DEWAN QUEDOU: « Faire entendre une seule voix face au gouvernement »

Le Conseil des Syndicats (CDS) a un nouveau président en la personne de Dewan Quedou, président du MTUC. La présidence du CDS est assurée sur une base rotative pendant un an. Dewan Quedou rappelle que c’est en 2011, suite à un constat du BIT que la prolifération des syndicats affectait les négociations en faveur des employés, que le CDS a vu le jour.

Dewan Quedou, vous êtes depuis le 31 août le nouveau président du Conseil des Syndicats. Rappelez-nous votre parcours au niveau syndical.
J’ai débuté comme employé au sein du ministère des Travaux (maintenant le ministère des Infrastructures publiques) en 1972 et j’ai poursuivi mes études en Inde où j’ai décroché une licence en Géographie. Ensuite, j’ai fait deux ans à l’Université de Maurice où j’ai eu un diplôme en Development Studies. De là, je me suis intéressé à la lutte syndicale et j’ai adhéré à la GSA, qui était sous la présidence d’Amode Malleck et de Radakrishna Sadien en 1974. Je défendais à l’époque les droits des cadres techniques au ministère des Travaux. Et comme je travaillais dans le réseau du tout-à-l’égout, département qui est devenu un corps para-étatique en 2001, j’ai fondé un syndicat en 2004, la Wastewater Management Authority Employees Union, car la GSA représentait seulement les employés de l’État. Sous ma présidence, il y a eu beaucoup d’améliorations au niveau des conditions entre le management et le syndicat. En 2005, le syndicat a adhéré au MTUC, lui-même fondé par Emmanuel Anquetil en 1946. En 2009, je suis devenu secrétaire du MTUC. En 2010, j’ai été élu président du MTUC et mon troisième mandat expire en 2019. Le MTUC s’est affilié au CSTOI (Conseil des Syndicats des Travailleurs de l’océan Indien), qui regroupe de grandes confédérations syndicales dans les îles de l’océan Indien.

Quel est le rôle du Conseil des Syndicats ?
C’est la deuxième fois que je dirige ce conseil. La présidence est d’une durée d’un an et est sur une base rotative. La première fois, c’était en 2013. Le Conseil des Syndicats est la plus grande plateforme de travailleurs existant à Maurice. Aujourd’hui, le CDS inclut la CFTU, le NTUC, la CTSP, le MLC, le MTUC et trois fédérations : AWF, FDUF et FDLU. La création du CDS remonte à 2011 lorsque le Bureau international du Travail (BIT) a trouvé qu’il y avait une grande prolifération des syndicats à Maurice, ce qui affectait les négociations en faveur des employés face au gouvernement et aux employeurs. Les employeurs du privé et les corps para-étatiques sont regroupés sous la MEF, maintenant Business Mauritius. Quand les employeurs parlent, il y a une seule voix. Au niveau de la fonction publique, la situation était chaotique avec 350 syndicats, 25 fédérations et 10 confédérations. Donc, dans le but de ramener toutes ces fédérations et confédérations autour des problèmes nationaux rencontrés par les employés, le CDS était nécessaire pour faire entendre une seule voix face au gouvernement.

Le CDS a-t-il pu mettre de l’ordre ?
Aujourd’hui, on peut dire que cet esprit d’unité prévaut. Le leadership est un des gros problèmes que rencontrent les syndicalistes. Tous veulent diriger. C’est ainsi que le BIT et le CDS a opté pour un système de rotation. Chacune des six confédérations assume la présidence pour un an. Nous redémarrerons les formations internationales pendant mon mandat d’un an. Le 1er septembre 2018, c’est Haniff Peerun du MLC qui sera le président.

Certains ont déjà critiqué le manque d’équité au niveau des syndicats, les plus grands étant toujours les mieux représentés, participant le plus aux événements internationaux… Avez-vous l’intention de corriger cela ?
Avec le CDS, il n’y a plus ce problème. Il y a davantage un problème au niveau des employés. Chaque année se tient une grande conférence internationale du Travail à Genève, qui dure trois semaines. Tous les syndicats veulent s’y rendre. Chaque pays doit avoir un représentant des travailleurs, un représentant des employeurs et le ministre du Travail. Le gouvernement a proposé un système : le syndicat qui est le plus représentatif y participe. Mais, ce qui se passait, c’est que certains s’associaient avec d’autres pour être les plus représentatifs. Sous ma présidence, en 2013, j’ai négocié avec le BIT pour que ce soit le président du CDS qui y participe. Nous allons poursuivre cette négociation.

Comment faire pour plus d’unité parmi les syndicats ?
L’unité est là déjà. Lors de la deuxième réunion du CDS depuis que je suis le président, la plupart des fédérations ont participé, signe qu’elles veulent que le CDS évolue. Nous aurons un séminaire les 20 et 21 septembre à l’intention de tous les représentants syndicaux sur la National Employment Policy à l’hôtel Gold Crest. Un représentant du BIT, de Pretoria, y sera. Le BIT souhaite que les syndicats se regroupent pour réfléchir sur la politique de l’emploi. Nous compilerons un rapport durant ces deux jours pour le remettre au gouvernement. Un deuxième séminaire est prévu en novembre sur les amendements aux lois du Travail et sur le salaire minimum. Selon nos informations, le NWCC avancera un chiffre au sujet du salaire minimum aujourd’hui.