DESSALEMENT SOLAIRE POUR UN ACCÈS À L’EAU POTABLE 24H/24 : Rodrigues modèle pour l’océan Indien

Une capacité de production de 12,000 m3/jour à Rodrigues. Une réalité envisageable dans un avenir proche. C’est ce qu’estime Marc Vergnet, ingénieur agronome de formation, ancien responsable des énergies renouvelables à l’Agence française pour la maîtrise de l’énergie (AFME), l’homme grâce à qui plus de 70 millions d’Africains ont aujourd’hui accès à l’eau. Il ne s’agit pas que de paroles: le CEO de MASCARA Renewable Water traduit son plan en action. Les procédures sont déjà en place à Rodrigues pour la mise en chantier de ce vaste projet qui comprendra le dessalement de l’eau de mer afin de desservir l’île en eau potable. Si des réserves ont été émises quant au coût des projets de dessalement, Marc Vergnet propose une solution écologique peu coûteuse: le dessalement solaire photovoltaïque par osmose inverse sans aucune émission de CO2. Une première dont Rodrigues sera le modèle avant d’être proposé à d’autres parties de l’océan Indien et au monde.

“À ce jour, les réseaux de distribution d’eau à Rodrigues alimentent les gens pour les mieux servis, trois heures par semaine, et pour la majorité, trois heures par mois. C’est inacceptable et grave”, explique Marc Vergnet, à l’origine des éoliennes installées depuis plusieurs années dans l’île. “Mais on peut changer cette situation”, dit-il. Cela, à travers le dessalement de l’eau de mer. Non pas pour un projet coûteux comme l’entendent bon nombre d’experts qui ont récemment exprimé leurs réserves quant à ce système, mais au contraire, à travers un projet écologique et peu coûteux sur le long terme. “Le dessalement solaire d’eau de mer au fil du soleil, sans batterie.” C’est ce que propose Marc Vergnet pour Rodrigues avec son partenaire Quadran implanté à Maurice pour les éoliennes. Le matériel est déjà en place à Caverne Bouteille où plusieurs unités de dessalement conventionnel sont installées. Le chantier, avec l’accord de l’Assemblée régionale de Rodrigues, doit démarrer dans les prochains jours.
L’île dispose actuellement de trois unités de dessalement conventionnels d’eau de mer, d’une capacité totale de 2,200 m3 et prévoit l’installation de deux unités supplémentaires de 1,000 m3 chacune, pour répondre aux besoins pressants en eau. Or, pour Marc Vergnet, “les installations de dessalement existantes ne fonctionnent pas à leur pleine capacité, malgré une puissance électrique disponible, le réseau électrique n’utilisant en effet pas pleinement les puissances électriques des éoliennes de l’île qui sont coupées la nuit.” Sensible aux problématiques d’accès à l’eau potable et face à ce stress hydrique chronique auquel fait face Rodrigues, l’ingénieur agronome, à l’initiative de plusieurs projets mondiaux pour desservir des populations en eau, a voulu mettre son expertise à contribution. Ainsi, grâce au soutien financier de l’ordre de 500,000 euros – obtenu par MASCARA Renewable Water et Quadran, obtenu de la France et de l’Europe à travers la Commission de l’Océan Indien et du Fonds Français pour l’Environnement Mondial de l’agence Française de Développement – propose une solution innovante et durable qui offrira un accès à l’eau douce renouvelable et abordable pour les Rodriguais.
240 m3 par jour dans un premier temps
Dans cette perspective, MASCARA Renewable Water et Quadran ont associé leur expertise respective en énergies renouvelables et en technologie de dessalement solaire pour proposer un projet de dessalement renouvelable de 240 m3 par jour pour Rodrigues dans un premier temps. Les experts misent sur les unités de dessalement déjà installées à Rodrigues et l’expérience des techniciens rodriguais pour mener à bien leur projet. Il est question que les techniciens rodriguais bénéficient d’une formation avec la mise en place du nouveau système. Les représentants de MASCARA Renewable Water seront sur place pour s’assurer du suivi. Les panneaux photovoltaïques déjà installés, le système, qui doit démarrer dans un proche avenir, sera fonctionnel d’ici fin 2017 avec pour objectif une capacité de production de 12,000 m3 par jour avant 2018. “Ce projet montre la voie pour que le rêve de Rodrigues pour 12,000 m3 par jour devienne une réalité très vite”, dit Marc Vergnet.

 


 

OSMOSUN DE MASCARA RENEWABLE WATER : Une centrale de dessalage qui fonctionne entièrement à l’énergie solaire

La dessalaison de l’eau représente un coût énergétique non négligeable et les solutions eco-friendly sont encore très rares dans ce domaine, concède Marc Vergnet. “Les techniques actuelles, à forte densité énergétique, ne sont pas durables et il faut brûler 1 à 2 litres de gazole avec une émission de 2 kg de CO2/m3 d’eau produite”, explique-t-il. Pour filtrer l’eau par osmose inverse, il faut exercer une pression forte et, surtout, continue sur les membranes. Cela nécessite un recours à d’importantes ressources énergétiques. Marc Vergnet et son équipe ont donc imaginé une solution de dessalement qui fonctionne avec une pression variable, la première technologie au mode de dessalement solaire photovoltaïque par osmose inverse, sans batterie, pour donner accès à l’eau potable, à un prix compétitif et sans aucune émission de CO2.
“Le procédé consiste en une centrale de dessalage qui fonctionne entièrement à l’énergie solaire”, dit Marc Vergnet. Ainsi, lorsque le soleil brille sur les  panneaux photovoltaïques, la machine de dessalement, baptisée Osmosun, se met automatiquement en marche. Lorsqu’un nuage apparaît, le rythme de la machine ralentit, celle-ci ne disposant pas de batterie. Une modulation permet, en effet, à l’appareil d’avoir une consommation très faible en énergie, de l’ordre de 2,5 Kwh/m3 d’eau. “L’unité de dessalement est ainsi en mesure de piloter elle-même la pression et le débit des pompes, en fonction de l’électricité solaire produite”, indique l’ingénieur. Par leur conception et leur télésuivi-maintenance, les unités de MASCARA, entièrement automatiques, permettent de garantir 20 ans de production avec de très faibles coûts récurrents.
Autre atout de ce procédé innovant: son faible rejet en sel. “Le dessalement par énergie solaire est très respectueux de l’environnement, par l’absence d’émission de CO2 et la faible salinité des rejets en mer (45 à 50g de sel par litre contre 60 à 80g pour les processus conventionnels à fort taux de conversion”, dit Marc Vergnet, fier de ces installations dont la première de démonstration a été installée à Abu Dhabi.