DEV VIRAHSAWMY, poète et défenseur du kreol morisien : « Nous sommes une nation de semi-lettrés et d’analphabètes »

Depuis maintenant un demi-siècle, Dev Virahsawmy milite pour le développement du kreol morisien, cela, à travers l’écriture de poèmes, de pièces et de nouvelles mais aussi en traduisant les grands auteurs tels Shakespeare, Blake et Molière, dans sa langue maternelle. Il se dit convaincu que si on utilisait la langue maternelle des petits Mauriciens comme langue d’enseignement au primaire, 90 % de la population seraient des lettrés. Or, à ce jour, constate-t-il, « nous sommes une nation de semi-lettrés et d’analphabètes ». Selon le poète qui vient de publier un recueil de poèmes en morisien et en anglais, « Maurice n’est pas plurilingue, n’est même pas bilingue, n’est certainement pas monolingue mais est semi-lingue ». S’agissant de la compensation proposée par les Anglais aux Chagossiens, il estime que « quand Olivier Bancoult dit qu’il va prendre la compensation et qu’il va continuer son combat, il est en train de se mettre le doigt dans l’œil ».

Vous venez de publier “Poezi Dev — Dev’s Poetry” en kreol et en anglais. Ce recueil de poèmes illustre bien votre long combat pour ces deux langues. Pourquoi celles-ci sont-elles si importantes à vos yeux ?
Ayant écrit plus de mille poèmes en kreol, j’ai voulu à un moment donné faire une sélection d’une centaine de ces écrits que je préférais et ensuite les traduire en anglais. Pourquoi en anglais ? Parce que l’anglais est aussi une langue créole. Il y a environ 1 200 ans de cela, les Vikings ont envahi l’Angleterre où il y avait une population anglo-saxonne qui avait sa langue, connue comme la langue anglo-saxonne. Ces gens avaient leur culture etc. Soudain, leur pays est envahi par des Vikings qui avaient eux aussi leur propre culture et leur propre langue, une langue germanique. Donc, à l’intérieur d’un espace géographique, il y avait deux populations, deux cultures, deux langues… Au fil des années, s’est développée une nouvelle langue. Au départ, c’était rendu nécessaire par le fait que les descendants des Vikings et ceux des Anglo-Saxons avaient besoin de communiquer entre eux, de faire des affaires entre eux. Il y avait aussi des enfants qui naissaient de mariages mixtes. Quelle langue allaient parler ces enfants ? Tout cela rendait nécessaire un outil de communication nouveau. C’est comme cela qu’est née la langue anglaise. Cette langue s’est développée assez lentement au départ. Puis, à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle, il y a eu deux événements. La langue de la Cour était le français. La langue de l’Église était le latin. Or, à un certain moment, le roi James VI d’Écosse qui est devenu le roi James Ier d’Angleterre, a pris la décision de traduire la Bible dans cette nouvelle langue et parallèlement, il y avait des écrivains, dont Shakespeare, qui avaient choisi cette nouvelle langue pour exprimer leur vision artistique. Donc, il y a eu une coïncidence d’activités artistiques et spirituelles. De tout cela, est né ce qu’on appelle aujourd’hui la langue anglaise. C’est une langue créole. Et, comment est né le kreol de Maurice ? Dans une situation plus ou moins identique. Ce n’est pas ce que racontent les gens. Vers le XVIe siècle, la navigation se développa en Europe, précisément dans le bassin méditerranéen où il y avait des marins de toutes les nationalités : Anglais, Français, Portugais, Allemands, Hollandais, Espagnols, Italiens etc. Ils travaillaient sur des bateaux différents à bord desquels il a fallu un outil de communication. Donc, de toutes ces langues est né ce qu’on appelle une lingua franca. C’était une langue en état embryonnaire que les marins utilisaient pour communiquer entre eux. Lorsque vint la période d’exploration et de colonisation, à bord des vaisseaux anglais ou français ou allemands etc., il y avait des marins de toutes nationalités qui parlaient cette nouvelle langue. Ce sont eux qui ont transporté les premiers colons qui sont venus à Maurice. Un voyage en ces temps durait des mois. Donc, les colons qui voulaient parler aux marins étaient obligés d’utiliser cette lingua franca. Plus tard, les mêmes bateaux sont entrés dans le commerce de l’esclavage mais les marchands d’esclaves avaient une pratique de ne jamais mettre dans le même bateau des esclaves parlant la même langue pour éviter tout complot. Cette lingua franca était alors aussi utilisée par les esclaves, les maîtres d’esclaves et les marins. Et, petit à petit, dans les différentes colonies, cette lingua franca a pris racine et s’est développée. Ce qui a donné la langue mauricienne, rodriguaise, réunionnaise, seychelloise, martiniquaise. Au fil des années, on a pu voir que toutes les langues créoles ont des choses en commun. Prenons le système de conjugaison et des temps. Par exemple : walk. Mo marse/I walk. Mo pe marse/I am walking. Mo finn marse/I walked. Mo ti marse/I walked. Mo tinn marse/I had walked. De même pour les adjectifs. Par exemple : beautiful et zoli restent inchangés. Les langues créoles ont très peu d’inflexions (mots qui changent). Mais, en français, le mot “beau” a plusieurs formes : beau, bel, belle, belles, beaux. Le verbe marcher comporte aussi plusieurs formes en français : marche, marchant, marcherai, marcherais, marchai etc.

