Dhanesh Maraye, présenté comme candidat du PMSD, est un jeune professionnel de 42 ans. Il fait partie de ces jeunes qui se lancent dans la politique avec la volonté de participer au « wind of change », au renouvellement de la classe politique. Après avoir fait sa scolarité primaire et secondaire à Maurice, il a étudié la comptabilité en Grande Bretagne. Il est expert-comptable spécialisé en finances et dirige sa propre entreprise.
En vous présentant comme candidat à l’élection partielle de Belle-Rose/Quatre-Bornes, vous entrez de plain-pied dans la politique active ?
Cela fait longtemps que je m’intéresse à la politique et aux problèmes de la société. Mais le pays fait face à des défis importants et on ne peut rester insensible.
Voilà une semaine que votre candidature a été annoncée par le PMSD. Quelles sont vos premières impressions sur le terrain.
Très bonnes. On est bien accueilli dans les différentes régions de Belle-Rose et Quatre-Bornes. Le PMSD a aussi une grande équipe bien organisée dans la circonscription. On réalise aussi que dans une sur trois maisons qu’on visite, il y a un jeune à la recherche d’emploi. C’est un drame pour la jeunesse mauricienne.
Généralement, les jeunes professionnels hésitent à s’engager dans la politique pour des raisons professionnelles, familiales ou cherchent à faire carrière à l’étranger. Visiblement ce n’est pas votre cas…
C’est vrai que c’est un grand sacrifice au niveau professionnel et familial. Je suis conscient que la préoccupation principale des jeunes d’aujourd’hui c’est de trouver un emploi – plus de 28,9 % de jeunes qualifiés sont à la recherche d’un emploi adéquat. Le chômage chez les jeunes est une de mes priorités. Je demande aux jeunes d’avoir le courage de se joindre à ce combat contre les fléaux sociaux et pour redresser notre économie.
D’où vous vient cette envie de vous engager en politique ? Est-ce que c’est familial ?
Non, il n’y a rien de familial. Il y a en ce moment a Wind of Change — une demande pressante pour un renouvellement de la classe politique. Je veux apporter ma pierre à l’édifice pour le progrès de notre pays.
Il faut dire que votre père Dan Maraye a également évolué dans le giron politique ?
Ce n’est pas un politicien ; son combat est surtout contre la corruption.
Pourquoi avoir opté pour le PMSD et non pour un autre parti pour démarrer votre carrière politique ?
Le PMSD représente aujourd’hui l’unique espoir pour le changement à Maurice. Xavier Duval est le politicien le plus aime à Maurice, et le parti a une équipe jeune qui représente toute la nation mauricienne.
Avez-vous eu l’occasion de côtoyer les politiciens auparavant ?
Lorsque je faisais mes études en Grande-Bretagne, j’ai connu de loin Gordon Brown qui était le député de la région où j’habitais.
Pensez-vous que les partis politiques mauriciens font suffisamment de place aux jeunes afin de leur permettre de s’exprimer ?
 
Je ne le pense pas. La direction et l’aura d’un leader sont très importantes. Lorsqu’on compare l’aura du leader du PMSD avec celle des autres leaders, on voit immédiatement la différence. Xavier-Luc Duval a une jeune équipe qui représente toute la nation mauricienne et il lui permet surtout de s’exprimer.
 
Alors que vous vous engagez dans la campagne électorale, quelle idée vous faites-vous des autres candidats ?
 
Pour faire la politique autrement — je ne glisserai pas dans les attaques personnelles. Ma priorité consiste à passer un message aux jeunes de 15 ans à monter et à leur faire comprendre que ce pays n’appartient pas aux politiciens, mais qu’il leur appartient. Une fois qu’ils auront compris l’importance de ce sens d’appartenance, ils doivent prendre conscience de leur responsabilité vis-à-vis du pays. C’est pour cela que si nous, les jeunes, nous voulons vivre autrement et faire en sorte que le pays avance autrement, il faut que nous joignions nos forces et que nous avancions ensemble.
 
Souvent, on entend les jeunes exprimer leur dégoût pour les politiciens et pour la chose politique. Comment changer cette mentalité ?
 
Ce problème n’existe pas qu’à Maurice. Un politicien est là pour représenter le peuple. Il n’est pas là pour rouler une grosse voiture avec un chauffeur. Il est là pour représenter le peuple au parlement. Or, pour des raisons peu liées au fait que nous étions une colonie, nous avons perdu un peu de ce sens d’appartenance. Il faut que les jeunes sachent et comprennent que ce pays leur appartient et que les politiciens doivent “Govern for the many and not for the few”.
 
