Cette semaine, nous vous proposons un face-à-face inhabituel entre un médecin et un sportif. Un duel au sommet où 115 kilos de muscles pour 1m85 se partagent les honneurs en une seule et même personne. Ce natif de Grande Montagne à Rodrigues détient le record national de lancer du poids (18m35). Et quand Mister Bernard n’est pas en tenue de sportif, Dr Baptiste prend le relais en sa capacité de médecin généraliste qui s’est spécialisé en médecine préventive du sport.

Un face-à-face musclé chez le docteur.

Un face-à-face musclé chez le docteur. C’est ce que nous proposons à nos lecteurs cette semaine à travers ce portrait de Bernard Baptiste, champion de poids et qui est aussi médecin. Nous avons mis les deux personnages l’un à côté de l’autre pour vous parler du Dr Baptiste et de Monsieur Bernard. Humour, franc-parler, sueur et rire au programme…#Baptiste bernard- shotput #bernardBaptiste

Posted by SCOPE – magazine on Sunday, July 1, 2018

Scope bombe le torse et affiche la grande forme pour vous présenter le Dr Henry Bernard Baptiste.

Jamais une chemise n’a paru si étroite. On comprend mieux pourquoi il préfère être en survêtement, même quand le docteur tient son stéthoscope en main. À 29 ans, le corps massif et fort de Bernard Baptiste ne passe pas inaperçu. Surtout quand il est en action sur le terrain à améliorer record après record au lancer du poids. Le 6 mai dernier, il a battu le record national, avec un jet de 18m35, lors des championnats de France des clubs à Tomblaine. Si cette discipline lui vaut la reconnaissance, le sportif rodriguais a su trouver l’équilibre, construisant parallèlement sa carrière de médecin généraliste en se spécialisant en médecine préventive du sport. Aujourd’hui, “si ou tir sa de zafer-la depi mo lavi, mo pa nanye”.

Henry Bernard Baptiste n’est pas né avec un projectile de 7 kilos 26 en main. D’ailleurs, avant de se mettre au lancer du poids, Baptiste – c’est le surnom que tout le monde lui donne – s’est d’abord essayé au cross-country au primaire, puis à l’athlétisme au collège. Sauf qu’il était “un peu rond et j’avais du mal à sprinter”. Son professeur d’éducation physique, Azarias Baptiste, décide de l’orienter vers les lancers du javelot, du disque et du poids. “La osi mo ti pe gagn bate dan tou les trwa.”
Mais c’est mal connaître Henry Bernard. Ce manzer feray, qui dévore tout sauf des bringelles et du margoz, est de nature à ne jamais reculer devant un obstacle. Faut-il encore pouvoir barrer la route à ce colosse de 1m85 pour 115 kilos. L’aîné des Baptiste nous confie : “I never let chance to decide for me. Je crée toujours ma propre chance et, pour cela, je travaille très dur”.

Mister Bernard ne fait pas les choses à moitié.

Il a eu raison d’accepter de s’entraîner plus régulièrement. Alors qu’il est en Form IV au Rodrigues College, l’athlète participe à son premier championnat régional, suivi du championnat national à Maurice. C’est en 2003 que Bernard Baptiste commence à se retrouver en haut des podiums, surtout au lancer du poids. Tout s’enchaîne alors pour ce natif de Grande Montagne. Il partage des souvenirs encore intacts dans sa mémoire : sa première année dans la catégorie junior lorsqu’il participe au championnat national aux côtés de son compère Sylvain Pierre-Louis, recordman du lancer à cette époque. Ou encore, en 2007, lorsqu’il participe à ses premiers Jeux des Îles à Madagascar et termine à la cinquième place. “Lerla mem bann Reyone ti dir si pa inn anvoy zanfan avek zot”, nous confie-t-il, avant d’ajouter, sur un ton taquin : “Me an 2015, zot labous inn ferme.”

Ce n’est pas que le colosse n’aime pas perdre. Mister Bernard ne fait pas les choses à moitié. Après avoir été classé troisième aux examens de la HSC, il n’hésite pas à mettre en parenthèse sa carrière d’athlète pour se consacrer uniquement à ses études. Il ne s’était jamais imaginé dans la peau d’un lanceur de poids, mais il semble que celui de médecin ne faisait pas également partie d’un rêve de gamin. “À Rodrigues, ce n’est pas l’envie de faire une carrière qui manque, mais il faut avoir les possibilités d’emploi. Donk, ou zis apply pou tou labours. Apre si gagne, lerla ou get ki pou al etidie.”

