Une belle fête de nouveau gâchée cette année. Tous les Mauriciens qui avaient accompagné leurs voisins, amis et connaissances durant le jeûne étaient trop ravis de partager le briyani de l’Ed Ul Fitr lorsqu’ils ont été assommés par des discours officiels partisans et affligeants.

Il n’a, certes, pas été question, cette année encore, de Palestine, comme si cette cause juste devait attendre le jour d’une célébration particulière pour être évoquée, et un peu moins de la représentation diplomatique de l’Arabie Saoudite, ici même ou à Riyadh, mais un sujet a quand même vite été trouvé par le leader de l’opposition qui, de son point de vue, sied parfaitement à la hauteur de l’événement: le sort des travailleurs venant du Bangla Desh qui travailleraient et vivraient dans de mauvaises conditions. Une préoccupation assez surprenante de quelqu’un qui avait exigé une lettre d’excuses d’un syndicaliste comme condition pour être réintégré dans le port.

On ne sait pas si c’est le fait d’avoir pris connaissance de certains faits pas très reluisants impliquant certains travailleurs étrangers sur notre sol, comme cet attentat à la pudeur sur une fillette de deux ans, qui a poussé le leader de l’opposition à penser que c’est leur condition de vie qui les amenait à enfreindre la loi du pays, mais il y avait certainement d’autres instances appropriées pour évoquer ce problème, l’Assemblée nationale par exemple.

Et le fait que cette question a été posée, le Premier ministre s’est senti dans l’obligation de répliquer et dire que le salaire minimum a été appliqué à tous. Bref, un spectacle désolant de politiques s’étripant en direct lors d’une cérémonie officielle. Comme si ceux qui les organisent n’avaient pas tiré les leçons des dérapages du passé et qu’ils se décideraient enfin de couper le micro à ceux qui abusent de la plate-forme religieuse ou socioculturelle.

À peine les discours politiques terminés qu’éclatait un autre incident autour de l’Eid Ul Fitr, à Triolet cette fois. Le ministre du Travail Soodesh Callychurn et son colistier Sharvanand Ramkaun ont été faire leur petite campagne politique à la sortie de la mosquée lorsqu’un habitant de l’endroit, qui a déjà eu maille à partir avec le père Callychurn, est venu l’apostropher et lui dire qu’il n’avait pas à venir faire de la politique auprès de ce lieu de  culte.

Cette version du protagoniste est contredite par le ministre Callychurn qui a carrément porté plainte pour menace, sa version ayant été corroborée par son collègue du gouvernement. Il a fallu moins de 48 heures pour que le fauteur de trouble soit appréhendé, traduit en justice et remis en liberté conditionnelle. Et depuis, guerre des versions et de communiqués du plus mauvais effet.

Et gageons que cela n’empêchera pas les politiques, eux, à continuer à jouer à leur sale petit jeu, du discours ciblé et de la tentative de marquer quelques points. On sait désormais que penser de leurs promesses de campagne. Pravind Jugnauth et Xavier Duval étaient ensemble lorsque fut promis de la manière la plus solennelle qui soit, lors de la campagne electorale de décembre 2014, que les politiciens ne prendraient plus la parole à des fêtes religieuses et socioculturelles.

Aux oubliettes, donc, et bien enterrées les promesses faites! Et dire que ceux-là s’apprêtent à en faire de bien belles lors de la prochaine campagne électorale, question d’enfumer les électeurs une nouvelle fois. Il faut croire qu’ils ont un profond mépris pour l’électorat pour se comporter de la sorte. Leur vendre des choses et faire exactement le contraire à peine élus.

Il y a pourtant à peine un mois, lors de la célébration de Varusha Pirappu, des Mauriciens avaient signifié leur dégoût de la tentative de récupération politique de leur fête. Pravind Jugnauth à Mont Choisy avait dû faire face à une dénonciation de la politisation de l’événement.

Même si cela n’avait pas l’air d’être un mouvement organisé, le même jour, quelques kilomètres plus loin, à Blue Bay, Navin Ramgoolam et ses acolytes Xavier Duval et Alan Ganoo étaient eux aussi brutalement confrontés à ceux qui ont posé la légitime question de savoir “bé toi ki tone fer pandan 10 ans?”.

Mais qu’on ne se leurre pas. Couacs ou pas, cela ne les empêchera pas de récidiver à la première occasion, de faire des discours qui flattent le “basic instinct” de leur auditoire, à leur promettre monts et merveilles dans l’espoir de grappiller quelques voix.

Non moins désolants quelques autres faits du moment. Le Children’s Bill est enfin annoncé après des années d’annonce d’introduction imminente. On attend de voir si ce texte est à la hauteur des enjeux du moment, extrêmement urgents devant la multitude des probes auxquels sont confrontés les enfants et s’il sera vraiment appliqué dans son intégralité avant les prochaines élections générales.

Le Public Service Bill est lui aussi annoncé en grandes pompes, comme si la course contre la montre pour honorer les promesses du manifeste électoral et le programme gouvernemental était lancée. Celui-là a tout l’air d’être plus un gadget qu’autre chose. Qui peut penser qu’un gouvernement qui a tout politisé, qui a vampirisé les institutions, mêmes celles qui sont les plus fondamentales en démocratie, de l’ICAC à la PSC en passant par l’Electoral Supervisory Commission et qui a permis que ses nominés politiques investissent des estrades partisanes va respecter une neutralité absolue en matière du respect des opinions et des préférences?

Ce qu’attend le grand public en fait, c’est de voir enfin les déclarations de patrimoine des élus. Ce qui serait encore plus transparent, c’est que l’ICAC qui a sous sa bonne garde les anciennes déclarations des élus les publie aussi pour que les électeurs puissent comparer et qu’ils aient une idée de la progression ou de la régression de leurs actifs, et dans quelle mesure certains se sont enrichis entre deux mandats. Mais il ne faut pas rêver!