Malgré une pluviométrie abondante depuis le début de l’année, tous les robinets ne fournissent pas l’eau 24 heures sur 24 aux foyers mauriciens. La CWA se félicite que 69% de la population bénéficie actuellement d’une alimentation en eau 24/7, ce qui n’arrange en rien les affaires des 31% restants des abonnés.

En 2018, plusieurs familles sont contraintes de gérer ou veiller la moindre goutte d’eau, de multiplier les doléances pour qu’un camion-citerne vienne jusqu’à elles. La colère et la frustration sont de mise pour ceux pour qui l’eau est un luxe.

Imaginez-vous être obligés de demander à vos hôtes de ne pas tirer la chasse d’eau après utilisation. Essayez de vous imaginer en train de demander à votre entourage de vous ramener quelques bouteilles d’eau. Ou faire vos lessives à la rivière, être éveillés jusqu’à fort tard ou mettre l’alarme à 3h du matin pour attendre que l’eau coule et faire des réserves… En 2018, seules 69% de la population de Maurice sont alimentées en eau 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Une “chance” dont tous les Mauriciens ne peuvent pas profiter, alors que l’eau est un droit primordial pour chaque foyer.

La pilule a du mal à passer pour ces personnes dont les robinets sont à sec, sachant que les réservoirs et autres nappes phréatiques sont actuellement à presque 100% de taux de remplissage, voire au-delà de leur capacité de stockage pour certains. Les promesses se suivent et les travaux de remplacement de tuyaux défectueux ne calment pas leur colère et leur frustration.

Ce problème ne date pas d’hier. “En tant de sécheresse, je peux accepter d’être privée d’eau. Mais quand je vois toutes ses pluies et que mon réservoir reste vide, j’ai du mal à comprendre. Je vis un perpétuel stress et je suis toujours dans l’inquiétude de savoir comment ma famille et moi allons pouvoir prendre un bain, laver nos vêtements, cuire et avoir un minimum d’hygiène”, confie Sandra Nadal, une habitante de Trou d’Eau Douce. Cela fait quinze ans que cette femme au foyer doit gérer les problèmes d’eau. Un tuyau a certes été installé, mais plusieurs familles de la région doivent compter sur l’approvisionnement d’un camion-citerne pour être approvisionnées en eau.

Manque de pression.

À Sébastopol, la situation n’est guère meilleure, même si la CWA ouvre les vannes à certaines heures, souligne Sheena Buleeram : “Il est trop facile de venir dire qu’on nous donne l’eau. Mais ils ne disent pas dans quelle condition. Ce n’est pas normal et acceptable de rester debout jusqu’à 1h du matin pour remplir une barrique d’eau. Notre réservoir n’arrive pas à se remplir par manque de pression.”

À Camp Ithier, Yolanda Jolicoeur pensait être épargnée des problèmes d’eau en aménageant l’année dernière à Résidence Jade, construite par la NHDC. Mais rien à faire : le peu qui arrive à son robinet est loin d’être suffisant. “Eski an 2018 enn gouvernman pa ankor trouv enn solision pou ki tou dimounn gagn dilo ? On nous accorde des subventions pour qu’on s’achète des réservoirs. Cela ne sert à rien s’il reste vide. Kot nou, kouma dir letan. Enn zour delo-la koul enn fwa par zour de 5 a 6-er di matin, me apre nou kapav pa gagn delo pandan plizier zour.”

Alors que le taux de remplissage d’une nappe phréatique de l’Est affiche, au 22 mars, un total de 77,421 m3 (alors que sa capacité normale est de 69,150 m3), la CWA indique que seuls 53% des abonnés de cette région sont fournis 24h/24. C’est ce genre de situation qui dérange Sheena Buleeram. “Il ne faut pas être un expert pour savoir comment régler le problème d’alimentation d’eau à Maurice. Il faut commencer par ne plus perdre une goutte d’eau de pluie, qui finit souvent en mer. Il est inutile d’avoir plein de réservoirs remplis si nos tuyaux sont abîmés ou pas suffisants pour alimenter tout le monde à travers l’île.”

“Ou bizin vey delo koule”.

L’eau, on le sait, est essentielle dans la vie de tous les jours. Pour Sandra Nadal, elle est devenue une source de stress. “Même quand j’arrive à remplir au moins un quart de mon réservoir, je suis inquiète et sous pression. Kan dimounn vinn kot ou, bizin dir zot amenn delo ou bien pa tro servi twalet. J’en ai honte et j’ai peur qu’on dise que nous ne sommes pas propres.”

Du côté de la Central Water Authority, le discours se veut rassurant, en s’appuyant sur le fait que lors de l’exercice budgétaire, le gouvernement a alloué une somme de Rs 1,2 milliard pour régler le problème de la distribution d’eau. Atish Soobroydoo, Economist-Analyst de la Management Information Unit à la CWA, précise : “Nous avons déjà identifié les problèmes. Le plus gros challenge consiste à remplacer quelque 180 kilomètres de tuyaux annuellement sur les 1,600 km qui sont défectueux. Les choses se font progressivement et nous sommes confiants de pouvoir augmenter le chiffre de 69% de la population ayant l’eau 24/7.” À ce jour, selon notre interlocuteur, 14 projets majeurs ont été complétés, 32 sont en chantier et 21 autres en préparation. Pas de quoi conforter Yolanda Jolicoeur. “Chaque année, j’entends les mêmes choses, mais rien ne change. Avoir de l’eau 24/7 serait un miracle. Cela fait près de vingt ans que je ne sais pas ce que c’est avoir l’eau chez moi sans avoir à supplier et faire des plaintes. Li pa enn lavi sa kan ou bizin vey delo koule.”