L’excursion mensuelle de la Saint-François Senior Citizen Association, en début de semaine, aura été des plus traumatisantes pour ses 58 participants, et plus particulièrement pour Ahmad Saboordin Dada Mullack (77 ans), qui a disparu pendant trois jours dans la région boisée de Pétrin et de Plaine-Champagne. Son témoignage sur son inoubliable mésaventure laisse comprendre le véritable calvaire qu’il a vécu pendant près de 72 heures, seul, en pleine forêt et sans aucune nourriture, en se battant contre la mort.
Affaibli, amaigri, légèrement pâle et laissant couler ses larmes de soulagement… C’est dans ces conditions, sur son lit d’hôpital à Rose-Belle, jeudi matin, que celui qu’on peut aisément qualifier de miraculé échange ses premières paroles avec sa petite famille, à qui il n’avait pu donner signe de vie pendant trois jours. L’émotion de ces retrouvailles quasi inattendues avec sa fille Nooreen et son épouse Sabeeroon est des plus intenses.
Parfaitement conscient de la terrible frayeur causée aux membres sa famille et des moments extrêmement difficiles par lesquels ces derniers sont passés depuis sa disparition, lundi matin, Ahmad Dada Mullack tentera dans ses premières phrases de rassurer les siens. « Mo mem kone par ki mo fine passé depi lindi. Dan sa bann moman difisil-la kot monn ress tousel dan bwa, mone priye Bondié boukou. Se enn moman ki zamé mo pou bliye. Me aster pena pou tracasé, tou pe korek… », devait-il leur lancer en présence des membres des médias.
Bien que souffrant d’une extrême fatigue pour être resté sans nourriture pendant trois jours, le miraculé ne pourra s’empêcher de raconter à ses proches sa douloureuse expérience. Sa version des faits consignée à la police et son témoignage à sa famille tendent à confirmer le fait que tout a commencé à partir d’une simple chute, alors qu’il s’apprêtait à rejoindre l’autobus loué par la Saint-François Senior Citizen Association à l’occasion de cette sortie mensuelle. « Cette chute m’a entraîné sur une bonne distance. Et quand je me suis relevé, j’ai emprunté la mauvaise direction. Au lieu de prendre le sentier menant à l’autobus, j’ai emprunté un chemin allant à l’opposé », raconte-t-il aux membres de sa famille.
Il devait être alors peu après 11 h 15, car quelques minutes plus tôt, soit à 11 h 10, il avait été vu par un des membres de son club du troisième âge à proximité des toilettes publiques de Pétrin. 48 des 58 membres étaient descendus de l’autobus pour la cueillette de goyaves de chine et devaient à ce moment remonter vers l’aire de stationnement. Selon le programme établi pour la journée, ils devaient regagner l’autobus à 11 h 30 précises. C’est la dernière fois qu’Ahmad Dada Mullack devait être vu. Sa disparition signalée, d’importantes battues allaient être enclenchées dans un rayon de 7 kilomètres par les hommes de la Special Mobile Force et du Groupement d’Intervention de la Police Mauricienne (GIPM), soutenus par l’hélicoptère de la police.
« Quand j’ai réalisé que je m’étais perdu, je n’ai cessé de crier. Je n’avais plus aucun repère », devait-il poursuivre, indiquant également à ses proches que son calvaire ne faisait que commencer. En effet, son sac à dos s’étant déchiré au cours de sa chute, il avait aussi perdu tout ce qu’il avait à manger sur lui. Ahmad Dada Mullack a par la suite eu toutes les peines du monde à progresser dans la forêt, compte tenu de la topographie escarpée du terrain, afin de pouvoir se poser à un endroit où il aurait été en sécurité. Le bruit assourdissant de l’hélicoptère de la police, qui survolait la région à basse altitude dès le premier jour des recherches, devait cependant lui redonner un peu d’espoir. Le septuagénaire a même eu la bonne idée d’accrocher un morceau de toile de son sac à dos déchiré à un bâton, afin de signaler sa présence aux membres de l’Helicopter Squad. Mais en vain.
« Zamé mo ti atane ki enn zour pou arriv mwa enn zafer koumsa dan mo lavi ! Pandan trwa zour mo pa fine manz nanier. Mone zis bwar dilo la riviere. A swar, mone pass mo letan priyer Bondié et appel a laide. Dan sa bann moman-la, pa ti mem kapav dormi ni assizé, akoz telman ti ena pié enn a koté lot. Li pa ti fasil ditou », a raconté le retraité à ses proches. Au fil des jours, avec les recherches totalement infructueuses menées par la centaine d’hommes déployés sur le terrain, l’espoir devait s’amenuiser pour Ahmad Dada Mullack, alors que l’angoisse des membres de sa famille ne faisait que croître.
Ce n’est que dans l’après-midi de mercredi, vers 14 h 30, que les cris de celui qui était porté manquant depuis plus de 48 heures, à ce moment-là, devaient alerter des randonneurs qui passaient dans les environs, en bordure de la région de Pétrin. Ahmad Dada Mullack était quasiment prisonnier d’un ravin situé à environ 10 kilomètres de l’endroit où il avait été vu pour la dernière fois, avec son groupe.
Mais l’opération pour l’extirper s’avère des plus délicates. D’abord, il aura fallu pratiquement toute la nuit de mercredi à jeudi pour le localiser. En effet, cet exercice a été extrêmement difficile pour les sauveteurs, encore une fois à cause de la topographie du terrain, et de l’obscurité. « Ti pe zis tane li, me pa ti pe trouv li. An plis, ti pe koumans fer nwar, ek so lavwa ti pe fer echo. Sa randonneur ki ti truv li mercredi apre-midi ine bizin retourné dé-zer di matin pou li kapav montrer kot sa li fine tane so lavwa. Pandan sa moman-la, nou ti pe stressé », raconte sa fille Nooreen.
À 4 h 00, jeudi matin, Ahmad Dada Mullack finira par être retrouvé. Mais ce n’est qu’à 6 h 55 que l’hélicoptère de la police a pu débuter les manoeuvres visant à hélitreuiller le miraculé et le conduire vers l’hôpital Jawaharlall Nehru. À 7 h 10, l’appareil devait se poser au centre hospitalier de Rose-Belle, et Ahmad Dada Mullack a été directement emmené au service des urgences pour y recevoir les premiers soins.
Un ouf de soulagement inespéré pour les Dada Mullack, après une attente angoissante et interminable.