La nouvelle des malheurs du jeune apprenti jockey mauricien Brandon Louis, parue dans l’édition de dimanche dernier du journal Week-End, est choquante à plus d’un titre. Pour rappel, la Police des Jeux a brutalement débarqué chez lui vers 4h du matin samedi dernier, jour des courses, où il avait plus de sept montes à assurer. Ce jockey, qui connaît depuis quelques semaines une ascension fulgurante au Champ de Mars après un stage de perfectionnement en Australie, est tout à coup devenu la cible pour des raisons qu’il n’est pas difficile d’imaginer. Pour en revenir aux faits, la Police des Jeux a effectué une fouille qui a mis sa modeste demeure sens dessus dessous, avant que cette unité policière contestée ne saisisse les téléphones portables de ses parents choqués et humiliés par cette déferlante et intrusion policière sans gêne dans leur paisible vie. Résultat des courses : rien de compromettant n’a été trouvé chez la famille Louis et l’analyse des téléphones portables n’a rien donné de répréhensible.

C’est une information, non confirmée, reçue par les autorités à l’effet que le jockey Brandon Louis avait été vu déjeunant avec un « mafieux des courses » dans un restaurant à Grand-Baie qui est à l’origine de ce branle-bas. On se demande comment un warrant a pu être obtenu uniquement sur la base de ce « palabre », alors qu’une enquête préalable en bonne et due forme aurait suffi à ce groupuscule policier — qui tombe normalement sous l’autorité de la GRA mais qui aurait, dans ce cas-là, agi de son propre chef — pour infirmer ou confirmer son information. Au lieu de cela, on a préféré jouer aux matamores face à de modestes individus qui, grâce à leur dur labeur, sont en train de sortir de l’ombre.

Pire, et il ne faut point s’en étonner, pas un instant cette unité de la police n’a-t-elle pensé aller faire une fouille chez le mafieux à 4h du matin, réveiller sa riche famille de son lit douillet et saisir leurs iPhone… À la Police des Jeux, on semble avoir un respect particulier pour ce type de personnage qu’il ne faut pas déranger car, comme le dit si bien Jacques Brel, « Faut vous dire, Monsieur que chez ces gens-là. On ne cause pas Monsieur, on ne cause pas, on compte… » Tout cela a été fait sur la base d’informations données par un whistleblower (?) qui a cultivé ces derniers temps ses entrées à l’ICAC, la GRA et la Police des Jeux, au point où une simple déclaration de sa part prend une dimension de parole d’évangile capable de mettre en branle les appareils répressifs de ces institutions qui veulent se donner de la contenance en épinglant publiquement d’éventuels contrevenants.
Mais ces institutions locales devraient bien faire la différence entre un vrai lanceur d’alerte à la Edward Snowden et de petits délateurs à la semaine qui squattent leurs bureaux pour court-circuiter des adversaires et débarrasser leur territoire de concurrents gênants pour agir librement et en toute impunité. Il faut savoir qu’un vrai whistleblower ou lanceur d’alerte est une personne qui, ayant connaissance d’un danger, d’un risque ou d’un scandale, adresse un signal d’alarme aux autorités. Il s’agit généralement d’une personne qui estime avoir découvert des éléments qu’il considère comme menaçants pour la société et qui, de manière désintéressée, décide de les porter à la connaissance d’instances officielles ou des médias susceptibles d’entraîner rapidement une action réparatrice.

Le lanceur d’alerte est de bonne foi et animé de bonnes intentions et divulgue un état de fait, une menace dommageable pour ce qu’il estime être d’intérêt public ou général.
Il ne faut évidemment pas confondre ces éléments importants à la société avec les délateurs qui sont, eux, dans une logique d’accusation visant des individus en particulier et qui pensent par ce biais éliminer des adversaires et tirer un avantage personnel de cette relation privilégiée avec les autorités. Ainsi, celui qui est à la base de la chute du Stipe Samraj Mahadia, qui a eu tort de faire confiance à cet individu, agent patenté de jockeys étrangers, est aussi celui qui est le dénonciateur du déjeuner hypothétique de Brandon Louis. Au vu de ses antécédents et de son passif en Afrique du Sud et à Maurice, on se demande comment les institutions étatiques ont pu donner du crédit à ce délateur qui est aujourd’hui lui-même victime de dénonciations à travers deux lettres anonymes reçues à notre rédaction cette semaine et qui sont aussi en possession des autorités.
On apprend dans la première lettre qu’il cohabite avec un jockey qui lui refile des informations lui permettant de récolter de l’argent (Rs 50 000) « pou donne tiyo ek faire 2, 3 bookmakers vend souval ki jockey X pé monté pu pas gagné. Sa missié là (le délateur de la police), li même pé organis tout… ek li servi comme intermédiaire entre bookmakers ek jockey… » Dans le deuxième courrier, celui qui est reçu en grande pompe par l’ICAC, la Police des Jeux et la GRA est mis en cause par trois aspirants jockeys qui disent avoir été escroqués par ce whistleblower de Rs 100 000 chacun pour un soi-disant stage de perfectionnement en Allemagne. « Kan nu fine arrive la-bas… nou fine surpris ki bane entrainer là pas konne narien… Kan nou dire zotte ki c’est XX kin avoye nou, zotte dire ki zotte pas kone li, zotte seulement friend lors Facebook… » Ces entraîneurs allemands les ont accueillis quelques jours, le temps pour eux de faire leurs démarches pour rentrer à Maurice. « Kan nu fine retourne Moris, nu fine contacter li apres 2, 3 semaines… li fine menace nou, li dire ki li éna bon contact dans l’ICAC, la Police des Jeux et GRA, li pu ramass nu et faire nu fami gagne problème… » D’après ces aspirants jockeys, le whistleblower n’en est pas à sa première incartade du genre, car d’autres jeunes ont connu le même sort en Malaisie, où ce « grand arnaker » ne pourrait plus s’y rendre.
Il appartient à ces institutions qui ont fait de ce personnage l’une de leurs sources privilégiées ces derniers temps de tirer au clair ces accusations et on peut comprendre leur embarras. Espérons que cette histoire leur servira de leçon et qu’à l’avenir, ils sauront faire le tri et la distinction entre un lanceur d’alerte et un délateur qui a su déjouer leur sens du discernement pour s’installer comme un interlocuteur valable, au point de les manipuler pour assouvir son esprit revanchard et ses ambitions personnelles. Car, au-delà du mal qui a été fait à Brandon Louis et sa famille, c’est aussi un officiel du MTC qui était dans le collimateur de ce personnage veule puisqu’il n’a pas voulu entrer dans le jeu malsain de cet individu, qui devrait être banni du monde hippique mauricien.