DR STEPHEN SHINAULT: « Troubles musculo-squelettiques : beaucoup d’options autres que les antidouleur ! »

Le Dr Stephen Shinault, chiropracteur américain exerçant à Maurice depuis février dernier, a animé une conférence sur le mal de dos samedi dernier à l’hôpital Apollo-Bramwell dans le sillage de la Journée mondiale de la Colonne vertébrale, observée chaque 16 octobre. Dans l’entretien qui suit, il fait ressortir que « le mal de dos est l’une des raisons les plus fréquentes expliquant les absences au travail et la deuxième la plus connue pour des visites médicales ». Pourtant, souligne-t-il, « il existe beaucoup d’options autres que des antidouleur et la chirurgie pour traiter les troubles musculo-squelettiques ».

Le département de chiropractie de l’hôpital Apollo-Bramwell a organisé une conférence publique sur le mal de dos. Quel était le but de cette démarche ?
C'était de conscientiser autour d’une colonne vertébrale en santé et de sensibiliser autour des problèmes liés au mal de dos. Une grande majorité de la population, dans chaque pays civilisé, souffre de ce problème. Grâce à une éducation appropriée concernant les divers types de mouvements, d’exercices de même que des modifications de mode de vie, une bonne partie de ces douleurs peuvent être évitées ou réduites. Par ailleurs, je pense qu’il est important de montrer au public qu’il existe beaucoup d’options autres que des antidouleur et la chirurgie pour le traitement des troubles musculo-squelettiques. Les antidouleur et la chirurgie peuvent être efficaces dans certains cas, mais la plupart des douleurs rachidiennes peuvent être soulagées sans devoir y avoir recours.

Y a-t-il beaucoup de Mauriciens qui souffrent de mal de dos  ? Avez-vous des chiffres  ?
Il serait difficile de donner des statistiques pour Maurice car il existe plusieurs centres de santé privés ou publics traitant de ce problème. Mais selon le Global Burden of Disease 2010, les douleurs lombaires (bas du dos) représentent la principale cause d’invalidité à travers le monde. Le mal de dos est l’une des raisons les plus fréquentes pour les absences au travail et la deuxième la plus connue pour des visites médicales. Environ 50% des Américains se plaignent de symptômes liés au mal de dos chaque année. Le pourcentage devrait être à peu près le même un peu partout car le monde partage les mêmes problèmes liés à un certain mode de vie.
La majorité des douleurs de dos sont de nature mécanique (voir plus loin). Les États-Unis dépensent au moins USD 50 milliards chaque année pour des problèmes liés au dos. Ce qui fait peur à propos du traitement de ces conditions chroniques, c’est que lorsque ces douleurs ne sont pas traitées convenablement, il y a un risque de dépendance aux médicaments. Selon l’American Society of Addiction Medicine, l'overdose de médicaments est la cause la plus fréquente de décès accidentels aux États-Unis, avec 47 055 overdoses fatales en 2014. La dépendance aux opioïdes est le moteur de cette épidémie, avec 18 893 décès liés à la prescription d’antidouleur et 10 574 d’overdoses fatales liées à l’héroïne en 2014. Quatre sur cinq consommateurs d’héroïne sont ceux qui ont commencé par mal utiliser leur prescription d’antidouleur.

Le mal de dos est connu comme « le mal du siècle ». Quelles en sont les causes  ?
Le mal de dos a plusieurs origines. Je listerai d’abord les plus communes, ensuite les moins communes. Le mal de dos mécanique, engendré par une mauvaise posture, un mauvais mouvement ou une blessure physique, est le plus fréquent. Ensuite, il y a des douleurs d’origine dégénérative (résultats de problèmes mécaniques prolongés ou de vieillissement naturel, qui peut devenir douloureux, à l’instar de l’arthrose). Il y a aussi les douleurs de dos d’origine viscérale (pierre aux reins ou problèmes de digestion, entre autres). Par ailleurs, des douleurs d’origine inflammatoire (des infections) dues à un manque d’exercice, un mauvais régime alimentaire. Autre type de douleur, celle d’origine psychogène, qui augmente avec le stress psychologique. Bien des cas de dépression commencent d’ailleurs par des douleurs lombaires. Le chiropracteur peut alors référer le patient à un psychologue. Il y a aussi le stress physique au travail, à l’instar des personnes qui portent des charges sur leur corps, particulièrement dans une mauvaise position. Enfin le mal de dos néoplasique, dont la douleur provient d’une tumeur à la colonne vertébrale ou de structures environnantes.

Comment le manque de sommeil peut-il engendrer un mal de dos  ?
Le sommeil permet au corps, aux muscles et à l’esprit, entre autres, de se régénérer. Si vous avez un mauvais sommeil, un sommeil perturbé ou que vous ne respirez pas bien pendant votre sommeil, votre corps ne se régénérera pas bien. Vous vous réveillez, fatigué, et ne fonctionnez pas bien. Et, lorsque vous êtes fatigué toute la journée, vous aurez encore des problèmes à avoir un bon sommeil, et cela devient un cercle vicieux.

