Dysorthographie aigue sévère (extrait)

Madame, 
Prenez votre argent et laissez ma gosse tranquille, 
Laissez-la se la couler douce, 
Laissez-la téter son pouce. 
Laissez la pénarde dans la mesure où elle ne dérange personne, 
N’insulte pas ses supérieurs, 
Ni n’agace ses camarades de « classe » inférieure, 
Moyenne, 
Classe affaire, 
Business, tant qu’à faire. 

Madame, 
Mon enfant est une enfant en basse pige, 
Elle a l’âge des bacs à sable, 
Des toboggans,  
L’âge des premiers Lamoureux. 

Ne vous inquiétez pas pour son avenir, 
Je me démène au quotidien pour qu’elle devienne une brebis noire et galeuse. 
Moi ? 
Commettre les mêmes « erreurs » que la masse à sucettes ? 
Omettre la vérité apparente comme ma parente, 
Les parents de ma parente, 
Les parents des parents de ma parente (…) 

Petite parenthèse, 
Que mes parents se taisent,  
Car j’exclame ma thèse. 

Je pense être remonté, 
Très remonté jusqu’à la racine primitive de mes ancêtres, 
Les esclaves. 

Je ne peux m’empêcher de repenser à mes aïeuls…, 
Eux aussi étaient jadis sous les coups-bas ; 
À la pointe de la technologie de leurs doigts, 
De la sueur de leurs fronts, 
Ainsi que la force de leurs corps. 
Eux, travaillent hier manuels, 
Dans les champs de canne et de thé ; 
Ils avaient la radio et la télé. 
Des couples de pauvres médiocrement pensionnés, 
De ce fait, jamais retraités. 

Te souviens-tu de l’avènement de l’EPZ ; 
Zones franches d’exportation ? 
Ouai, l’ancienne version améliorée du carcan ! 
C’était « swag », 
Branché comme travailler à la chaîne. 
Ils étaient pareils que nous. 
Sauf qu’ils avaient le baladeur stéréo, 
CD-K7, chaines de Radios, 
A la place du Smartphone. 
Je sais, je ne devrais pas faire le lien avec la ZEP, 
Car c’est méchant et gratuit… 

J’ai qu’à fermer mes yeux d’adulte, 
Pour revoir ma mère et ses sœurs ; 
Mes prédécesseurs. 

J’ai qu’à rouvrir mes yeux d’enfant, 
Pour me remémorer ma mère et mes tantes ; 
Jeunes, aussi belles que maintenant, 
Malgré les traits tirés par ces 40 interminables heures de doux labeur; 
En prime, les suppléments ères en classe économique ; 
La tristement célèbre Boom Eno-comique. 

C’était comme des matchs de foot avec prolongation ; 
Ça finissait à tout bout de champ après le temps règlementaire. 
12 heures de boulots ; 6 jours par semaine, 
7 si tu souhaites te faire une petite offrande ; 
En sus des emplettes. 
Je me demande s’il y en a qui ont déjà atteint la finale. 
Certes, 
Ce n’était pas obligatoire, sans aucun doute. 
Mais bon nombre étaient contraints de suivre ce train de mort. 
Maman, c’est quand qu’on vit, 
C’est qu’en con va à la mer ? 

Ah ouai !!! 
T’as jamais eu coup de vent de nous, 
De nos cinquante et quelque deniers la journée. 
Toutes ces dépenses qui semblaient si inutiles, 
Mais tellement indispensables. 
La maison qu’on louait était tel un dispensaire, 
On n’avait que les premiers soins, 
Le strict minimum. 

Maintenant ; 
Comment fait-on pour le pécule de loyer 
De vivre, de manger, de boire, de respirer… 
Expirez… laissez-moi spéculer… 
Collocation-nous. 
Charmons, fréquentons, fiançons, 
Fréquentons-nous encore un peu, 
Plus fort…
 
Marions nous et s’il n’y a pas assez d’argent, 
Ou l’approbation de l’un des deux parents, du voisinage ; 
Voire de toute la famille. 
Bien, barrons-nous, concubinons-nous ; 
Oui, Marie, marions-nous à la colle.  
Aliénation nous afin de joindre les deux bouts de la banane. 

La rampe est raide, la pente glissante, 
La misère est plus tapante au soleil. 
La maille s’est faite la malle une nouvelle fois ce mois-ci. 
En chœur on pleure nos heurts, 
La splendeur est juste là, 
Dans vos cœurs. 

