Le département d’ingénierie de l’Université de Maurice organise pour la deuxième fois la conférence internationale sur l’énergie, l’environnement et le changement climatique, qui en est à sa troisième édition. Un événement de trois jours qui sera une plateforme qui réunit des pays de l’Europe, d’Asie et des États-Unis pour discuter sur différents sujets ayant trait aux enjeux de la conférence.

Celle-ci débouchera sur des décisions qui, selon les experts présents, pourront être appliquées par des décideurs politiques dans leur démarche de préserver leur environnement face aux effets du changement climatique. Selon le Dr Dinesh Hurreeram, doyen de la faculté de l’ingénierie à l’UoM, les recherches effectuées par ce département sont aussi élevées que celles des pays étrangers. Toutefois, il existe un manque accru de chercheurs mauriciens, d’où l’idée de se tourner vers l’Afrique et l’Asie. Et pour attirer ces chercheurs afin de faire avancer la recherche à Maurice, il faut que les plans de financement de la recherche leur soient aussi accordés.

Cette conférence internationale se tient pour la deuxième fois à Maurice. Quels sont les thèmes phares qui ont été discutés pendant ces trois jours ?
Les thématiques couvrent l’environnement, plus précisément l’impact des activités économiques sur l’environnement. C’est un thème majeur pour Maurice, car comme nous le savons, nous avons assez d’activités à ce sujet. La dernière en date concerne le projet d’une compagnie à Riche-Terre. Pour toute activité économique, il faut voir son impact sur l’environnement. De l’autre côté, il se peut qu’un projet réponde à une nécessité mais, en faisant ainsi, nous répondons à un problème tout en créant un autre. La création de l’énergie est importante pour les activités économiques mais elle ne doit pas se faire sans prendre en compte son impact sur l’environnement. Un des thèmes développés concerne les énergies renouvelables. Nous avons d’ailleurs parlé des possibilités pour leur production. Nous avons développé à l’UoM plusieurs projets pour convertir le déchet à l’énergie et le développement du biogaz des déchets. Les énergies renouvelables ont leur part. Lors de cette conférence, les défis du changement climatique ont été discutés. Ce qui est intéressant avec cette conférence, c’est que nous avons des représentants des pays d’Asie, d’Europe et d’Afrique et qui partagent les mêmes défis. Nous avons un groupe d’une cinquantaine de personnes et je pense que c’est facile de constituer des “Focus Groups” pour aller plus en profondeur pour voir quelles sont les solutions pour Maurice mais qui sont aussi applicables dans diverses régions du monde.

Que peut-on dire des retombées des deux précédentes conférences ? Dans quelle mesure ont-elles profité aux pays participants ?
Nous avons organisé cette conférence tous les deux ans. Deux aspects sont relevés dans cette conférence. D’abord pour les chercheurs, c’est très important de créer un “Core Group” car nous ne pouvons faire de la recherche seuls. C’est essentiel que nous ayons des liens avec des chercheurs dans le même domaine au niveau international. Cette collaboration est très importante. La première conférence s’était tenue il y a six ans dans le cadre d’un projet qui était financé par le Mauritius Research Council (MRC) et par l’Union européenne. Ce qui nous a permis de constituer ce “Core Group”. Le second, c’est pour renforcer les liens, identifier des thèmes et travailler sur des propositions concrètes qui seront financées par des “donor agencies” en termes de projets de recherche. Nous avons bien fait et c’est aussi important de voir notre groupe à l’UoM. Pour le Chemical and Environmental Engineering, nous n’avons que six personnes comme académiciens. Ce nombre est faible. Ces personnes ont aussi divers intérêts car, entre elles, certaines travaillent sur l’environnement, d’autres sur l’énergie ou l’eau. C’est très difficile de dépasser notre limite. Les relations que nous créons à travers cette conférence nous permettent de mieux connaître ceux qui travaillent dans le domaine.

