Les quelques aides obtenues après la publication de son histoire dans Scope il y a deux ans ont contribué aux excellents résultats ramenés par Martine en HSC et à la bourse obtenue dans une prestigieuse université privée. Mais le malheur frappe à nouveau cette brillante étudiante issue d’une famille très modeste. Blessé dans un incendie, son grand-père est décédé lundi et son beau-père a été brulé à près de 70%. Jusqu’ici ces derniers soutenaient sa mère dans les dépenses. Bientôt l’électricité sera coupée, les vivres manqueront et les espoirs de Martine buteront contre d’autres obstacles.
Il s’en est fallu de très peu qu’elle soit lauréate. Après sept unités lors des examens du SC, pour le HSC elle a ramené un A + et des A et suffisamment d’arguments pour qu’elle décroche une bourse dans l’une des universités privées les plus prestigieuses du pays. Récompense amplement méritée pour la jeune fille de 19 ans qui malgré les conditions de vie difficiles de sa famille a fait preuve d’excellence. Quand nous l’avions rencontrée alors qu’elle débutait la Lower, Martine n’avait pas de lit, qu’un bureau retapé pour étudier dans une petite chambre sans fenêtre chauffée par la toiture en tôle de la maison qui laissait filtrer l’eau quand il pleuvait. Les ressources limitées de sa famille avaient rendu ses études difficiles, mais la brillante élève s’était surpassée avec détermination et courage. Sensibles à son sort des lecteurs de Scope l’avaient soutenue. L’un d’eux lui avait offert un ordinateur et la connexion internet. Une autre l’avait aidée pour son transport et ses leçons et ses enseignants avaient aussi accepté de l’aider bénévolement. Elle nous confiait alors qu’elle souhaiterait plus tard être enseignante ou travailler dans un domaine requérant une bonne maîtrise des langues comme elle avait opté pour la filière classique.
L’incendie.
Désormais, quand la question lui est posée, Martine hésite. “Ce que je ferai plus tard ? Je n’y pense pas. Pour l’instant je souhaite simplement que nous arrivions à nous construire notre coin, que nous partions d’ici, que ma mère arrête de se tracasser et que je puisse enfin travailler l’esprit en paix.” Avec sa mère et le compagnon de cette dernière, elle occupe une maisonnée dans la cour de son grand-père où la tension règne entre les oncles et les tantes. À la fin de mars, les choses se sont envenimées lorsque la bonbonne de gaz du grand-père a explosé, brûlant sévèrement ce dernier et le compagnon de la mère de Martine qui avait volé à son secours. “Ce jour-là j’étais à la maison. J’ai entendu une explosion. Je les ai vus qui étaient en feu.” Depuis tout va encore plus mal. Son grand-père est décédé lundi.
Brûlé à près de 70 %, le compagnon de sa mère ne peut pas travailler. Il était jusqu’alors la principale source de revenus de la famille tandis que la mère de Martine touche une pension de veuve de Rs 5 000. “Comment puis-je faire fonctionner une maison et permettre à ma famille d’apprendre dans les meilleures conditions avec simplement ça ?” Des dettes sur la facture d’électricité accumulées ne pourront non plus être payées par le grand-père et très prochainement l’alimentation sera coupée. “Je ne sais pas comment je ferai. J’ai besoin de l’ordinateur pour travailler”, dit Martine.
Manger si Dieu le veut.
Depuis l’incendie, son matériel a été transporté dans la petite chambre de sa mère, séparée du salon par un rideau. C’est la seule partie de la maison encore alimentée, le feu ayant abîmé le circuit électrique. “Nous avons de quoi tenir encore un peu. Mais toutes nos ressources s’épuiseront bientôt”, dit la mère. Quelques boîtes de conserve offertes par des voisins aident la famille à tenir : “Humainement notre situation est critique. Je garde espoir que le ciel nous fera avoir à manger. Sinon je ne sais pas comment nous nous débrouillerons.”
Avant cet incident, la famille envisageait d’effectuer des travaux pour se construire un coin annexé à la maison du père de Martine qui est décédé. Présentement c’est son frère aîné et sa famille qui y vivent. “Si nous parvenons à entreprendre ces travaux ce sera un gros souci en moins. Nous aurons notre coin à nous, l’esprit tranquille et nous nous débrouillerons.” Une des personnes aidant Martine dans ses études a fait don d’une certaine quantité de blocs à la famille. Mais tous les autres matériaux manquent et comme la maison est au nom de la mère, l’État lui a refusé tout soutien.
Espoirs.
Cela fait quelques mois que Martine fréquente son université. Pour s’y rendre elle se réveille très tôt le matin et voyage à bord de trois à cinq autobus selon les horaires. L’étudiante explique s’être adaptée à son nouvel environnement même si les choses sont ici très différentes. Pas d’excès dans son mode de vie, elle s’arrête comme toujours à l’essentiel et fait de son mieux. Le soir de l’incendie, elle explique avoir été bouleversée et n’avoir pu dormir de la nuit : “Le lendemain j’ai dû me présenter à mes cours, car j’avais un exposé à faire.”
Après une semaine de vacances, Martine reprendra les cours dans quelques jours. En attendant, ses journées d’angoisse se passent avec les siens dans le petit salon où les trophées qu’elle a ramenés de ses années de collèges décorent le mur de blocs non-crépi peint en blanc. “Je les ai reçus parce que j’avais les meilleurs résultats au collège.” Jusqu’à la Lower elle n’avait jamais pris de leçons particulières et avait compté sur les modestes moyens de sa famille pour avancer. Après une enfance difficile dans la violence quand son père les battait, elle a connu une adolescence dans la pauvreté. Une fois de plus, elle veut donner le meilleur d’elle-même pour sortir les siens de la pauvreté. Mais le sort s’acharne…