DONNA DIANA KIM SOO: « Le concours est une grande désillusion »

Elle rêvait de devenir un jour la nouvelle Miss Mauritius. Candidate à l’édition 2017 de ce concours de beauté, Donna Diana Kim Soo, ex-candidate de Miss Mauritius 2017, une professeure d’art, a toutefois vécu une véritable désillusion. En compagnie de quatre autres candidates, elle a décidé de se retirer du concours. Sans langue de bois, elle revient sur une organisation non respectueuse des horaires, un concours mal planifié, et les dépenses encourues par les candidates elles-mêmes par manque de sponsors.

Vous êtes une des finalistes du concours Miss Mauritius 2017 ayant choisi de se retirer. Mais dans la vie, qui est Donna Diana Kim Soo ?
Une jeune femme de 23 ans, professeure d’art et surtout fière d’avoir été classée première au niveau Art & Design en Form V. Et deuxième au niveau national en Upper Six. J’ai fréquenté le collège Lorette de Rose-Hill et, pour moi, l’art est un domaine qui permet la libre expression et qui génère le sens de créativité. On est artiste ou on ne l’est pas. Pour pouvoir perdurer dans ce métier, il faut s’entourer de professionnels, de personnes compétentes, et non d’amateurs. Je suis l’aînée d’une famille de deux enfants.

Pourquoi avoir choisi de vous porter candidate au concours Miss Mauritius ?
Pour moi, c’était une porte ouverte à de nouveaux défis, et comme j’aime l’art, promouvoir la beauté est un atout non négligeable. C’est mon père qui m’a encouragée à m’y inscrire dès qu’il a vu le concours en ligne, en sachant que c’était mon rêve de petite fille. L’amie de ma mère, Marie Anne, a été parmi les premières Miss Mauritius et, pour moi, une Chinoise qui a su faire honneur à son pays était un bel exemple. J’ai voulu rééditer cet exploit. Le fait d’avoir été sélectionnée pour un casting a fait grandir cette envie d’être la digne ambassadrice de mon île. Je voulais être un “role model” pour les filles qui avaient le même rêve que moi.

La première rencontre avec l’organisatrice du concours, Primerose Obeegadoo, vous a-t-elle confortée dans votre choix ?
Au début, elle m’a impressionnée car j’avais cru voir en elle une personne disciplinée. Elle mettait toujours l’accent sur la ponctualité, la discipline, etc. À la même période, mes parents avaient prévu un voyage en famille en Thaïlande et Mme Obeegadoo m’avait clairement fait comprendre qu’il fallait faire un choix entre le voyage et le concours. Elle ne voulait pas repousser d’un jour le casting, me disant que si je voyageais, il y aurait une remplaçante. Le sacrifice était énorme, mais moi, j’étais persuadée que le concours avait un niveau élevé et que cette chance d’être miss ne se produirait qu’une fois dans ma vie. Je n’avais pas à réfléchir : c’est le concours qui primait, le voyage n’étant que secondaire. C’est une grande désillusion.

Cette année, le concours englobe les Miss Mauritius et les Mr World. Qu’en est-il de l’ambiance qui prévalait ?
L’ambiance était cordiale. On était dans une vraie famille comme des sœurs et frères. Par la suite, j’ai déchanté et ma positive attitude en a pris un rude coup. La façon d’agir de l’organisation est déplorable. L’organisation est davantage un clan familial qu’une compétition. Quand on exige la discipline et le respect, il faut soi-même l’appliquer. On ne peut reprocher quoi que ce soit aux candidates, car c’est l’organisation qui doit amener un nouveau souffle à ce concours. La jeune génération a soif de connaissance, elle veut s’affirmer et se mesurer à des concurrentes d’autres pays. On vient dans un concours pour devenir des ambassadrices, pas des bibelots. À La Réunion, les filles sont mieux encadrées ; la valorisation de leur image dans les médias et sur les réseaux sociaux est un bel exemple de la promotion de la beauté.

D’où vient votre désenchantement ?
J’ai accumulé trop de pressions et ma première gêne a été de voir que Mme Obeegadoo, qui prônait la discipline, n’était jamais à l’heure. En plus, elle nous envoyait un courriel une heure avant une rencontre en exigeant qu’on vienne dans notre propre moyen de transport. Lors d’un photoshoot au Caudan prévu à 8 heures et qui n’avait pas encore démarré à l’heure du déjeuner, je lui ai fait clairement comprendre qu’on avait faim. Elle m’a rétorqué en deux fois : « Ce n’est pas mon problème, téléphone à ta maman ». Un concours doit bénéficier d’un plan de travail constructif. Mon impression est que les filles postulaient pour leur propre concours.

Pourquoi avoir attendu l’élection de Miss Talent pour une sortie en bloc en compagnie de quatre autres candidates ?
Pour le concours Miss Talent, je déplore qu’il y ait eu un jury qui ne connaissait rien à la créativité. Et c’est le résultat des trois meilleurs qui m’ont choqué. Je voulais me retirer en silence, mais j’ai vu que Yukti Gopal, Serina Soobaroyen, Priscilla Beegoo et Cecilia Collet étaient toutes aussi remontées. Elles sont parties voir Mme Obeegadoo pour lui exprimer leur mécontentement. Mais madame s’était enfermée dans sa chambre au Hennessy. Je ne me suis pas engagée dans un concours sans évaluer mon propre potentiel. Pour avoir été classée en première et deuxième positions dans un niveau national d’art, j’affirme que j’ai du talent. Même un parent d’une concurrente m’a félicitée pour ma prestation au Talent Show. Le public m’a applaudi pour mon “bee bok”, mais le jury n’a rien compris. Yukti avait effectué un numéro d’acrobate tout aussi méritant. Je demande à l’organisation de poster le show de Miss Talent dans son intégralité sur le net et de voir si nous avons eu tort ou raison d’être cinq filles à nous retirer de ce concours.