Pourquoi promouvoir les langues anglaise et kreol à Maurice ?
Nous avons à Maurice deux langues créoles : une langue nationale qui est le kreol morisien et notre langue officielle, l’anglais. Donc, la chose fondamentale, c’est que si nous voulons que les gens à Maurice apprennent à lire et à écrire correctement, il faut commencer l’alphabétisation dans la langue maternelle de l’enfant, le kreol morisien et ensuite passer à l’anglais. Ensuite, on peut facilement construire des ponts entre ces deux langues. C’est ce que j’ai fait dans le Training manual Bilingual Literacy il y a cinq ans. Ce livre a été utilisé par les détenus de la prison de Melrose et de Beau-Bassin. 85 % des détenus dans les prisons à Maurice ne savent ni lire ni écrire ni compter. Dans ces conditions, on ne peut avoir d’emploi. Que faites-vous alors ? Vous volez et vous vendez de la drogue…
Mais, je n’utilise pas le terme “alphabétisation” car on peut connaître l’alphabet et ne pas savoir construire des phrases. Les Anglais ont un terme : literacy. Depuis plusieurs années, dans les grandes conférences, j’ai demandé aux Français de trouver un terme pour remplacer l’alphabétisation mais ils disaient toujours que ce mot était correct. Les Québécois ont compris l’importance de ce nouveau mot. Ils ont introduit le mot littératie. Même dans le monde francophone, maintenant, il y a consensus que le mot alphabétisation doit être remplacé par littératie. Comment développer la littératie à Maurice ? Nous nous vantons d’être une nation plurilingue et alphabétisée. C’est faux. D’abord, Maurice n’est pas plurilingue, n’est même pas bilingue, n’est certainement pas monolingue mais est semi-lingue.

Mais, d’aucuns y trouveront là une insulte de votre part et vous demanderaient comment cela se fait-il, alors que beaucoup de Mauriciens parviennent à être très compétents à Maurice comme à l’étranger justement grâce à leur faculté de parler plusieurs langues…
Que fait-on à Maurice ? Nou koz-koz in pe angle, nou debrouy nou franse, nou met met trwa mo tamoul… Mais combien de Tamouls par exemple peuvent-ils avoir une conversation intéressante d’une quinzaine de minutes en tamoul ? Nous ne sommes pas une nation de lettrés. Nous sommes une nation de semi-lettrés et d’analphabètes. Selon mes recherches, seuls 30 % de la population de Maurice possède la littératie fonctionnelle. Ce sont ceux qui lisent et comprennent ce qu’il y a dans les journaux ; qui comprennent les lois dans le pays parce qu’ils peuvent les lire et les comprendre ; qui peuvent écrire une lettre officielle qui soit cohérente… 30 % de la population seulement peuvent le faire. 50 % peuvent dessiner leur nom. Je dis bien dessiner. Ils peuvent écrire un mot par ci, par là mais ne peuvent construire des phrases.

