DR VASANT BUNWAREE: « L’important est de découvrir sa maladie du cœur le plus tôt possible »

Le 29 septembre, sera observée la Journée mondiale du Cœur. L’occasion de faire le point sur la santé cardiaque des Mauriciens en général. Selon le cardiologue Vasant Bunwaree, fondateur de la Mauritius Heart Foundation, « l’important est de découvrir sa maladie le plus tôt possible ». Il souligne l’importance pour que même les personnes en bonne santé se fassent dépister surtout si elles ont des antécédents de diabète, de cholestérol ou d’hypertension dans la famille. « Si la vérification s’avère positive, on passe au traitement. Si c’est négatif, on continue à faire des tests réguliers. C’est là le secret ».

Les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité dans le monde. Comment se porte le cœur de la population mauricienne ?
Très mal je dois dire. Ce qui est dommage, c’est que cela a toujours été le cas depuis de nombreuses années malgré tous les efforts que l’on fait. Il y a des progrès certes mais l’essentiel, c’est la prévention contre ces maladies. Là où on a réalisé beaucoup de progrès à Maurice, c’est au niveau des soins. On peut déboucher les artères, poser des stents, réaliser des opérations à cœur ouvert, à cœur fermé… Mais, ce qui est inquiétant, ce que ces maladies cardiovasculaires évoluent à bas bruit. L’important, c’est de les dépister le plus tôt possible. Les deux plus grands secrets des maladies du cœur, c’est de connaître les facteurs de risques et se faire dépister.

Depuis quelques années, on constate que les problèmes cardiovasculaires touchent des personnes à des âges de plus en plus jeunes. Comment expliquer ce phénomène ?
Il existe plusieurs facteurs à cela. L’élément qui est venu bouleverser un peu la donne est le stress mais aussi le comportement de la société. La société moderne connaît beaucoup de progrès mais évolue aussi avec des problèmes tels que le stress. Ce qui fait qu’on rencontre des patients plus jeunes. Mais, ce qui est le plus important concernant les maladies du cœur, ce sont les maladies des artères. Davantage que des maladies du cœur, on devrait parler de système cardiovasculaire car il y a aussi les veines et les vaisseaux qui sont impliqués. Les artères transportent le sang propre et nourrissent les organes.

Pouvez-vous nous rappeler les facteurs de risque ?
Au niveau des facteurs de risques, il n’y a pas vraiment eu de progrès. Depuis que je travaille avec ces maladies il y a maintenant plus de trente ans, les facteurs de risques sont pratiquement les mêmes. Il y en a deux qui sont hors du contrôle de la personne et qu’il faut accepter : l’âge et l’hérédité. On ne peut lutter contre. Et, quand vous savez que dans votre famille il y a des antécédents, il faut être plus prudent. D’autre part, il y a d’autres facteurs qui sont les mêmes, connus depuis toujours et où la sensibilisation doit jouer son rôle à fond. Il y a, pour commencer, le diabète, une maladie génétique et qui est caractérisée par une augmentation de sucre dans le taux sanguin et créant malheureusement beaucoup de problèmes au niveau de plusieurs organes. Ensuite, on a le cholestérol. Quand le taux de mauvais cholestérol dépasse la normale, cela devient un facteur de risque majeur comme le diabète. On a ensuite l’hypertension artérielle. Les deux premiers facteurs peuvent eux-mêmes occasionner l’hypertension mais l’hypertension peut aussi être engendrée par le sel. L’hypertension est aussi un phénomène de société. On vit avec tous ses soucis, problèmes et stress. Tout cela peut occasionner l’hypertension. Ce qui fait de l’hypertension le plus important des facteurs de risques car pouvant agir seule mais aussi être la cause d’autres facteurs. Ensuite, il y a la cigarette qui est un fléau énorme. On ne pourra jamais expliquer la quantité de mal que la cigarette cause. C’est un facteur primordial. D’autre part, il y a le stress qui s’accentue de plus en plus dans la société. Quand je parle de stress, je parle d’un manque de confort à l’intérieur de soi. C’est le confort qui est bouleversé par les facteurs extérieurs et parfois même par des facteurs intérieurs. Il faut donc savoir se maîtriser à travers l’autosuggestion, la méditation… Les cinq facteurs précités (cholestérol, diabète, hypertension, cigarette, stress) sont des facteurs majeurs.
L’obésité et la sédentarité sont deux autres facteurs de risques modérés.

