DRUG CONNECTION DE RS 2 MILLIARDS: Un autre « zanfan lakaz » associé à Geanchand Dewdaneen

Il s’agit de Tirat Moossun contre qui l’ICAC a retiré le 20 octobre 2015 
un appel logé après un non-lieu prononcé en sa faveur dans une affaire de conflit d’intérêts

Un nouveau nom est venu s’ajouter à la palette des protagonistes que l’on retrouve dans le dossier de la Drug Connection révélée lors de la saisie de 135 kilos d’héroïne valant Rs 2 milliards. Des documents des douanes datant du mois dernier laissent, en effet, entrevoir qu’un autre « zanfan lakaz », Tirat Moossun, est associé à l’importateur présumé de la cargaison incriminée Geanchand Dewdanee, celui qui suivait jusqu’à tout récemment l’actuel Premier ministre Pravind Jugnauth comme son ombre. Même si au Sun Trust, on affirme que Tirat Moossun n’y a pas été vu ces derniers temps et qu’il donne seulement un coup de main au No 4. C’est, en effet, la compagnie Ligentia (Mauritius) Ltd qui figure sur les documents officiels du service des douanes — dont les plus récents datent du 3 mars 2017 — comme « declarant » pour l’importateur Brilliant Resources Consulting Ltd du tandem Geanchand Dewdanee et Sidi Thomas actuellement écroué pour trafic présumé de drogue.
La Ligentia (Mauritius Litd) a dédouané neuf cargaisons de produits importés par Brilliant Resources du 27 avril 2016 au 3 mars 2017, une semaine jour pour jour avant la saisie des 135 kilos d’héroïne valant Rs 2 milliards. Les exportations venaient pour la plupart des compagnies Adendorff  Machinery Mart, négociant en « quality tools » de l’Afrique du Sud et d’Arkco Thailand Co Ltd, un « safety equipment supplier ».
Fait notable que révèlent les documents, c’est que les importations étaient assorties du label Y pour « yellow » dans le jargon douanier, c’est-à-dire sans risque à l’opposé de celui classifié « red » et qui contraint à une surveillance rapprochée et automatique.
Autres incohérences relevées lors de ses neuf importations de la compagnie de Dewdanee assurées par Tirat Moossun, c’est que pour le même volume censé commandé, les poids différaient de manière grossière. Sur un manifeste, pour un Sand Blasting Pot with ACC, le poids déclaré était de 93 kilos, alors qu’ailleurs on peut constater que, pour trois autres cargaisons du même type, le poids déclaré est de 368 kilos, pour 5, c’est 1030 et, pour 6 autres, 366 kilos.
Selon certains à la douane, cette différence inexpliquée dans le poids des cargaisons importées aurait dû déjà avoir mis la puce à l’oreille de leurs collègues et les pousser à un exercice de contrôle plus rigoureux sur les importations de Dewdanee traitées par Ligentia.
La Ligentia Mauritius Ltd qui a pour objectif « clearing and forwarding activities » a été enregistrée le 29 septembre 2014 et a pour directeurs Tirat Moossun, Mowhabuth Abdool Aslam, également secrétaire, et Patel Rakesh Kumar Manibhai.
Les tribulations de Tirat Moossun avec la justice
Tirat Moossun est une figure politique connue. Pour avoir été un conseiller municipal de la ville de Port-Louis de 2000 à 2005 alors que c’est l’alliance MSM/MMM qui était au pouvoir. Ce membre très actif du MSM était présenté comme une étoile montante du Sun Trust, ce qui lui avait ouvert la voie au poste de lord-maire de Port-Louis en 2004.
Après une enquête de l’ICAC, Tirat Moossun avait, le 6 février 2006, été arrêté pour conflit d’intérêts. Il avait participé, le 3 novembre 2004, à une réunion du Public Health Committee du conseil municipal de Port-Louis au cours de laquelle un étal au marché central avait été attribué à Vimla Callychurn, née Moos-un, la sœur du lord-maire. Qui plus est, la bénéficiaire n’avait fait aucune demande pour l’obtention d’une échoppe au marché central.
Le 19 janvier 2011, la Cour intermédiaire le juge coupable des faits qui lui sont reprochés et le 30 janvier sa sentence est prononcée. Il écope de six mois de prison, mais interjette aussitôt appel. La Cour suprême l’exonère sur un point de droit défendu par Me Gavin Glover, mais le 10 avril 2013, l’ICAC, qui ne lâche pas l’affaire, loge une nouvelle accusation.
Le 24 juillet 2014, l’affaire est rayée, mais l’ICAC revient à la charge avec pas moins de 13 points d’appels, sauf que le 20 octobre 2015, alors que Lutchmeeparsad Aujayeb dirige cet organisme et que le gouvernement a changé, la commission anti-corruption décide de retirer son appel. Chacun pourra, en tout cas, tirer ses conclusions de la chronologie des événements décrits plus haut.