Mes chers tontons, 
Et tendres tantes que j’aime tant ; 
Sachez qu’il n’y a pas de demain, 
Ni de roue imaginaire qui tourne. 
Vous n’avez guère fait fortes thunes, 
Car vos faillites sont purement fortuites. 
Bonne ou mauvaise fortune ??? 
Y a point de suspension de réponse sans question. 

Quoi qu’il en soit en « soi »,  
Vous êtes à coup sûr vivants. 
Survivants de ces foutus travaux manuels usants et lassants. 
Parait que c’est « la santé », 
Je vous souhaite de vivre ivre de joie jusqu’à l’infiniment grand. 

Nous voilà, des armées désormais désarmés dans l’ère de l’Outsourcing,  
L’externalisation, 
Non je dirais plutôt l’internalisation. 

Mauvais yeux de mots… 

Je crois que nous sommes finalement en phase d’abomination. 
L’exter-nana-mination, 
Beaucoup comme nos amis les dodos, 
Ou les solitaires si tu préfères. 
L’Arcadie a atteint sa vitesse de CROISIERE ; 
6 mois en mer sans paire, ni maire, 
O mes frères et sœurs… 

Le monde a bien évolué. 
Nos dépenses ont Ogre Montés, 
Tout comme nos sales airs. 
Dès ores et déjà, 
Faut compter jusqu’à rien ou sur une liste d’amis, 
Afin de reconnaitre les moments difficiles. 
Yeah, 
Le mieux-être nous malmène en radeau, 
Vers des Eldorados. 
Mieux vaut ne pas être car nous nous accostons de la faim des temps ces tant ci. 

Oh, vas-y, 
Je suis convaincu ; 
Que toute cette méchanceté a commencé par l’esclavage, 
Les champs de sucre et moulin à rhum, 
Puis ils nous ont saut-de-moutonnier dans les champs de thé, 
L’hôtellerie et le textile. 
On déchante, 
On ne peut s’empêcher de céder aux chantages des sirènes, 
Et ce, jusqu’à ce que l’on décède… 
S’il vous plait, enlevez le bœuf, laissez-nous la charrette. 

Madame, regardez vouer à l’échec, 
Regardez nouer à la chute, 
Regards d’émois ces enfants ; 
Que vont-ils devenir ? 
Quoi qu’il y aux rats comme connerie dans une ou deux chenilles ? 
Dans quelques décennies… 

Je sais que vous êtes prof, pré et très voyante. 
Oui, ça vous arrive de flairer l’avenue du succès, 
Ou de l’échec de vos domestiques. 
Hein, l’avenir, madame la Maitresse. 
Bon, ça, c’est votre dogme, mystique. 

Celui-ci fini Rat mâcon, 
Celui-ci vole rit ce qui leur à part, 
Tiens, mon p’tit, Un pied-de-biche… 
Celui-ça ; 
Le chouchou là, à l’auréole; Lauréat... 
Parce qu’il le veau bien, Meeeeuh. 

Stop, stop, ne balbutiez plus, 
Vous savez pertinemment sur quel bidet miser votre dévolu, 
Votre énergie et vos éloges. 
Naissent pas ??? 
Mais là n’est pas la réponse, 
Ni leur havre venir. 

Je sais, je sais, oui-oui. 
Je sais que ceux-là ne vous regardent guère. 
Madame la Maitre-Ouest, 
Je sais, je sais, oui, oui j’essaie de comprendre. 
Vous avez-vous oscille votre lot de proches, 
De trous dans les poches… 
De tracas, de dettes, 
Des contes à rendre à vos supérieurs. 
Mais je vous fais quand même la remarque… 
Oui, je vous fais la remarque ; 
Puisque vous sommes nous aussi dans le même Titanic, 
La même salle de classe sale, de crade. 

Maitre-Est…. 
Mais quelle prétention, 
Sont-ils vraiment vos suivistes ? 

Vous les engrenez et les entrainez à bosser à la chaine, 
À devenir des futurs employés enchainés mentalement, 
Moralement et sentimentalement…. 

J’ai moi-même été jadis étudiant ; 
C’était l’époque où on se faisait cingler à cause de ce que le système, 
Du moins, 
Ce que la société considérait d’incivilité ;  
D’écarts de conduite, de langage.