucoup sur les plans culturel, sportif, religieux, institutionnel, mais aussi des soutiens aux jeunes de l'endroit, qui ont pu faire des études en France. Nous avons au moins cinq jeunes qui ont eu l'occasion d'être formés en hôtellerie en France et qui séjournaient chez des Souillaguais – nom que l'on donne aux habitants de Souillac en France, contrairement à Maurice, où ils sont appelés Souillacois.

Il y a certainement un lien au niveau institutionnel, mais quelle relation y a-t-il entre les habitants de ces deux endroits  ?
Qu'on le veuille ou non, un jumelage entre deux villes est avant tout d'ordre politique. Cela dépend du maire ou du président du village qui est en place. Certains sont très intéressés, d'autres moins. Ainsi, pour qu'il n'y ait pas de rupture dans cette relation et pour permettre aux populations de ces deux endroits d'être en contact, en 1990, on avait décidé de créer une association qui serait le maillon pour faire perdurer cette relation. C'est ainsi que l'Association des Amis de Souillac est née. Il y a des échanges réguliers entre nos deux peuples.
Outre les projets évoqués plus haut, l'association a soutenu des mères célibataires du Groupement de Souillac pour les travaux artisanaux. Le don de matériels scolaires aux enfants nécessiteux de l'endroit est une activité récurrente et il y a aussi eu des dons de livres aux établissements scolaires de la région, à l'Alliance française de Souillac et le centre technique René Verbruggen. Nous avons aidé les clubs de troisième âge et avons procédé à la distribution de poubelles aux habitants de l'endroit et des fauteuils roulants aux nécessiteux en 2010. En 2011, nous avons fait un don d'équipements informatiques au conseil du village. L'association a également fait des dons d'équipements sportifs à plusieurs clubs de la localité et procédé à la construction d'un toit additionnel pour un habitant de l'endroit. Il y a eu des dons financiers aux institutions religieuses.
La grosse partie du soutien financier provient des amis de France. Cet argent a servi à acheter les différents équipements qu'on a offerts. Un lien fort s'est également tissé à travers les activités communes qui ont été organisées. L'équipe de Rugby de Souillac France avait effectué une visite à Maurice. On a accueilli la troupe théâtrale Demain l'Aurore de la Petite famille en mars 2009. En février 2009, avec le soutien des amis de France, on a inauguré le kiosque à musique au jardin Telfair.
Pour le 20e anniversaire du jumelage, Souillac France avait octroyé la citoyenneté d'honneur à trois Mauriciens, en l'occurrence l'ambassadeur de Maurice en France d'alors, Jacques Chasteau de Baylon, l'ancien vice-président de la République Raouf Bundhun et Armand Maudave, l'ex-ambassadeur de Maurice aux Nations unies et habitant du village de Souillac. À l'occasion du 25e anniversaire de l'association, on avait érigé une stèle en mémoire des pêcheurs disparus en mer, au batelage.

Où en êtes-vous aujourd'hui en termes de collaboration avec vos amis français  ?
Les actions se poursuivent. Un peu plus tôt cette année, on a reçu la visite d l'ex-maire de Souillac France, Jean-Pierre Magne, qui était venu préparer la visite de la délégation, qui arrive le 20 juin (l'interview a été réalisée le 18 juin, Ndlr). Durant ce séjour, des réunions de travail sont prévues avec les membres du conseil de village. Outre des sorties, le maire de Souillac France, Jean-Michel Sanfourche, qui mène la délégation, sera fait citoyen d'honneur du village de Souillac lors d'une cérémonie prévue ce dimanche. Elle sera suivie d'un dîner au Batelage. On a pour projets de soutenir les organisations éducatives et le centre d'éveil de St-Jacques, qui s'occupe des enfants en bas âge. Ces échanges fréquents entre membres de Maurice et de France nourrissent ce lien d'amitié. Quand on va en France, on est reçu chez eux, et quand ils viennent à Maurice, on les reçoit chez nous.

Souillac est un village avec beaucoup d'attraits touristiques. Pensez-vous qu'ils soient suffisamment mis en valeur  ?
Effectivement, nous avons les falaises de Gris-Gris et d'Andréas, la Nef, l'ancienne maison du poète Robert Edward Hart, le jardin de Telfair, les vieux bâtiments qui datent de l'époque française, comme la poste, la magistrature, le Batelage, qui est l'ancien port de Souillac et dont le débarcadère a été rénové pour accommoder les pirogues des pêcheurs locaux. On compte aussi les Rochester falls ou encore le cimetière marin. Toutefois, Souillac demeure un village laissé à l'abandon. C'est le point noir. Sinon, il fait bon vivre ici, avec une ambiance agréable et des gens très sympathiques.

Qu'est-ce qui peut-être fait selon vous pour rehausser ses attraits  ?
L'association fait ce qu'elle peut. Elle a créé un kiosque à musique pour que les jeunes puissent s'y rencontrer et pratiquer de la musique. Elle a érigé un buste du vicomte de Souillac. L'association est l'ambassadeur de Maurice en France. Cependant, je pense qu'il y a un gros travail à faire au niveau du gouvernement pour la rénovation de ces bâtiments historiques, et qui font parties du patrimoine mauricien. On aura certainement l'occasion d'en parler cette semaine avec le ministre du Tourisme, Anil Gayan, et celui des Collectivités locales, Mahen Jhugroo, et les représentants du conseil de district. Souillac possède une richesse inouïe.

Quels sont les problèmes majeurs que rencontrent les habitants de Souillac  ?
Il y a beaucoup de gens pauvres dans le village et un des rôles de l'association est de les aider. Comme je le disais plus tôt, nous avons aidé des jeunes dans leurs études mais aussi soutenu bon nombre d'initiatives, notamment sportives. On a concrétisé l'ajout d'une pièce additionnelle à la maison d'un habitant de Souillac, qui avait une maison d'une seule chambre. Mais il y a beaucoup à faire.

Justement, vous êtes professeur d'éducation physique. Personnellement, quel est votre apport dans ce cadre  ?
J'ai commencé comme professeur d'éducation physique au collège Thanacody de Souillac avant de prendre de l'emploi comme tel au collège du St-Esprit. Dans le temps, j'ai soutenu des associations sportives dans le village. On avait par exemple une équipe de volleyeuses, les Savanne Spikers. C'était un vrai club régional, qui a vu émerger des talents. Deux d'entre elles ont fait parties de l'équipe nationale de la sélection mauricienne de la CJSOI (Commission de la Jeunesse et des Sports de l'Océan Indien). Cependant, il est assez difficile de maintenir ces clubs vivants dans les villages.

Combien de membres compte l'association  ?
Nous en avons une trentaine. Il est important de savoir que l'association est ouverte aux amis de Souillac et pas seulement à ses habitants. Nous sommes enregistrés auprès du Registrar of Associations et la présidente est Nathalie Isidore. Nos membres sont tous des adultes âgés de 40 ans et plus. On a pour projet de rajeunir l'association. On se rencontre une fois par mois. Lorsqu'il y a de gros projets, les réunions sont plus fréquentes, toutes les semaines.