Quels sont les problèmes cardiovasculaires qui touchent les plus les Mauriciens ?
Parmi cette liste de facteurs de risques, les Mauriciens doivent regarder lesquels les concernent. Il est rare de trouver des Mauriciens n’étant pas concernés par ces facteurs. Le Mauricien doit se demander si dans sa famille il y a des antécédents de diabète ou de cholestérol. Si ses parents ont été diabétiques, cela implique qu’il est potentiellement diabétique.

Comment prévenir ces problèmes ? Quels bons comportements adopter ?
Il s’agit d’abord d’identifier les facteurs. Une fois ceux-ci identifiés, il importe de mettre en œuvre une série d’actions pour que même si ce facteur existe, on ne lui permette pas d’aboutir à des maladies graves et à des complications. D’où l’importance de la Journée mondiale du Cœur : sensibiliser. Une fois le facteur identifié, il faut vérifier l’état de santé. Si dans la famille d’une personne de 25 ans, il y a le diabète, il faut qu’elle se fasse vérifier une fois l’an. Car il y a un âge où ces facteurs de risques comme le diabète, l’hypertension, risquent d’apparaître. Si ce n’est pas congénital, cela va apparaître tôt ou tard dans la vie. Cela peut apparaître à 20 ans, 30 ans, 40 ans… Une personne peut devenir diabétique à 60 ans aussi. Mais, elle devrait le savoir avant, en cherchant dans l’histoire de la famille et en se faisant vérifier régulièrement. Quand on parle de vérifier, c’est faire un test même quand on est en bonne santé ! Ensuite, après que la vérification a été positive, il faut passer au traitement. Et, pour ce qui est des cas négatifs, un test régulier doit continuer. C’est là le secret. En effet, une personne peut être non-diabétique aujourd’hui et le devenir dans trois ou quatre ans. L’important, donc, est de découvrir la maladie le plus tôt possible. En général, on recommande une vérification annuelle chez les personnes normales mais les personnes à risques devraient le faire chaque six mois. À ce moment, la personne peut avoir une qualité de vie et une espérance de vie meilleure.

Où se situe Maurice par rapport aux autres pays en termes de soins disponibles et de nombre de malades ?
En termes de soins, on se trouve dans une situation correcte. On n’a pas tous les soins mais on a suffisamment de soins pour empêcher que des personnes ne perdent leur vie bêtement ou soient victimes d’accident de parcours regrettable.

De quels soins ne dispose-t-on pas ?
Par exemple, dans les cas de maladies congénitales complexes chez les enfants ou encore la facilité d’agir dans des problèmes coronaires. Par ailleurs, les soins sont peut-être là mais pas à la portée de tous.

Et le nombre de malades cardiovasculaires par rapport aux autres pays ?
Le diabète étant un facteur de risque majeur et le nombre de diabétiques qu’il y a à Maurice explique qu’il y a beaucoup de cas cardiaques. La maladie est plus fréquente chez les Asiatiques. Mais, à Maurice, il y a un taux de diabète qui dépasse un peu les normes. Est-ce le mode alimentaire qui en est la cause ? Ou autre chose comme le climat ? Des recherches continuent à être faites mais on ne peut pour l’heure dire telle ou telle est la raison. Il y a aussi des causes génétiques.

Y a-t-il suffisamment de cardiologues à Maurice ?
Malheureusement, non. Il en faut encore. Dans de nombreux cas, la médecine spécialisée en cardiologie doit être réalisée par des non-cardiologues, faute de cardiologues. Et, nos cardiologues ne sont pas tous de même niveau. C’est aussi un facteur très important. Pour être cardiologue après les études de médecine, il faut quatre ans de spécialité mais il y a des super-spécialités comme la pose de stents, l’échange de valves cardiaques à travers l’artère sans ouvrir le cœur. Il y a beaucoup de progrès pareils qui demandent des cardiologues de renom et d’expérience dans ce domaine. Donc, après la cardiologie, il faut encore deux à trois ans pour se former encore. À Maurice, je n’en connais que trois qui peuvent offrir tous les soins sur le plan cardiaque. Mais, cela ne suffit pas.