La Commission d’enquête sur la drogue a terminé ses travaux. Les regards sont désormais résolument braqués sur le rapport qui sera soumis par l’ancien juge Paul Lam Shang Leen, qui a présidé cette instance, avec le soutien de ses deux assesseurs, nommément l’ancien ministre de la Sécurité Sociale, Sam Lauthan, travailleur social très engagé dans le domaine de la lutte contre la toxicomanie, et le Dr Ravind Dhomun, attaché au ministère de la Santé. La contribution de l’ASP Hector Tuyau et de son équipe se révèle tout aussi capitale, puisque ce sont essentiellement les enquêtes menées par ces limiers qui auront aidé à décanter la situation, en matière de trafic; nommément pour corroborer le fait qu’il y a connivence entre certains “narco avocats”, d’une part, et d’autre part, pour rappeler qu’il existe, encore et toujours, des policiers et des gardes-chiourme à la solde des barons de la mort.

Quelles seront les observations et recommandations du rapport Lam Shang Leen ? Dans quelle mesure ce rapport bouleversera-t-il le paysage local ? Quelles seront les mesures qui seront prises dans le sillage de la présentation de ce rapport au PM, qui n’arrête pas de se targuer qu’il a fait de la lutte contre la drogue une de ses priorités ? Des arrestations sont-elles au menu ? Quelles têtes vont tomber ? Et souhaitons surtout que le rapport Lam Shang Leen ne finisse pas au fond d’un tiroir et que ses éventuelles recommandations soient appliquées. Parce qu’il est attendu que des choses bougent, notamment au sein du judiciaire, autant que dans la force policière et au sein de l’univers carcéral, et autant en ce qui concerne les maisons de jeux et autres moyens utilisés par les trafiquants et leurs sbires pour le blanchiment d’argent.

L’ASP Tuyau, dans sa présentation qui a fait office de clôture des travaux, ce mercredi 14 mars, a expliqué que, pour parvenir à démanteler, partiellement, la mafia qui opère, dans le pays, les efforts de la Commission se sont concentrés sur nos prisons; où sont incarcérés plusieurs gros bonnets de la mafia, et non des moindres. Et ce serait de là, selon les informations glanées par Tuyau & Co, avec l’apport, on le devine, de l’ex-patron de l’ADSU, devenu Commissaire des Prisons, Vinod Appadoo, et des proches collaborateurs de celui-ci, que se négocient « la plupart des transactions concernant l’entrée de la drogue dans le pays », pour reprendre les mots du policier devant la Commission, mercredi.

Nous sommes donc encore loin de gagner la fameuse “war on drugs”. Une première bataille a été remportée, certes : une partie de la mafia a été démantelée, dixit Tuyau toujours. Sous-entendant, évidemment, que cette hydre à plusieurs têtes et tentacules dispose de multiples autres avenues et ouvertures vers la poursuite du business de la mort… Un business ultra-lucratif, qui a créé une économie parallèle, carrément, et qui “emploie” une foule de sous-fifres… Nombre de Mauriciens pensent que la mise sur pied d’une Commission d’enquête sur la drogue est synonyme de la fin du trafic dans le pays. Faux. Car tout observateur du sujet sait qu’en finir avec le trafic est un processus long et ardu. Que rien n’est jamais gagné : il n’y a qu’à voir comment la situation empire dans les pays d’Amérique Latine, Brésil, Colombie, Mexique… où les exactions sont quotidiennes. Et dans ce long combat, la répression n’est pas l’unique arme à être utilisée. Et pour preuve : chaque jour, chaque semaine qui passe, des saisies et des arrestations sont rapportées dans les médias. Ce qui amène nombre de nos compatriotes à être dubitatifs : « Tou sa zefor-la, me ladrog pe kontinye rant dan pei !»

On ne cessera de le répéter : la fameuse “War on drugs” ne pourra être contrée que si l’on ajoute, aux actions répressives des policiers et autres unités telles que celles de la MRA, un plan complet axé sur le traitement et la réhabilitation. Le schéma a été présenté à maintes reprises : l’offre ne découle que s’il y a… demande. De fait, tant qu’on ne traitera pas les patients accros à l’héroïne, la demande perdurera. À cela, il faut aussi ajouter l’information et l’éducation, comme armes préventives. Réprimer, c’est bien. Prévenir, c’est tout aussi efficace…

Et quelle preuve plus flagrante que le trafic de la drogue est une hydre à plusieurs têtes que l’avènement des Nouvelles Drogues Synthétiques (NDS) ? Ce nouveau “monstre” en fait voir de toutes les couleurs tant aux victimes, qu’à leurs proches et parents, que les autorités ! Le phénomène est non seulement nouveau, mais incontrôlable. La Commission Lam Shang Leen n’est qu’un début. Il faudra encore multiplier les efforts, actions et informations, éducation et formation, pour arriver à garder la tête hors de l’eau.