ÉCHANGES COMMERCIAUX : Les exportations : extrême vulnérabilité

L’Economic Development Board se voit confier une première mission cruciale d’un Re-engineering des secteurs de l’exportation, soit du sucre au textile en passant par l’ICT

L’extrême vulnérabilité du secteur des exportations inquiète. La performance des exportations pour le premier semestre de cette année, avec une baisse de 10% des recettes par rapport à la période correspondante et le risque d’un déficit commercial frisant la barre des Rs 100 milliards pour cette année ont constitué un déclic, dans le privé comme à l’Hôtel du gouvernement. A ces deux facteurs sont venues se greffer les répercussions de la politique de la roupie forte avec les exportateurs des biens et services tirant la sonnette d’alarme. Du côté de Business Mauritius, et plus spécifiquement dans les rangs de la Mauritius Export Association (MEXA), l’on s’accorde à concéder que « the export sector is in a very extremely difficult situation ». Avec ce cri de détresse de la part des opérateurs engagés dans les exportations de biens et services, le ministère des Finances a institué un comité de haut niveau sous la présidence du secrétaire financier, Dev Manraj, et comprenant des officiels du gouvernement et du secteur privé, pour se pencher sur le secteur des exportations, du sucre au textile en passant par la filière de l’Information and Communication Technologies (ICT). Une première séance de travail a été convoquée pour demain à l’Hôtel du gouvernement, alors que la prochaine réunion du Monetary Policy Committee de la Banque de Maurice, avec probablement la roupie forte à l’agenda, se déroulera mercredi prochain.
Le constat au tableau des échanges commerciaux pour les six premiers mois de cette année confirme la vulnérabilité des exportations. D’ailleurs, reprenant les dernières données officielles, rendues publiques en fin de semaine par Statistics Mauritius, la Chambre de Commerce et d’Industrie note sur son Website que « total Exports for the period January to June 2017 amounted to Rs. 35,6 billion rupees representing a decrease of 10% as compared to the same period in 2016 ».  Poursuivant son analyse des chiffres du premier semestre, la Chambre de Commerce et d’Industrie relève que les exportations domestiques, représentant 72% des exportations globales, ont accusé une baisse de 8% comparativement à la fin de juin de l’année dernière, avec des recettes de Rs 25,8 milliards. La chute dans les réexportations est de 14%, soit avec des revenus descendant sous la barre des Rs 10 milliards.

