Dans un document soumis aux ministres et autres parlementaires lors d’une récente présentation du projet de partenariat stratégique pour la Central Water Authority (CWA), la Banque mondiale aidentifié les maux qui rongent cet organisme. Entre autres, une fourniture d’eau intermittente, une situation financière précaire, la perte de 61 % de l’eau produite (non-revenue water), peu d’attention sur le service client et le vieillissement du personnel.
Le document affirme que Maurice souffre d’un manque croissant de ressources en eau. « Présentement, Maurice est classée comme un pays souffrant de stress hydrique (“water-stressed country”) — avec moins de 1 700 m3 par tête d’habitant — et l’on s’attend que d’ici 2020, elle tombera dans la catégorie des pays limités en eau (“water-scarce country”) — avec une projection de 973 m3 par an, sous le seuil de 1 000 m3 », dit-il. Les représentants de la Banque mondiale s’inquiètent du fait que nos nappes aquifères soient surexploitées .
« La CWA offre à la population (un total de 351 000 clients) un accès universel à l’eau, avec plus de 20 % de la population recevant une fourniture intermittente sous des conditions normales — et ce même durant la saison des pluies. Ce taux grimpe jusqu’à 75 % durant la période de sécheresse », observent les experts de la Banque mondiale. « Avec des revenus limités et des contraintes institutionnelles, la CWA se bat pour maintenir et améliorer le système ainsi qu’offrir un bon service à la population », poursuivent-ils.
C’est dans ce contexte que le gouvernement a sollicité la Banque mondiale, en 2016, pour entreprendre un diagnostic du secteur, suggérer les options de réformes pour améliorer la qualité du service, atteindre une fourniture d’eau 24/7 et rendre le secteur financièrement stable, d’où le présent rapport.
« Cependant, malgré les efforts pour améliorer la performance de la CWA, la présente situation est toujours caractérisée par des fournitures d’eau intermittentes et une attention limitée sur le service client », précisent les experts. « Il y a un fort taux de perte d’eau, avec l’eau non génératrice de revenus estimée entre 53 % à 61 % de la production totale », s’inquiète-t-on.
En outre, s’alarment les consultants de la Banque mondiale, de lourdes procédures d’appel d’offres entravent la capacité de la CWA à effectuer des dépenses en capital, ce qui entraîne des investissements inefficients dans le secteur. « Liée à cela, la CWA est dans une situation financière précaire. Les présents tarifs d’eau ne sont pas suffisants pour couvrir les dépenses opérationnelles et d’entretien, et ces tarifs n’ont pas suivi l’inflation — ce qui veut dire qu’il y a eu en fait une réduction des tarifs en réalité », précise le document.
Quant à une fourniture d’eau 24/7, les consultants précisent qu’elle ne pourra être réalisée que dans cinq ans au moins à partir de la signature de contrat avec le partenaire stratégique. « Le contrat sera conçu avec l’objectif d’atteindre une fourniture d’eau 24/7, pas immédiatement, mais dans environ cinq ans », indique le document.
Tout en observant par ailleurs que le secteur de l’eau est un secteur à forte intensité de capital (“capital intensive”), les consultants déplorent le fait que la CWA ne puisse faire d’investissements en capitaux de manière systématique et programmatique parce qu’elle dépend des fonds du gouvernement pour le faire. « Cela a conduit à une gestion des avoirs et à une planification des affaires limitées, avec la CWA incapable de planifier adéquatement pour satisfaire les besoins et les demandes de la population mauricienne », expliquent-ils.
Concernant toute augmentation de tarif, les experts jugent que celle-ci sera inévitable : « Les tarifs, l’unique source de revenus de la CWA, devront être augmentés graduellement pour aider la CWA à se tenir debout financièrement et à payer ses dettes. »
Analysant d’autre part la composition du personnel, les experts de la Banque mondiale observent que la CWA souffre d’une main-d’oeuvre vieillissante, avec plusieurs de ses employés clés prenant leur retraite ou déjà retraités, et un fort pourcentage d’employés de niveau intermédiaire (“mid-level staff”) gagné par l’usure. « On envisage que le personnel, qui travaille à offrir les services qui seront délégués à l’opérateur privé sous le partenariat public privé (PPP), soit transféré à l’opérateur privé », disent-ils.
En effet, les experts étaient arrivés à la conclusion qu’une combinaison de réformes sectorielles était nécessaire, avec l’introduction d’un partenaire stratégique à travers notamment une structure de partenariat public privé (PPP), « car il est peu probable que la CWA atteigne par elle-même l’amélioration que requièrent les services et l’efficience ».