Le verdict est tombé ce matin dans l’appel interjeté par Aurore Gros-Coissy. Le Full Bench de la Cour Suprême, composé du SPJ Eddy Balancy et des juges Gaytree Jugessur-Manna et Ah Foon Chui Yew Cheong, a cassé la condamnation de 20 ans de prison prononcée par le juge Bobby Madhub. La Française avait été trouvée coupable par la Cour d’assises de trafic de drogue. Le Full Bench a, pour sa part, déclaré que les conclusions du juge, qui présidait le procès, comportaient plusieurs manquements et qu’il n’avait pas accordé une juste valeur aux preuves présentées. Après plus de quatre ans en détention, Aurore Gros-Coissy pourrait être libérée dès ce soir.
L’appel interjeté par Aurore Gros-Coissy avait été entendu par le Full Bench de la Cour suprême le 29 octobre dernier. Seize grounds of appeal avaient été logés par son homme de loi Me Rama Valayden pour contester sa condamnation. Depuis le début, Aurore Gros-Coissy, qui a toujours clamé son innocence, affirmait ne pas avoir eu de procès équitable et maintenait qu’elle n’était pas au courant du contenu du colis qu’elle transportait pour la mère de son petit ami mauricien Tinsley Cornell. En appel, Me Valayden s’était principalement basé sur le fait que le juge d’Assises n’avait pas pris en considération plusieurs éléments de preuves présentés lors du procès. Si le Full Bench a rejeté les arguments selon lesquels elle n’avait pas eu droit à un procès équitable, la Cour d’appel a retenu les arguments contestant les observations du juge Madhub. Le juge Balancy a fait ressortir que dans ce procès, la tâche de la Poursuite était de prouver que la Française était bel et bien au courant qu’elle transportait de la drogue. Si le juge Bobby Madhub dans ses observations avait conclu qu’Aurore Gros-Coissy n’était pas une jeune femme naïve, qu’elle était une personne « calculatrice » qui avait des réponses à toutes les questions, le Full Bench a trouvé que les traits de caractère d’une personne ne veulent pas nécessairement dire qu’elle avait une « guilty knowledge ». Par ailleurs, Eddy Balancy a fait ressortir dans le jugement que le juge d’Assises avait accordé trop d’importance aux témoignages des officiers de douanes qui lors du procès avaient soutenu que lors de la vérification de ses bagages Aurore Gros-Coissy était tendue et mal à l’aise. Selon le Full Bench, le juge aurait dû accorder une importance aux plaidoiries de l’avocat de la défense qui avait affirmé que ceci peut aussi être la réaction d’une personne qui vient d’apprendre qu’il y avait de la drogue dans ses affaires. En outre, les juges siégeant en appel ont trouvé qu’il y avait plusieurs manquements dans les conclusions du juge qui présidait le procès et qu’il n’avait pas accordé une juste valeur aux preuves qui lui avaient été présentées lors du procès. « The learned Judge relied too heavily on subjective factors, in the absence of scientific evidence, to conclude that the appellant was guilty. In relation to the other considerations, it is clear to us that the learned Judge indulged in an exercise which was mostly based on conjectures, and drew adverse inferences against the accused from facts which were either irrelevant or of little significance. On the other hand, we cannot fail to note that, whilst engaging in an exercise of faultfinding in relation to the version of the accused, the learned Judge said nothing in rebuttal of the submission made by M. G. Glover S.C, the then Counsel for the accused, to the effect that the latter had not in any way, in her testimony, departed from her version in her statements to the police, and had well withstood the test of cross-examination. We conclude in the light of all our above observations, that the assessment of the evidence by the learned Judge in the present case is so flawed that his conclusion that the accused knew about the presence of the drugs in her suitcase cannot be allowed to stand », dit le jugement.
À noter que la mère d’Aurore Gros-Coissy était présente en Cour ce matin pour prendre connaissance du jugement. Si la principale concernée n’était pas là, son homme de loi a déjà fait les arrangements pour sa libération dès cet après-midi. À sa sortie de la salle d’audience, Céline Gros-Coissy s’est dite émue de ce dénouement. « C’est un moment très fort. Je m’y attendais car j’ai toujours eu confiance en la justice mauricienne. Une mère ne peut abandonner son enfant surtout quand elle sait qu’elle est innocente », a-t-elle déclaré. Me Gavin Glover, qui avait défendu Aurore Gros-Coissy lors du procès, a pour sa part soutenu que « cela a été un moment traumatisant pour Aurore, je ne souhaite à personne de revivre cela ». Me Rama Valayden, étant souffrant, n’était pas en Cour ce matin. Il compte toutefois animer un point de presse pour commenter le jugement.
Rappelons que le 30 janvier, le juge Bobby Madhub avait infligé 20 ans de prison à la Française Aurore Gros-Coissy ainsi qu’à Giantee Ramchurn, la mère de son petit ami. Aurore Gros-Coissy a été arrêtée à l’aéroport SSR le 19 août 2011 en possession de 1 673 cachets de Subutex. La jeune Française avait soutenu qu’elle n’était pas au courant de la présence de Subutex dans ses bagages et qu’elle avait été « piégée » par un ami de la famille, Tinsley Cornell, qui aurait dissimulé les cachets dans deux paquets de biscuits destinés à sa mère, chez laquelle elle devait séjourner à Maurice.