Aux confins du sud-est de l’île, deux villages aux noms peu communs : Deux Frères et Quatre Soeurs. Ils ont été nommés ainsi en l’honneur de la famille Chéron et de leurs héritiers. Dans le passé, l’extraction de sable était la principale activité des habitants qui sont aussi actifs dans le domaine de l’agriculture. Les maisons prises en sandwich entre l’océan et la montagne confèrent à la région un cachet unique alors que les habitants se targuent d’avoir pu conserver “la culture de la campagne.”

Traversée quotidiennement par des véhicules empruntant cette route côtière qui relie l’est et le sud, la région est pourtant étonnamment calme. L’atmosphère paisible semble découler de la mer, mère dé sérénité, et des terrains montagneux verdoyants qui adoucissent les esprits avec l’air frais. Les deux villages ont été baptisés en hommage à la famille Chéron qui y possédait des terres. Une partie avait été léguée aux quatre filles et l’autre aux deux fils. Sont ainsi nés Deux Frères et Quatre Soeurs.
“Pli bon ki sa pena.”

À peine le pont de Grande-Rivière-Sud-Est franchi, nous voilà dans le petit village de Deux-Frères. Passé le cimetière, nous découvrons l’Otentik Lodge, avec son concept mêlant écologie et expérience authentique. Dans la cour, nous rencontrons Mala Kariman portant ses petites cannes à pêche en Bambous. Comme pratiquement chaque jour, elle va titiller les petits poissons dans la Grande-Rivière-Sud-Est. “Mo servi ti sardinn pou lapes ti karang”, dit-elle . Née à Deux-Frères, elle ne tarit pas d’éloges pour son village et sa richesse en terme de tranquillité.

Pour Mala Kariman, à Deux-Frères et à Quatre-Soeurs, “lavi zoli” pour les villageois. Le cachet rustique et les paysages pittoresques de la région confèrent une ambiance particulière à cette partie du pays. “Pli bon ki sa pena. Nous sommes entourés de la mer et de la montagne. On vit en harmonie entre communautés. Pour la Divali, tout un chacun allume des lampes, par exemple”, confie Sandesh Bhundhoo, Research assistant au FAREI que nous rencontrons sur place et qui se propose de nous faire visiter sa région. Il fait ressortir que le temps semble s’être arrêté. “Nous mangeons des fruits tels que les goyaves et les papayes qui poussent un peu partout. Il y a des facettes d’antan ici que nous ne retrouvons plus ailleurs. Lavi tro fasil. J’encourage les villageois à préserver cette ‘kiltir lakampagn.”

Entre la mer et la montagne.

Le bruit des vagues est apaisant et le parfum de mer saline revigorant. Depuis la côte, on peut observer le village de Grande-Rivière-Sud-Est. On y aperçoit les bateaux de plaisance qui font le va et vient entre la cascade et l’Île aux Cerfs. Dans l’autre direction, on distingue une cage aquacole au loin. “Celle-ci est laissée à l’abandon depuis quelque temps. Plus loin, il y a celles de le Ferme Marine de Mahébourg”, explique Sandesh Bhundhoo.

La mer et la montagne, ont porté le village économiquement par le passé. L’extraction de sable était une activité principale qui concernait une grande majorité des villageois. Les vestiges de cette défunte activité sont d’ailleurs toujours visibles à travers les quais aménagés à cet effet et le bâtiment de l’ancienne coopérative à Quatre-Soeurs. La montagne et son sol fertile, étaient propices à la plantation de légumes. Activité qui existe toujours mais qui a considérablement diminué dans la région. C’est aussi dans cette région qu’on retrouve la Montagne Le chat et la Souris et la Montagne Chat. Elle est régulièrement prise d’assaut par les randonneurs.

Dans le centre du village, le terrain de football, le jardin d’enfants, le village hall, les boutiques et les petites échoppes de nourritures sont plutôt bien fréquentés. Nous y rencontrons Pravesh Beedassur en tenue de football devant sa boutique. Il se plaint du manque criant d’activités dans son village. “Le terrain de foot est fermé plusieurs fois par an à cause du manque de lumière. La mauvaise canalisation d’eau fait que le terrain est inondé régulièrement. De plus, le grillage est trop bas, quand les ballons vont dans la cours des voisins, il y a des complaintes.” Par ailleurs, il s’insurge du manque de drain qui lui pose bien des soucis en temps de pluie puisque sa boutique est inondée.

Pwason mizer.

À quelques mètres, sur le waterfront, la forte odeur de peinture attire notre attention. Alors qu’une petite famille pêche le petit rouget, Sanjay Luchmee donne lui un coup de neuf à sa pirogue. Aidé de son fils Pravesh, le pêcheur s’affaire à repeindre celle-ci. “Pa zis nou ki bizin abiye, bizin abiy bato la ousi”, dit-il en rigolant. Né au bord de l’eau, il a fait de cet élément son gagne-pain. D’abord dans l’extraction de sable puis dans la pêche. Pêcheur aux casiers et à la ligne, il attrape des licornes, des cordonniers et des carangues principalement. Il soutient qu’il n’a pu sortir en mer depuis le début de l’année en raison du mauvais temps. Depuis un mois, seul le salaire de sa fille fait vivre la famille en attendant des jours meilleurs. “Zis pou manze sa, pena pou ramase, pena nanye. C’est un métier très dur, je n’aimerais pas que mon fils suive mes pas. Pwason mizer. Les frais sont gros sans compter que certains volent nos casiers”, dit-il. Bien que le métier soit très dur, Sanjay Luchmee, confie n’avoir jamais essayé de se tourner vers un autre secteur. “Mo pa konn fer okenn lot zafer.”

Sur le Waterfront, nous rencontrons Sookwantee Chetlall, 58 ans accompagnée de quelques membres de sa famille. Ayant passé toute sa vie dans ‘karo legim’, elle confie que le village a changé. “Auparavant, c’était un endroit très pauvre. Les choses ont un peu amélioré aujourd’hui.” Elle souligne que le manque de toilettes publique sur le waterfront est à déplorer. “Les après-midi, il y a énormément de monde qui vient ici. Nous aurions bien besoin qu’on y installe des sanitaires.” Sa belle-fille, Anantee Jhorreea, 37 ans, tient à faire ressortir le danger que présente la route dans le village. “La route est dangereuse, les véhicules roulent vite et dangereusement. Il y a des dépassements dans des virages, ce qui met la vie des habitants en dangers. Il faudrait installer des ralentisseurs pour la sécurité des villageois.”