DISTRICT COUNCIL DU NORD : ADIEU Jaguar BIENVENUE aux « camions saletés » !

Ce ne sont pas de ces Jaguars dont on parlait il y a quelques mois et que l'on a vite oubliés. Ce ne sont pas non plus des faux « camions saletés », ces partis ou alliances politiques qui se voient affublés de ce terme de « camion saletés », lorsque faute de principes, accueillent en leur sein des ramassis de politiciens, membres peu aimés de l’électorat, les transfuges. Il s'agit bien de camions-bennes destinés au ramassage des ordures des districts du Nord.
Bucket Passing
Il s'agit surtout de véhicules saisis pour dettes impayées. Une ardoise non honorée depuis 2003 par les différents conseils élus de Rivière-du-Rempart et Pamplemousses. C'est un véritable exercice de successifs bucket passing d’un président à un autre. C'est dire que le “pa mwa sa, li sa” a fait école même au niveau du gouvernement local. “Dilo swiv kanal”, serait-on tenté de dire.  
Le président actuel a le malheur d’être celui qui fut aussi président en 2003. Sauf que, pour se dédouaner, il avance que la dette a été contractée en avril 2003, alors que lui a pris ses fonctions trois mois plus tard, soit en juin 2003. Comme justification du laxisme qui règne en ce milieu-là, on ne pouvait faire mieux !
La dette est impayée depuis 2003 et il ne s’est trouvé aucun des 13 présidents de conseil pour s’intéresser à régler la note auprès du créancier. Et pourtant, ils sont des politiciens, appuyés dans leurs élections par des partis politiques, ministres et députés. Et ces dieux locaux prétendent avoir le même statut qu'un ministre, comme le dit le président de la cuvée 2017. S'ils veulent être traités comme ministres, encore faut-il qu'ils sachent qu'il y a un principe basique de continuité des institutions, dans la gestion des affaires publiques. S'ils connaissent leur droit au Jaguar, encore faut-il qu'ils assument leurs responsabilités et leurs obligations à assurer un service de « camions saletés » !
Qui paye ?
Au-delà de cette situation des plus symboliques d'un système foireux de gestion des affaires publiques en milieu décentralisé, il y a un problème de fond qui touche à la question du fonctionnement de la démocratie locale à Maurice. C'est tout le principe de décentralisation et de déconcentration du pouvoir qui est remis en cause, alors qu'il doit en être un levier important d'un système politique ouvert et libre, démocratique. De tels comportements irresponsables sont des coups portés à l’esprit du pouvoir partagé, décentralisé, destiné à faire participer la population locale à la gestion des affaires la concernant.
Partie de 8 millions, la dette est passée à 80 millions de roupies. La question maintenant est de savoir qui payera pour ce laxisme. Les politiciens locaux du Conseil des districts du Nord, responsables de cette faute, nous diront que c'est le contribuable qui payera.
Il y a dans ce raisonnement une logique acceptée par les seuls politiciens. Alors que la population moutonnière se laisse faire. Aussi longtemps que l'on ne mettra pas en œuvre un système de “the wrongdoer pays”, la situation perdurera.
Créanciers malins
Dans cette histoire, il y a un petit à côté qui devrait retenir notre attention.  Les créanciers ont été malins. Ils ont eu le Jaguar du président à mettre sous saisie. Le président s’est senti concerné cette fois-ci, et ne pouvait se permettre de pass on the bucket, sinon, il allait devoir prendre le bus du TBS pour se rendre à son bureau. Si les créanciers avaient saisi, disons, des broomwade pour réparer des routes ou quelque corbillard que le président n’utilise pas personnellement, de par son statut, ils auraient eu à  attendre encore 14 ans avant d’être payés !
Le risque
Cette situation cause un tort immense à un principe démocratique lié à l’exercice du pouvoir décentralisé et déconcentré. Elle risque de donner au pouvoir central un argument pour ne pas croire dans le local government ou dans la nécessité de participation de la population locale dans les affaires qui la touchent au plus près. Pire, elle risque de discréditer ou de décourager ces citoyens de bonne foi, qui dans les village councils et autres structures locales, font preuve de dévouement et de responsabilité en œuvrant pour le bien-être des populations autour. Ceux-là sont des gens bien.
Mais ne mélangeons pas les Jaguars et les camions …