Il s’est ainsi inscrit à zis tou : scholarship pour la Chine, l’Inde, en passant par les bourses à l’Université de Maurice et le SSR Medical Scholarship. Celui qui, à un moment, a eu un penchant pour devenir un Molecular Biologist, décide finalement d’opter pour la médecine. “Ce n’était pas un choix, mais la situation m’a imposé de choisir ce domaine. Seki ti vini ou bizin pran. Surtout que les autres allocations offertes avec les bourses nous rendaient la tâche plus difficile si on choisissait d’aller à l’étranger.”

Des résultats concluants.

Aujourd’hui, après cinq ans et demi au SSR Medical College, où il a été gradué en tant que médecin généraliste, Bernard Baptiste semble avoir fait le bon choix. Cela lui offre la possibilité de mener sa carrière d’athlète et d’entrevoir aussi d’autres spécialisations en demeurant dans l’univers du sport et de la médecine.

C’est en 2014 que Bernard Baptiste renoue avec le lancer du poids, après avoir longtemps été encouragé par ses deux compères, Elvino et Sylvain Pierre-Louis. Non sans avoir pris conseil auprès d’Azarias Baptiste, celui qui lui a mis sur cette voie. “Il y avait la détermination d’atteindre un niveau supérieur. J’ai commencé un nouveau programme de préparation, différent de ce que j’avais connu avant”, précise le lanceur.

Les résultats sont concluants. À chaque compétition, il fait son personal best. Il n’a jamais cessé de progresser, allant jusqu’à faire tomber le détenteur du record national. “Je me suis concentré sur une médaille d’or pour les Jeux des Îles et c’est effectivement ce qui s’est passé. Cela m’a ouvert une autre porte : celle des compétitions internationales, comme les Jeux d’Afrique au Congo, où j’ai rencontré des gens qui ont vu en moi le potentiel de faire encore mieux. Surtout des Sud-Africains, avec qui j’ai commencé à collaborer en participant à de nombreux stages pour travailler ma technique et ma force. Boukou vomi, boukou soufrans ek boukou travay pour parvenir à lancer 17,18 mètres en 2017. Kouma dir zafer-la mars lane.”

Un passionné de chaussures.

Henry Bernard Baptiste a un état d’esprit de battant : “Always aim higher to get more.” C’est à cette même période qu’il aura l’occasion, entre deux séances d’entraînement en Afrique du Sud, de suivre une formation en Preventive Sport Medicine. Un énorme plus pour celui qui n’a pas souhaité rejoindre le milieu hospitalier après son internat. Bernard Baptiste a pris de l’emploi comme Sports Medical Officer à la Sports Medical Unit, et il est aussi Program Officer, en charge du projet Sports for all, où il est en charge du Program Exercise for Vulnerable youth et de l’Elderly Homecare Exercise Program. “Je suis en une personne qui a besoin de bouger. I can’t settle for just one thing. Tout ce que je suis aujourd’hui, c’est grâce au sport. J’ai compris qu’en combinant le sport et la médecine, je pouvais avoir plus d’opportunités.”

Et quand Baptiste le docteur ne s’occupe pas de ses patients athlètes, de ces enfants vulnérables et des personnes âgées dans les maisons de retraite, c’est Bernard qui s’entraîne à être explosif et rapide. Mais il y a aussi une autre facette de lui que peu de gens connaissent. En effet, Henry est un passionné de chaussures. “J’en ai actuellement 74 paires, tous types confondus. Et bientôt 78, enn ti kargo pe vini. Je n’aime pas porter la même paire tous les jours, et je pars du principe que si on change de chaussettes tous les jours, on peut aussi le faire avec des chaussures. Kifer zis fam ki bizin ena otan soulie ? J’aime aussi la mode et si je pouvais être un bon lanceur dans une morphologie normale, mo ti pou kontan bann ti-kalson slim.”

En attendant de trouver des pantalons à sa taille pour une éventuelle reconversion dans la mode, le docteur/athlète poursuit sa quête de grappiller encore quelques mètres, en vue des championnats d’Afrique d’athlétisme, prévus du 1er au 5 août au Nigeria. Ainsi que le podium lors des Jeux des Îles de l’Océan Indien en 2019.