Nos wetlands sont en grand danger. C’est le triste constat que l’on peut faire face aux pressions qui sont exercées sur elles actuellement. Plusieurs projets fonciers sont en cause : constructions d’hôtel, d’appartements ou IRS dans les zones humides ou à proximité. Les 10% de wetlands qui restent pourraient ainsi disparaître si rien n’est fait pour rectifier le tir. Le béton semble avoir pris l’ascendant sur la nature.

La wetland est un des écosystèmes naturels les plus impressionnants. Des paysages uniques où vounn et mangliers se tiennent fièrement. L’acidité de l’eau provoquée par les sédiments et autres pesticides transportés des champs ne leur fait pas peur. Ces espèces sont conçues pour s’adapter à cet écosystème fragile qu’est la zone humide. Leurs racines, spécialement celles des mangliers, sont des grottes et des refuges pour des petites espèces qui se feraient dévorer en un rien de temps si elles étaient à découvert.

La wetland se compose de tout un écosystème. Des crabes qui se terrent dans leurs trous au moindre bruit, des chants d’oiseaux qui résonnent de part et d’autre, de petits poissons se sauvant à toute vitesse, des chevrettes qui guettent tout ce qui approche. Plus loin, des plantes endémiques se manifestent, à l’instar du Zornia vaughaniana et du Thespesia populnea. Ici et là, des oiseaux échassiers tels que les courlis, pluviers et airons cherchent à manger, alors qu’en certaines périodes, des oiseaux migrateurs viennent s’y nourrir. Tel est le magnifique spectacle auquel on peut assister en visitant les zones humides des Salines à Rivière Noire, de Cap Malheureux ou encore de Pointe d’Esny. Cela dit, dans certaines wetlands, des déchets peuvent être aperçus. Comme des blocs de béton ou des produits électroménagers, qui gâchent le paysage et mettent en danger leur existence.

Espaces riches en biodiversité.

Ces écosystèmes fragiles sont appelés à disparaître tôt ou tard au nom du développement foncier. Plusieurs projets sont en cours autour et même dans des wetlands, qui impacteront directement sur ces zones. Pourtant, en 2015, le ministre de l’Agro-Industrie avait annoncé la préparation d’une Wetland Bill, soulignant l’importance de protéger ses espaces riches en biodiversité. Trois années plus tard, on ne peut que constater la faillite des autorités dans leurs intentions affichées de protéger les zones humides : au moins quatre d’entre elles sont menacées par des projets fonciers. L’ONG Ecosud a d’ailleurs envoyé une lettre au ministère de l’Environnement et au EIA Committee soulevant leurs préoccupations autour de ces projets.

Parmi ces quatre zones humides, la wetland 76 à Rivière Noire, où a débuté un projet hôtelier, est classée catégorie 1 selon un rapport commandité par le gouvernement mauricien en 2009. Il y est clairement indiqué que “no major infrastructural developments should be permitted”. De même, l’ESA Bill de 2009 mentionne le fait suivant : “Upon a finding that an ESA is on or near the property to be developed, the EIA Committee shall — (a) inform the applicant that no EIA licence will be granted for an undertaking in or on a Category 1 ESA.”

Fonctions d’une wetland.

Pour mieux comprendre l’urgence de la situation, il faut saisir les fonctions d’une wetland. En sus de leur splendeur, les zones humides sont vitales à plusieurs espèces à plus d’un titre. Ainsi, les racines des mangliers offrent un abri pour les petites espèces et les juvéniles. Crabes, crevettes, chevrettes et jeunes poissons viennent s’y nicher pour éviter de se faire dévorer par les prédateurs. Ces racines ont un rôle de nidification, ce qui permet aux espèces présentes dans les lagons de pouvoir se renouveler.

Il faut savoir que les wetlands jouent un rôle essentiel dans la propagation des coraux dans un lagon, en raison de leurs capacités à enlever les sédiments toxiques de l’eau. “Sans cela, les eaux de pluie qui traversent les champs de cannes ou de légumes contenant des pesticides, par exemple, vont directement dans le lagon, annihilant toute probabilité de la formation de coraux”, confie Sébastien Sauvage de l’ONG Ecosud.

Si son rôle est vital pour beaucoup d’espèces, il l’est également pour les humains. La wetland et son sol spongieux ont la faculté de retenir beaucoup d’eau. “Ainsi, à chaque grosse averse, les wetlands atténuent les inondations, empêchant l’eau d’aller en grande quantité vers les habitations. Sans elles, plus de maisons seraient inondées”, souligne Sébastien Sauvage. Par ailleurs, les plantes se trouvant dans ces zones humides absorbent le carbone.

Des zones encore plus menacées.

On comprend donc mieux pourquoi il faut protéger ces espaces. Selon une étude menée par l’écologiste Vikash Tatayah, Maurice a perdu plus de 90% de ses wetlands. Ce dernier tire la sonnette d’alarme. “Nous sommes très inquiets. Il faut absolument protéger les wetlands, qui ont un rôle essentiel.” Il est regrettable de dire que les zones humides sont appelées à encore diminuer en raison de la négligence des autorités dans la protection de ces sites. Alors que Maurice a été un des premiers pays à signer la Convention de Ramsar, qui préconise une protection sans failles des zones humides de l’île et pas uniquement les sites Ramsar que sont le Parc Marin de Blue Bay, l’estuaire de Terre Rouge et les wetlands de Pointe d’Esny.

Avec tous les projets fonciers qui sont en cours autour des zones humides, il est clair que celles-ci sont encore plus menacées que par le passé. Une triste réalité qui ne serait jamais survenue si les recommandations du rapport ESA (Environmental Sensitive Areas) 2009 n’avaient pas été ignorées par les autorités. On peut se demander pourquoi les gouvernements commandent des rapports pour ensuite ne pas en tenir compte…