50 % de la population ?
30 % possèdent la littératie fonctionnelle, 50 % sont des semi-lettrés. 20 % sont totalement analphabètes.

Qu’en est-il de toutes ces personnes qui travaillent dans un bureau et qui ont quand même un minimum de bagage…
Ils ne représentent que 30 %. Ces 30 % ont tous les pouvoirs : économique, politique et culturel. Ils ont l’éducation et ils ont les meilleurs postes.

Mais, nous avons quand même de plus en plus de jeunes qui s’instruisent, qui vont à l’université…
Quel en est le pourcentage ? Chaque année, il y a environ 25 000 élèves aux examens du CPE. De ces 25 000, il y a au moins 15 000 qui ne peuvent pas lire ou écrire. Ne regardez pas le taux de réussite. C’est truqué ! Prenons le papier d’anglais du CPE. La première partie (Multiple Choice) représente un tiers des points. La deuxième partie (One word Answer) représente aussi un tiers. La troisième partie est la partie rédactionnelle. Dans tous les systèmes éducationnels, quand on a des questions de Multiple Choice, il ne faut pas comptabiliser les premiers 25 %. Plusieurs fois, j’ai fait ce test avec mes élèves. Je leur disais de ne lire ni le passage ni les questions. Un groupe cochait A, un autre B, un autre C et un autre D. Et, ils avaient tous enregistré 25 %. On ne peut pas connaître la performance de l’élève à travers cette méthode. Quant au “One Word Answer”, c’est la chance qui joue. Et la majorité ne répondent pas à la troisième question (rédaction). Comment les élèves réussissent-ils au CPE ? Le taux de réussite est en fait autour de 18 %. On fait un tour de passe-passe et les 18 % passent à 40 %. Or, de ces 18 %, on aurait dû éliminer 8 points qui représentent les premiers 25 % des questions de Multiple Choice. Cela veut dire qu’avec 10 points, un enfant décroche son CPE ! Chaque ministre de l’Éducation veut que le taux de réussite augmente. On baisse le niveau pour faire réussir le plus d’élèves. Officiellement, 90 % de la population de Maurice possède la littératie. Comment arrive-t-on à ce chiffre ? Tous les ans, l’Unesco envoie un formulaire au gouvernement. C’est le ministre de l’Éducation qui doit le remplir. Il écrit 80, 90 %. Le document va vers l’Unesco, qui publie son rapport. Quand j’étais conseiller culturel, le ministre m’avait demandé mon estimation. J’ai dit qu’au maximum, cela devait être 40 %. Mais, il m’a dit qu’il valait mieux mettre 80 %. J’ai dit que je n’allais pas cautionner cela en signant. Un jour, quand quelqu’un a demandé si c’était vrai, le ministre a sorti le document de l’Unesco pour dire : “Voyez, c’est l’Unesco qui le dit”…

Où se situe donc la faille dans notre système ? Pourquoi un aussi mince pourcentage de la population possède la littératie ?
C’est simple. L’Unesco a dit que la littératie de base doit se faire dans la langue maternelle de l’enfant. Mais, ce paragraphe, aucun ministre ne le lit. Le kreol morisien est la langue maternelle de 90 % de la population et la deuxième langue des 10 % qui reste. Donc, 100 % l’utilisent.

Mais, il y a beaucoup de parents qui ont tiqué, qui ont été choqués quand ils ont entendu parler de l’introduction du kreol à l’école. Pour beaucoup, cela allait constituer un pas en arrière…
Qui sont les parents qui ont tiqué ? Les “opinion leaders”. Les parents éduqués qui peuvent soutenir leurs enfants, qui peuvent aider leurs enfants à maîtriser l’anglais et le français. Ils ne se soucient pas des enfants dont les parents sont analphabètes. Quand on parle d’analphabétisme, il y a des milliers de parents qui ne savent pas lire et écrire et qui ne peuvent aider leurs enfants. Par ailleurs, les parents qui sont contre l’introduction du kreol sont éduqués et friqués. Ils peuvent payer des cours supplémentaires.