Les principales composantes des exportations
En une année, la baisse de 14% des exportations sur la Grande-Bretagne ne devrait constituer nullement une surprise pour les plus avertis. BREXIT, le divorce de Londres avec Bruxelles, oblige ! Toutefois, l’Union européenne demeure l’un des plus importants marchés, avec 50% des exportations écoulées dans cet espace économique. Le marché régional, qui représente 25% des exportations, a connu une progression de 4% d’une année l’autre alors que les Etats-Unis sont à hauteur de 11%.
Les principales composantes des exportations se déclinent comme suit pour les premiers six mois : produits alimentaires et « live animals » : Rs 14 milliards contre Rs 12,9 milliards en 2016 ; produits manufacturés divers : Rs 12,6 milliards contre Rs 15,5 milliards, avec une baisse de Rs 2 milliards dans la valeur des exportations des « articles of apparel and clothing accessories » ; biens d’équipements et de transport : Rs 1,7 milliard contre Rs 3,7 milliards en 2016 ; produits chimiques : Rs 1,6 milliard contre Rs 3,8 milliards en 2016 ; produits manufacturés : Rs 3,7 milliards contre Rs 3,8 milliards en 2016 : boissons et tabac : Rs 236 millions contre Rs 404 millions en 2016 ; Crude Materials : Rs 484 millions contre Rs 648 millions en 2016.
De l’autre côté du tableau, les importations ont augmenté de 10%, soit sur chaque roupie générée par les exportations Rs 2.45 étaient absorbées par les importations. La principale crainte, qui continue à hanter plus d’un, tourne autour du risque que le déficit commercial crève la barre des Rs 100 milliards à la fin de cette année au vu des dernières tendances de la capacité d’exportation de l’économie et de la politique de taux change favorisant la robustesse de la roupie. Statistics Mauritius prévoit que le déficit de la balance commerciale pourrait être de l’ordre de Rs 94 milliards, soit 10% de plus que la valeur des exportations projetées.
En parallèle à ces grosses difficultés, l’évolution du taux de change de la roupie par rapport au dollar américain et à l’euro suscite des appréhensions dans le monde des affaires, suscitant des interrogations au sujet des Economic Fundamentals derrière la roupie forte. A ce stade, les capitaines de l’industrie, tout en faisant état de leurs préoccupations, préfèrent ne pas faire de commentaires publics vu les deux échéances de cette semaine, soit la réunion de demain au ministère des Finances et celle du Monetary Policy Committee de mercredi, présidé par le gouverneur de la Banque de Maurice, Ramesh Basant Roi.
« Nous préférons attendre les délibérations de ces instances, qui détiennent le pouvoir de décisions avant de faire d’autres commentaires ou de proposer des mesures. Le fait brutal se résume au fait que the export sector is in an extremely difficult situation. Dans la conjoncture, il ne s’agit pas de solutions à court terme mais de l’élaboration d’une stratégie en vue de réduire les risques d’external Vulnerabilties. Il y a aussi des facteurs qui sont beyond our control. L’objectif de tout package of measures est de veiller que l’économie ne soit pas overexposed à des risques externes », fait-on comprendre dans des milieux autorisés du secteur privé.
A l’Hôtel du gouvernement, la réunion de demain avec les représentants du secteur privé sera consacrée aux répercussions du taux de change du dollar américain par rapport à la roupie sur leurs Bottom Line Operations. La principale attribution du comité institué par le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, à la fin de la semaine dernière sera de décider « what should be done to give the export sector a new lease of life ». Mais avant d’aborder le chapitre des mesures, le diagnostic des Dollar Effects sur les exportations, notamment de l’industrie sucrière, de la manufacture, et même de la filière des TIC, devra être évalué avec un tour de table des protagonistes. « Dans l’immédiat, le tourisme semble bien se tirer d’affaire après les réformes adoptées au cours de ces dernières années dans ce secteur », ajoute-t-on dans les rangs du secteur privé.
Une des décisions qui pourraient être adoptées dans les meilleurs délais serait de confier un premier Assignment prioritaire à l’Economic Development Board, en voie de constitution après l’adoption par l’Assemblée nationale de la loi-cadre régissant cette institution. L’Economic Development Board sera appelé à proposer une nouvelle stratégie pour éliminer les faiblesses du secteur des exportations. L’option envisagée est présentée comme un Game Changer, notamment insuffler un nouvel élan à la politique des Zones économiques Spéciales (ZES) dans des pays d’Afrique à fort potentiel. Ces ZES constituent la pierre angulaire de l’Africa Strategy de Maurice.

