Il y a comme un mystère autour des activités du Premier ministre depuis qu’il a été reconduit aux dernières élections générales. Il y a eu la prestation obligée des nouveaux élus, la constitution de son Conseil des ministres et l’élection de son Campaign Manager Sooroojdev Phokeer au passé diplomatique discutable au poste de Speaker. Puis un gros suspense autour de la désignation du président, le titulaire Barlen Vyapooree ayant été invité à quitter son poste dans les meilleurs délais. Pour découvrir, le jour de leur élection, que c’est l’ancien ministre privé d’investiture, Pradeep Roopun, qui avait été choisi pour être président et comme vice-président, le candidat battu Eddy Boissézon.

Faute de mieux, dit-on, parce que d’autres grosses pointures qui avaient été approchées ont poliment décliné l’offre, quand bien même très alléchante à défaut d’être digne et sincère, après les rumeurs de menace de démission des membres de l’Electoral Supervisory Commission. Et comme il fallait consoler les exclus, une liste d’ambassadeurs a aussi été dressée.

Une fois l’élection remportée, la priorité post-électorale du Premier ministre a été une visite privée en Inde, longue de dix jours, du 2 au 11 décembre, avec, quand même, une audience obtenue auprès de Narendra Modi .

A son retour, un autre rendez-vous important attendait Pravind Jugnauth, la fête de fin d’année, non pas du MSM ou de son groupe parlementaire, mais de l’Arya Sabha, le 20 décembre à Rose-Belle. Pas de grandes envolées ni de feuille de route de son équipe pour les cinq prochains ans, mais quelques critiques contre les “dinosaures” qui vivent dans le passé.

Après les fêtes de fin d’année, l’impasse faite sur le lancement du tramway gratuit le 22 décembre, son joujou fétiche pourtant la célébration de son 58e anniversaire le 25 décembre, place au traditionnel message de fin d’année qui est lu le premier jour de la nouvelle année. Pas grand-chose à tirer de cette prestation, si ce n’est le décor qui l’a rendu chauve à l’image et une phrase centrale consacrée à ceux qui ont perdu et qui devraient accepter leur défaite dans la dignité, laquelle a été intelligemment détournée par notre caricaturiste Deven T. qui l’a invité à son tour à respecter le voeu de l’électorat qui a envoyé dans le “karo kann” les Eddy Boissézon, Anwar Husnoo et autres Stéphane Toussaint, tous nommés à des postes de responsabilité.

Dans les premiers jours de janvier, pas grand-chose non plus. On n’attendait certainement pas le Premier ministre dans les rues inondées d’eaux usées ni dans les centres de refuge, cela s’entend, même s’il s’est déjà rendu dans des lieux sinistrés en plein cyclone classe 3, mais il tient quand même à présider, le 6 janvier, son comité socioculturel annuel sur les fêtes de Maha Shivaratree et de Thaipossum Cavadee et qu’il effectue des visites à Chemin-Grenier et à Grand-Bassin.

C’est à l’occasion de cette sortie que le Premier ministre a annoncé son prochain déplacement. Invité comme d’autres chefs d’Etat africains, il a dit avoir décidé de participer au UK-Africa Summit programmé pour le 20 janvier. Sauf qu’il est parti dès le 10 janvier.

Pour un volet privé précédant le sommet, pour une visite officielle, pour des contacts légaux sur les pétitions électorales logées contre lui et ses candidats, pour un suivi sur le dossier des Chagos, pour essayer d’obtenir une rencontre avec Boris Johnson? On n’en sait pas grand-chose.

C’est quand même assez paradoxal — un peu comme le père qui garde son titre de Sir tout en vilipendant la Grande-Bretagne — d’aller se promener dans la capitale britannique pendant une longue semaine après avoir annoncé, sur la chaîne anglaise, la BBC, le 27 décembre, que Maurice envisageait de loger des accusations de crime contre l’humanité contre des fonctionnaires britanniques pour avoir déraciné les Chagossiens de leur terre natale.  Au moment du Brexit, on aurait pu légitimement s’attendre à un Praxit, question de se montrer ferme sur le dossier de la souveraineté des Chagos. Même dans la famille royale britannique, il y a ce qu’on appelle le Meghxit d’une partie de la famille royale qui fait beaucoup de bruit.

C’est en raison de ce drôle d’agenda premierministériel que le gouvernement, qui a pourtant rempilé et qui n’a pas besoin de temps pour trouver ses marques, n’a pas eu le temps de préparer son discours-programme généralement calqué sur le contenu du manifeste électoral. La rédaction de ce document a été confiée à un comité de conseillers politiques sous la supervision de Nanda Bodha, plus disponible depuis qu’on lui a arraché les infrastructures publiques et son tramway. Ce n’est que le 24 janvier, près de trois mois après les élections du 7 novembre, que la population prendra connaissance du programme quinquennal à venir. Pravind Jugnauth a peut-être dû se dire qu’il n’a pas de comptes à rendre et que ses méthodes ont finalement bien marché. Et que, si en janvier 2017, lorsqu’il s’installait au poste suprême et qu’il devrait travailler au quotidien pour légitimer sa position, ce qu’il a fait en étant présent sur tous les fronts tous les jours avec sa double casquette de Premier ministre et de ministre des Finances, il a désormais le temps devant lui. Celui du temps mort normal du début de mandat avant l’accélération populiste à l’approche des échéances.

A moins qu’il ait compris les vertus de la délégation de responsabilités qui était un des points forts de la gestion gouvernementale de SAJ. La promesse de la pension à Rs 9 000 a été honorée, le nouveau salaire minimum sera appliqué fin janvier, le Premier ministre a aussi dû se dire que cela lui donne le loisir de partager son temps entre visites privées et préoccupations socioculturelles. Vivement la suite pour un éclairage sur la méthode…