Il y a aussi une autre réalité aujourd’hui : bien des parents utilisent le français quand ils parlent à leurs enfants. Du coup, le kreol n’est plus tout à fait leur langue maternelle…
Ils sont très peu : autour de 4 % des Mauriciens et qui envoient leurs enfants dans des écoles privées. Mais, le gros problème demeure. Mais, là où vous avez entièrement raison, c’est que les parents sont réfractaires. Les parents non éduqués suivent ce que les “opinion leaders” disent. Et, les médias ne font rien pour faire avancer la chose. Il faudrait que ceux au pouvoir réalisent que le médium d’enseignement devrait être le morisien. Quelle est la fonction principale de l’éducation primaire ? Lire, écrire et compter. Les Mauriciens doivent comprendre que s’ils veulent un développement harmonieux de leur enfant, il faut commencer par la langue maternelle. On a la chance d’avoir deux langues créoles. Donc, on peut avoir une politique de littératie progressive et progressiste. Si on avait un bon projet de Nine-Year Schooling, on aurait dû commencer par la langue maternelle des enfants. Ensuite, au fur et à mesure, on intensifierait les études en anglais. Et, la septième année, c’est l’anglais qui deviendrait le médium d’enseignement alors que le morisien resterait une matière.

Vous avez été l’un des plus ardents défenseurs de la langue kreol à Maurice à travers vos écrits et la traduction de pièces de théâtre en Morisien. Cette langue est aujourd’hui enseignée dans certaines écoles et à l’université. Elle est utilisée lors de certaines messes. Nous avons un dictionnaire de la langue kreol. À quel point êtes-vous satisfait de cette évolution ?
J’ai été le premier défenseur du kreol morisien. Le livre que je viens de publier célèbre cinquante ans de combat. Que voyons-nous ? Les gens ne veulent pas comprendre parce qu’ils ont des intérêts à défendre. La santé mentale de nos enfants ne les intéresse pas. Ils sont motivés par des réflexes égoïstes.

Qu’est ce qui aurait changé si on avait appliqué ce principe d’apprentissage en kreol il y a plusieurs années de cela ?
Quand j’ai commencé le combat, au théâtre on jouait seulement en anglais et en français. Quelle est la situation aujourd’hui ? Le théâtre est dominé par Komiko, en kreol. Et, les grands spectacles montés par Gérard Sullivan sont en kreol : Zozef ek so Palto Arc-en-Ciel ; Les Misérables, Sister Act. Donc, il faut reconnaître aujourd’hui que le médium théâtral par excellence à Maurice est devenu la langue kreol. Si on avait une bonne politique de langue, au niveau de la littératie, on aurait pu avoir une nation à 90 % lettrés au niveau de la langue maternelle, de la langue officielle et de la langue semi-officielle, le français.

Vous avez été politicien entre 1967 et 1987. Vous étiez notamment un des fondateurs du MMM. Qu’est-ce que vous inspire la politique aujourd’hui ?
Ce gouvernement au pouvoir est le pire que Maurice ait connu avec un cabinet d’incompétents. On n’a qu’à prendre le dossier du Nine-Year Schooling pour voir que cela a été bâclé, que nous allons avoir des situations vraiment dramatiques dans les années à venir. Les problèmes fondamentaux ne seront pas réglés. Au lieu d’avancer, Maurice va reculer sur le plan de l’éducation. On nous avait promis un miracle économique. Nous n’avons même pas eu droit à un mirage économique. Ce qu’on a eu, c’est un mofinn économique. Au niveau de la démocratie, il y a eu un recul. Nous venons d’apprendre qu’il y a un ministre, un des leaders de l’alliance, qui a voulu s’ingérer dans le judiciaire. Or, un démocrate respecte la séparation des pouvoirs. La police est devenue pour le gouvernement un instrument de répression et de persécution. Il y a eu onze charges provisoires contre l’ancien Premier ministre. Huit ont déjà été rayées. Attendons les trois autres charges et je pense qu’une fois de plus, on verra qu’il n’y a pas de preuves. Je demande aux Mauriciens de ne pas oublier que la police a pour la première fois mis les menottes aux mains d’un ex-Premier ministre. Comment la MBC a-t-elle eu le footage montrant le coffre-fort de Navin Ramgoolam ? Une enquête policière se fait discrètement. Je présume que la police a donné ce footage à la MBC qui l’a utilisé pour faire la propagande du gouvernement.