Y a-t-il une particularité à Maurice en termes de types de problèmes comparé aux autres pays  ?
Peut-être qu’il y a dix ans, les choses auraient été différentes, mais aujourd’hui, le monde évolue plus ou moins de manière comparable et la majorité des problèmes de santé aujourd’hui sont liés à un certain mode de vie qui conduit à l’obésité, au diabète, à l’hypertension, aux douleurs…

Quel âge a la majorité de vos patients  ?
Les troubles musculo-squelettiques peuvent survenir à n’importe quel âge. À l’origine, il existe plusieurs facteurs – le mode de vie, le facteur génétique et des blessures mécaniques – qui peuvent tous jouer un rôle dans le développement d’une douleur donnée. Avant 20 ans, les problèmes tendent généralement à être liés à des blessures de sport ou à un problème héréditaire, mais cette donne semble aujourd’hui changer, les enfants devenant de plus en plus sédentaires et passant davantage de temps sur leur téléphone ou devant l’ordinateur, tout en adoptant une mauvaise posture. Habituellement, dans le passé, la majorité des patients avaient 30 ans ou plus, mais aujourd’hui, il semble que les mauvaises habitudes commencent de plus en plus tôt. Cependant, 60 à 70% des patients consultent pour des douleurs au cou et des problèmes de sciatique.

Recevez-vous de jeunes patients venant pour des douleurs à cause d’un abus de tablettes ou de smartphones  ?
Traditionnellement, vous vous attendez à voir des jeunes actifs et sportifs. Mais aujourd’hui, je reçois des jeunes de 12, 13 ou 14 ans qui sont obèses et qui ne font pas de sport. Cela se produit à un âge plus jeune et c’est un problème que les parents devraient surveiller de plus près. Si c’est normal pour un jeune d’avoir des douleurs suite à une blessure physique, avoir des douleurs chroniques à l’adolescence n’est pas normal.

Combien de temps peut durer un traitement de mal de dos  ?
Tout dépend du diagnostic posé. Une petite entorse au niveau d’un muscle ou d’un disque dans le bas du dos d’un jeune athlète en bonne santé peut se traiter en une à deux séances. Toutefois, quelqu'un ayant une douleur sciatique causée par une grande hernie discale peut mettre plusieurs mois à aller mieux. Dans les cas de douleurs chroniques, il est presque la plupart du temps nécessaire d’inclure quelques exercices de réhabilitation de sorte que le patient apprenne des mouvements appropriés. Les mauvais mouvements sont la cause majeure de dysfonctionnement mécanique dans n’importe quelle partie du corps.

Comment peut-on prévenir les douleurs au dos  ?
On pourrait résumer en une phrase le meilleur moyen de réduire les risques de n’importe quelle pathologie : bouger fréquemment, consommer beaucoup de légumes et beaucoup d’eau, passer du temps avec les êtres chers et avoir une bonne qualité de sommeil. Si vous observez tout cela, vous donnez à votre corps les meilleures chances de rester en forme. Une personne en bonne santé a une bonne vie sociale, un bon régime alimentaire et prend le temps de se reposer.

Qu’en est-il des causes héréditaires telles la déformation de la colonne vertébrale  ?
On me pose souvent cette question. J’ai même des patients avec des problèmes de scoliose (déformation de la colonne vertébrale) qui me demandent la même chose. Dans la grande majorité des cas, une légère scoliose n’est pas dangereuse et ne nuit pas à la santé. Le corps de la personne a poussé jusqu’à la courbe de la colonne vertébrale et les muscles ne seront pas de la même longueur des deux côtés et elle peut avoir une épaule plus haute que l’autre. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter s’il n’y a pas de douleurs. Au sommet de la courbe, il peut y avoir plus de risques d’un développement d’une condition dégénérative mais avec un mode de vie sain et actif, ces patients peuvent être aussi en forme qu’une personne qui a une colonne vertébrale droite.
À l’inverse, une personne avec une colonne vertébrale parfaitement droite pourrait souffrir de douleurs extrêmes. Environ 70% des adultes asymptomatiques ayant plus de 40 ans présentent des hernies discales sur leur IRM. Nous ne pouvons pas seulement traiter selon l’apparence. Nous devons aussi savoir ce qu’ils ressentent. Dans des cas de scoliose majeure générant des douleurs ou d’autres cas sévères comme le “spina-bifida”, il existe des interventions appropriées qui sont généralement effectuées tôt dans l’enfance et les pédiatres sauront reconnaître de tels problèmes.

Quelle est la différence entre un chiropracteur et un ostéopathe ?
Un chiropracteur est un docteur qui se concentre sur le diagnostic et le traitement non chirurgical de problèmes musculo-squelettiques, mais il a été formé pour reconnaître et diagnostiquer des patients avec d’autres problèmes. Les chiropracteurs sont formés à diverses techniques de traitement, à la nutrition, la réhabilitation, et peuvent même choisir d’étudier davantage. Par exemple, aux États-Unis, bien des chiropracteurs poursuivent leurs études en acuponcture, neurologie, échographie et pédiatrie, entre autres. Les chiropracteurs reçoivent une formation universitaire générale de six ans, standardisée sur le plan international, et complétée par deux ou trois ans d’études pour ceux qui poursuivent vers une spécialité. Ils peuvent référer des patients pour des tests sanguins, des rayons X, un IRM, etc. L’ostéopathie est une approche exclusivement manuelle qui s’intéresse à divers troubles fonctionnels qu’ils soient viscéraux ou articulaires en appliquant des concepts qui sont propres à cette discipline. La formation des ostéopathes est très hétérogène et peut varier grandement d’un pays à l’autre.