Pour la troisième conférence, nous sommes arrivés à un bon niveau. Les présentations sur des projets de recherche et les retombées que nous avons sont très visibles. Cela donne des résultats concrets. Pour que le secteur privé vienne vers nous, il faut qu’il constate que des travaux se font. Les travaux de recherche que nous avons produits jusqu’à présent ont pu attirer l’intérêt du secteur privé. Mais il ne faut pas rester les bras croisés. Au niveau de la faculté, nous essaierons de voir comment renforcer cette collaboration avec le secteur privé pour développer des partenariats. Nous sommes en train de constituer des thématiques pour la recherche pour qu’ils soient bénéfiques pour l’UoM et les industries.

Qu’en est-il de la valeur commerciale des recherches menées ?
En vrai, nous avons plusieurs recherches qui ont une valeur commerciale à l’UoM mais nous sommes très mauvais en marketing. Nous n’avons pas cet art. J’admets que nous sommes très mauvais à ventiler les résultats de nos recherches. Je pense qu’il faut faire quelque chose. C’est très important d’avoir des personnes capables de transformer les résultats de recherche en informations qui soient “marketable” à la population et conscientiser les gens. Il faut également montrer ce qu’on fait aux bailleurs de fonds, au secteur privé et autres. Le marketing est un art que nous ne maîtrisons pas. Nous sommes des ingénieurs et sommes formés pour trouver des solutions et non pas faire du marketing. Dans ce côté, j’admets que nous avons un souci. Mais nous allons travailler là-dessus.

Êtes-vous satisfait du niveau des recherches effectuées dans votre faculté ?
Nous pouvons faire que les recherches soient comparables à ce qui se fait dans le monde. Mais je dois admettre que nous n’avons pas les mêmes moyens. Depuis les deux dernières années, à travers les “schemes” du MRC, de la TEC et de l’UoM, des moyens financiers sont mis à notre disposition. Mais ce n’est pas nécessairement suffisant. Nous avons des soucis au niveau du recrutement de personnes qui veulent faire de la recherche. On en a besoin. Nous sommes là pour encadrer ceux qui veulent faire de la recherche. Le souci, c’est d’avoir des gens compétents pour la recherche car nous ne pouvons avoir n’importe qui. Il nous faut des gens qui pensent différemment, qui sont créatifs, qui peuvent innover et travailler tout seul. Ce sont les qualités d’un chercheur et ce n’est pas donné à tout le monde. En termes de moyens pour faire de la recherche, nous avons accompli du progrès mais, en termes d’avoir des personnes pour faire de la recherche, nous avons des problèmes. Je pense que l’ouverture vers l’Afrique et l’Asie nous permettra d’avoir des étudiants de ces deux continents pour la recherche. Je pense qu’il faut également étendre le plan de financement aux étrangers comme cela se fait aux États-Unis ou au Royaume-Uni. La recherche n’est pas avancée uniquement par les Américains ou les Britanniques mais par ceux qui viennent de l’étranger. Nous devons trouver des moyens pour attirer des chercheurs de l’Afrique ou des pays asiatiques. Je pense qu’à ce niveau, nous avons du travail à accomplir.

Le gouvernement veut augmenter sa capacité des énergies renouvelables à 35% d’ici 2025. Pensez-vous que cet objectif est réalisable ?
Le potentiel et l’opportunité sont présents. Mais je pense qu’il faut avoir la volonté politique et l’investissement du secteur privé. Mais il faudra avoir un équilibre entre la production de l’énergie et l’environnement. En ce moment, nous produisons 22% de notre énergie grâce aux renouvelables mais arriver à 35% en 2035 c’est plus réaliste. C’est plutôt sur le long terme mais c’est bien d’avoir un plan que de ne rien avoir.

Attendez-vous que les décideurs politiques mettent en application les décisions qui ont découlé de ces trois jours de conférence ?
C’est notre but. Si nous n’arrivons pas à utiliser les retombées, je pense que nous perdons notre temps. Les stratégies et les mesures sont déjà présentes. Il faut de la volonté politique et aussi celle d’investir au sujet de ces stratégies. Nous devons également avoir une vision aux moyen et long termes. Je pense que tout le monde est conscient de cela mais je crois qu’on n’est pas à la vitesse qu’on voudrait.