Quel commentaire pouvez-vous faire sur le dossier des Chagos ?
Avant Navin Ramgoolam, Maurice comptait 2 600 km2 de terre (Maurice, Rodrigues, Agalega, Saint-Brandon, Chagos). Grâce à Ramgoolam, Maurice compte 2,3 millions km2 de mer. Et, si on ajoute l’archipel des Chagos, on va pouvoir agrandir encore plus notre patrimoine. Les Anglais ont volé cela et ils ont utilisé des moyens malhonnêtes pour le faire.

Comment interprétez-vous la compensation proposée aux Chagossiens ? Est-ce un piège selon vous ?
Les Anglais veulent certainement coincer les Chagossiens. En donnant cette compensation, ils vont exiger des signatures pour que ces gens ne réclament pas le retour. En acceptant cela, vous ne pouvez pas retourner. Vous ne pouvez pas prendre l’argent et dire “Je vais retourner”. A deal is a deal. Quand Olivier Bancoult dit qu’il va prendre la compensation et qu’il va continuer son combat, il est en train de se mettre le doigt dans l’œil. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. You cannot have your cake and eat it !

Quelle a été votre réaction par rapport au comportement des Anglais ?
Les Anglais et les Américains ont un projet ensemble. Ils défendent leurs intérêts au détriment, non seulement des Chagossiens, mais aussi au détriment de la République de Maurice parce que l’archipel des Chagos fait partie de notre patrimoine. Il faut continuer le combat pour que finalement ce territoire nous revienne comme partie intégrante de notre République. Navin Ramgoolam, au pouvoir, a eu le courage de poursuivre le gouvernement anglais pour empêcher le projet des Anglais pour une Marine Protection Area et il a gagné son procès.

Que pensez-vous du Festival kreol. Est-ce un bon moyen pour promouvoir la culture kreol ?
Le Festival kreol est devenu la fête des créoles de Maurice. J’en ai une vision totalement différente. Premièrement, les îles de l’océan Indien (Maurice, Rodrigues, Rodrigues, les Seychelles) sont des îles créoles. Une île créole est une île qui n’a pas de population autochtone mais qui a été peuplée par des vagues d’immigrants. Des immigrants venus d’Europe, d’Afrique et d’Asie. Et, chaque vague d’immigrants a transformé la faune et la flore de cette île. Donc, quand moi je pense à un festival créole, c’est un festival des îles créoles, pas dans le sens épidermique ou ethnique mais dans le sens philosophique d’île créole. Deuxièmement, la langue créole devrait aujourd’hui porter le nom de Morisien. Il y a beaucoup de langues créoles dans le monde. Là où ces langues se développent, la langue prend le nom du peuple. Pour moi, le festival kreol ne veut pas simplement dire la langue des créoles mais une culture créole. Cette culture est très intéressante. Prenons la nourriture : nous avons une cuisine créole qui est faite de riz, de mines, de sao may, de dholl purri, de chapati, de bouillon, de cari. C’est notre cuisine. Le dholl puri est selon certains une création mauricienne ainsi que le gato piman. Le PMSD est en train de ramener la créolité à son niveau le plus bas. Ma vision de la créolité est similaire à une vision de métissage. On devrait tous les ans organiser un festival artistique mauricien qui comprendrait le théâtre, la musique, l’art culinaire, la publication d’œuvres littéraires et qui participerait dans la création d’une nation mauricienne et développerait ce sentiment d’appartenance à une nation.