DUBREUIL — Ravi Bhayraw (président) : « Notre village est oublié par tous les gouvernements »

À en croire Ravi Bhayraw, président de Dubreuil, ce village de quelque 5 000 habitants est négligé par tous les gouvernements, sans exception. Il pense avant tout au chômage et aux problèmes sociaux tels que l’alcoolisme, le tabagisme et la toxicomanie qui commencent à devenir des nuisances dans le village.
« Le bien-être d’un village passe par le développement. Les habitants nous ont fait confiance, ils ont voté pour nous pour que nous puissions développer le village. J’attends que des choses positives se concrétisent depuis belle lurette dans mon village. Lorsque je ne vois rien venir, je deviens anti-gouvernement, qu’importe le gouvernement. Lorsque rien de positif ne se passe, les gens sont en colère avec nous et je les comprends », déclare Ravi Bhayraw, qui s’interroge : « Les habitants vont-ils m’élire à nouveau si je ne fais rien pour eux ? » Cela s’applique, selon lui, pour les députés et ministres de la circonscription également, à qui il demande de prendre leurs précautions pour les prochaines élections générales. « Trois ans sont passés, mais toujours rien pour notre village », déplore notre interlocuteur.
Selon le président, le plus gros souci du village est l’emploi. Il y a beaucoup de chômeurs et aucune entreprise ne recrute à Dubreuil à cause d’un problème de transport. « Le coût du transport aller et retour revient à très cher à l’entreprise. Nous espérons que le gouvernement trouvera une solution à ce problème et qu’un développement positif arrivera bientôt car un jeune au chômage tombe très vite dans les fléaux sociaux. S’il a un emploi, les risques diminuent », fait-il ressortir, avant d’ajouter : « On parle d’encadrement des gens qui sont tombés dans les fléaux sociaux. Ki enkadreman zot pe koze kan dimounn fin vinn soular dan lari. Donn li enn travay avan ki li vinn soular. »
S’agissant des infrastructures publiques, Ravi Bhayraw déplore l’état des routes dans son village et ce, malgré plusieurs demandes auprès des ministres Nando Bodha et Stéphane Toussaint et au PPS Alain Aliphon. À ce sujet, il souligne que la route menant de Dubreuil à Montagne-Blanche n’est pas asphaltée. Une partie appartient à l’État et une autre à un établissement sucrier. Si elle était asphaltée, dit-il, cette route faciliterait l’accès vers l’est du pays et favoriserait aussi la création emplois.
Ravi Bhayraw dit ne pas comprendre pour quelles raisons le développement tarde à venir dans son village. Pourtant, rappelle-t-il, « toutes les terres dans la région appartiennent à l’État ». Il estime que le gouvernement devrait les utiliser pour lancer des projets du type smart city. « On accorde plus d’attention à St-Pierre, il faut penser à Dubreuil également. Nous aussi nous avons besoin de développement. Pourquoi pas une smart city dans notre région ? Cela ferait du bien à la région entière, pas seulement à Dubreuil ». Il déplore aussi l’absence d’encadrement et d’encouragement pour la création de PME dans la région. « Le gouvernement compte investir des milliards de roupies dans le projet de métro express mais il n’a pas un sou pour un microprojet à Dubreuil pour nos jeunes ».
Toujours au chapitre de l’emploi, Jayram Ramjee, conseiller du village et également agriculteur, dit espérer que les habitants de Dubreuil obtiendront des terres de l’État pour cultiver le thé. Pour lui, si le gouvernement pouvait offrir un arpent de terre à chaque nouveau planteur, le problème d’emploi serait, en partie, résolu. « Les jeunes sont intéressés ; ils peuvent ainsi gagner leur vie. La priorité devrait être ces jeunes au chômage », souligne-t-il.
Ce conseiller parle aussi du problème de main-d’œuvre qui affecte les planteurs. À Dubreuil, les planteurs, que ce soit de canne à sucre, de légumes ou de thé, ont tous des difficultés à trouver de la main-d’œuvre. Celle-ci a vieilli et s’est retirée, d’où le besoin de nouveaux bras. « Même les contracteurs ne trouvent pas de main-d’œuvre. Il faut en importer », dit-il.
Sur le plan de la santé, Jayram Ramjee souligne que les habitants du village ont besoin d’un médecin au quotidien. Il y a un dispensaire avec un infirmier mais le médecin ne vient que deux fois par semaine, les mardis et les vendredis, alors qu’un dentiste vient une fois par semaine en général. En cas d’urgence, ils doivent se rendre à l’hôpital de Candos pour des soins. « Nous avons besoin d’un bureau de poste. Une poste mobile ferait l’affaire. Il n’y a pas de banque à Dubreuil, donc, pas de guichet automatique. Les grandes banques peuvent nous offrir ce service », dit-il.
Ravi Bhayraw conclut en se défendant de faire de la démagogie. « Je parle de faits réels. Il n’y a aucune raison pour ne pas aider ce gouvernement s’il travaille pour notre village. Kan enn dimounn travay, bizin donn li koud me, kan li pa travay bizin met li deor », déclare-t-il, avant d’assumer tous ses propos personnellement, « pour ne pas embarrasser les autres conseillers du village vis-à-vis du gouvernement ».