Depuis votre démission et celle de vos amies, y a-t-il eu une réaction de la part de l’organisatrice ?
Aucune en ce qui nous concerne.

Les cinq démissionnaires du concours, dont vous, avaient fait servir une mise en demeure à l’organisation de Miss Mauritius. Quelles en sont les grandes lignes ?
Aucune candidate n’a osé aller de l’avant de peur d’avoir à payer Rs 150 000 pour rupture de contrat. Mais de quel contrat parle-t-on quand rien n’a été honoré ? C’est facile de dire qu’une miss dérape parce qu’elle n’est pas à la hauteur, ou par jalousie. Mais on a tout fait dans les règles en acceptant de subir des remarques désobligeantes. Yukti a même envoyé un courriel à Mme Obeegadoo pour lui parler du non-respect de l’horaire pour les photoshoots. Elle a voulu se retirer, mais on lui avait promis que ce genre d’incidents ne se passerait plus. On a plusieurs points d’arguments.
On n’organise pas un concours de Miss Mauritius après le Happy-Hour du Hennessy Park Hotel, et on ne peut pas nous faire défiler à cette heure près du bar… D’ailleurs, où se trouvait notre sécurité ? Comment peut-on parler de préparation de spectacles dans des salles non disponibles ? On n’a même pas séjourné dans un hôtel pour préparer notre concours. On nous convoque sur WhatsApp, Messenger et Facebook. Il y a une exploitation des candidates et aucune nourriture ni eau n’est prévue. Il faut qu’on se débrouille.
Je n’ai pas démissionné de gaieté de cœur ; c’est un départ forcé, car j’étais déçue de voir que dans un concours de talent, le jury était inapte à nous juger. Ils venaient de domaines qui n’ont aucun lien avec l’industrie du mannequinat. J’ai toujours fait fi des médisances envers ce concours, mais je déplore l’attitude de l’organisatrice. On ne peut pas demander aux filles de venir à telle heure pour un photoshoot à Pamplemousses et conclure par une vidéo où on nous demande de lire quelques mots de présentation…

Vous aviez fait état de l’absence d’une bonne promotion sur les réseaux sociaux pour mieux présenter les candidates. Qu’en est-il ?
Mme Obeegadoo nous a dit de mettre sur notre page Facebook les noms de nos sponsors pour les remercier, ce qui nous attribuait des points au Multimedia Award, qui s’intègre au concours Miss Mauritius. On devait communiquer par Facebook. On a fait de la promotion, mais de quels sponsors parle-t-on alors qu’on a tout payé de notre poche ? Il fallait remercier ces sponsors, mais de quoi ?
Le mot que Mme Obeegadoo nous a envoyé est : « Girls post this on your Facebook page and thank them ». Je n’ai reçu qu’un rouge à lèvres, un fard à paupières et un blush de pastel. Le seul sponsor qui mérite un grand merci est Eliette Coiffure. Eliette nous a emmenées dans sa voiture jusqu’au Hennessy Park et a accepté de faire quelques retouches de maquillage alors que son rôle était que de nous coiffer. J’aimerais que ces sponsors viennent expliquer le rôle qu’ils ont joué dans ce concours. Nous avons fait seules notre promotion. La page Miss Mauritius ne s’est pas renouvelée : on n’y trouve que la Miss Mauritius 2015, alors qu’on est en 2017.

Donc, pour vous, le concours Miss Mauritius est plus un clan familial qu’une compétition ?
Affirmatif.

D’autres reproches à exprimer ?
J’ai encore au fond de la gorge cette déception de voir qu’on n’a pas su nous apprécier à notre juste valeur. Pour le concours Miss Talent, on a eu droit à trois bouteilles d’eau d’un litre posées à côté du podium et qui devaient être partagées entre 24 candidats, comprenant les Miss Mauritius et Mr World Mauritius. On n’a eu aucun gobelet ; il fallait boire au goulot. Le Hennessy a offert des sandwichs et des frites, sans ketchup ou boissons. Dans de telles conditions, comment peut-on parler de valorisation de la miss ? Pire, il y a une fille qui a vendu sa voiture pour s’acheter une robe d’une valeur de Rs 19 000, et elle n’a pas eu le Best Dress Award. Une autre a dépensé Rs 15 000 pour une robe pour la Miss Élégance. Quand une fille participe à un concours de beauté, elle croit dans un rêve. Le nôtre s’est transformé en totale déception.

Un message pour celles qui tenteront l’aventure malgré vos avertissements ?
Si j’ai accepté avec mes amies de parler aux médias, c’est qu’on ne veut pas qu’il y ait d’autres rêves brisés. Il faut organiser des concours de beauté, mais de manière professionnelle. Cependant, le plus important dans l’organisation, c’est un jury compétent.