Lorsque vous voyez le nombre de politiciens qui sont impliqués dans des scandales ou dans la corruption, cela ne vous décourage pas ?
 
Le problème est que beaucoup de professionnels ne s’intéressent pas à la politique, laissant ainsi la place à ceux qui ont des “vested interest”. Il y a deux classes de politiciens : une partie qui travaille pour ses intérêts privés et une autre qui se dévoue pour l’intérêt public. Il y a peut-être trop de politiciens qui opèrent pour leurs propres intérêts, d’où la culture des petits copains. Le politicien doit travailler pour le bien public. Il est au service du public. Je suis là pour dire aux jeunes que “things could be different and things should be different”.
 
Quel rêve avez-vous pour l’île Maurice ?
 
Un seul. Lorsqu’on est à l’étranger, nous sommes tous fiers d’être Mauriciens. Nous dansons ensemble le séga, mangeons ensemble notre briani. Pourquoi lorsque nous arrivons au pays, lorsque nous cherchons un travail, “bizin get figir ek relizion” ? Mon rêve, c’est que nous puissions vivre comme des Mauriciens avant tout. Dans notre vie de tous les jours et je l’ai bien constaté à Belle-Rose/Quatre-Bornes, tous les Mauriciens vivent ensemble qu’ils soient hindous, créoles, musulmans. Pourquoi sommes-nous aussi divisés ? Est-ce à cause des politiciens ? À cause des groupes socioculturels ? Nous devons faire comprendre aux Mauriciens que nous sommes des Mauriciens avant tout. Nous devons être fiers de ce que nous sommes, fiers de notre culture et de notre histoire. Nous rêvons tous d’une île Maurice moderne où la méritocratie prime et ou le développement économique est centré sur l’individu en respectant l’environnement.
 
Dans la campagne électorale, il y a également une dimension de communalisme. Est-ce que vous appréhendez cette situation ?
 
Ceux qui pratiquent l’ethnic politics savent combien il y a de maraz, de baboojees, de musulmans, créoles etc. Je les laisserai parler. Ma priorité est de faire comprendre aux jeunes que ce pays leur appartient.
 
Lorsque vous enregistrerez votre candidature, il vous faudra déclarer votre communauté. Que ferez-vous ?
 
Si je peux me déclarer comme Mauricien, je le ferai. Je ne vois pas pourquoi il faudrait que je déclare ma communauté.
 
À votre avis quels sont les principaux problèmes auxquels font face les jeunes ?
 
Comme je vous l’ai dit, le principal problème chez les jeunes, c’est le chômage. Ils font aussi face au manque de méritocratie, aux problèmes de la drogue et de l’insécurité.
 
Avez-vous pris connaissance des besoins de la circonscription No 18 ?
 
Beaucoup de problèmes ne sont pas propres à la ville. Je pense à l’encombrement du trafic, au manque de parking et aux trottoirs qui sont les mêmes dans toutes les villes. Il nous faut revoir la façon de pratiquer l’administration régionale. Est-il normal que nous ayons seulement cinq villes ? Il y a beaucoup de choses à revoir. Il est important que les citadins soient davantage impliqués dans la gestion de leurs villes. Il faut qu’ils soient consultés davantage, cela résoudrait beaucoup de problèmes. Il nous faudra créer “a citizen engagement”. À Quatre-Bornes, il y a beaucoup d’insécurité, un problème de trottoirs et aussi un manque d’activités pour les jeunes.
 
L’élection partielle est tantôt présentée comme un référendum contre le métro express, tantôt contre le gouvernement. Qu’en pensez-vous ?
 
Le métro express n’est pas une priorité pour la plupart des habitants de Quatre-Bornes. Leur priorité est que leurs enfants aient un emploi. Ils ont donné une éducation à leurs enfants. Ils veulent que ces derniers aient un travail décent et vivent correctement sans avoir à mendier auprès des politiciens. C’est pour cela qu’ils sont contre le communalisme et la culture de petits copains. Si cette partielle devait être présentée comme un référendum, les Mauriciens auraient la possibilité de s’exprimer sur l’accession de Pravind Jugnauth au poste de Premier ministre.
 
Un message pour les habitants de la circonscription ?
 
Un message surtout pour les jeunes : “Se ou pei, ou landrwa. Donn-mwa enn koud me pou fer nou landrwa ek Maurice enn plas kot tou morisien kapav viv bien ansam”. J’habite à Quatre-Bornes, j’y suis, j’y reste. Je veux travailler pour améliorer la vie de tous les habitants de Quatre-Bornes.