« S’insérer également dans les chaînes de valeur mondiales »
Le gouvernement compte axer sa politique économique en tenant en ligne de compte l’émergence des chaînes d’approvisionnement, ou encore des réseaux de production internationaux. A ce titre, la position formulée par Yash Manick, directeur général du Mauritius-Africa Fund, sera privilégiée. « Les chaînes d’approvisionnement mondial et les réseaux de production internationaux sont étroitement liés au basculement de la richesse et à l’importance croissante des pays du Sud, dont fait partie Maurice. Avec l’objectif d’assurer une croissance soutenue sur le long terme, l’enjeu d’un développement international pour Maurice n’est donc plus seulement d’exporter mais de s’insérer également dans les chaînes de valeur mondiales », soutient le patron de Mauritius-Africa Fund, organisme qui opère sous la tutelle du ministère des Finances.
A la réunion de demain, le gouvernement pourrait revenir à la charge en brossant un tableau des ZES, installées dans un premier temps dans quatre pays d’Afrique choisis, soit la Côte-d’Ivoire, le Ghana, Madagascar et le Sénégal. « Le concept de ZES vise à étendre l’espace économique de Maurice et de faciliter aussi bien l’accès aux ressources qu’aux nouveaux marchés . à part les richesses naturelles dont il regorge, le continent africain se caractérise aussi par l’émergence d’une classe de consommateurs dont l’affluence va en s’accroissant. S’ajoute à cela, la proximité avec les grands marchés traditionnels, soit l’Europe et les Etats-Unis, sans compter l’Inde et la Chine devenues les principaux partenaires commerciaux de l’Afrique. Mais surtout, il s’agit de rendre les entreprises mauriciennes plus compétitives et innovantes, donc plus aptes à intégrer les chaînes de valeur mondiales avec en prime une montée en gamme grâce aux transferts de savoir, à la différenciation des produits et à la réalisation de nouvelles étapes », justifie-t-on à l’Hôtel du gouvernement.
De con côté, Yash Manick croit dur comme fer que « l’initiative de mise en place des ZES permet de relever un double défi : d’une part, insuffler un nouveau dynamisme au secteur manufacturier mauricien en perte de vitesse et, d’autre part, consolider le secteur des services devenu au fil des années la composante majeure de l’économie mauricienne.» L’accent de cette nouvelle stratégie devrait être mis sur la part significative des services permettant le fonctionnement effectif des chaînes de valeur mondiales : en particulier ceux du transport, de la logistique et de l’entreposage, mais aussi des banques, de l’assurance, des services aux entreprises, des services spécialisés et des services de communication.
D’autres diront que ce n’est qu’une version revue et corrigée de la délocalisation des années 90 après le premier miracle économique alors que le second annoncé par Lalyans Lepep lors de la campagne pour les élections de 2014 se dessine encore plus difficilement.

 
L’exemple du Sénégal
La choix du Sénégal pour la mise à exécution de la politique des Zones économiques Spéciales en Afrique s’explique par « la féroce volonté de ce pays de se moderniser ». Ensuite, le potentiel de croissance économique est non-négligeable avec un taux de  6,6% en 2016, le plaçant en troisième position dans le classement des pays d’Afrique subsaharienne par Produit intérieur brut (PIB), derrière la Tanzanie (6,9%) et la Côte d’Ivoire (8,5%).
D’autre part, avec un nouvel aéroport, opérationnel à partir de novembre 2017, et l’expansion du port de Dakar, doté d’une capacité de stockage de 900 000 conteneurs par an, tout en comptant sur une excellente liaison routière reliant Dakar aux autres pays de la région, le Sénégal veut se positionner comme la principale porte d’entrée du marché de la sous-région. D’ailleurs, 90% du trafic commercial malien transite par le Sénégal. Ce pays, qui est également membre à part entière de deux blocs économiques régionaux (UEMOA et CEDEAO), et bénéficiaire de l’Africa Growth and Opportunity Act (AGOA ), se démarque des autres en occupant la 11ème place sur 136 pays en matière de Foreign Market Access dans l’indice Enabling Trade  du World Economic Forum.
Pour les besoins de la ZES au Sénégal, le Parc Industriel International de Diamniadio (PIID) est équipé d’une infrastructure aux normes internationales avec quatre hangars et un immeuble administratif, couvrant  31 000 mètres carrés d’espaces locatifs. Outre une alimentation en eau et en électricité selon la formule 24/7 à des coûts des plus compétitifs, un service internet à très haut débit (150 Mbps) est aussi offert.
Situé à mi-chemin pratiquement entre Dakar (25 kilomètres) et le nouvel aéroport international Blaise-Diagne (15 kilomètres), le Parc Industriel International de Diamniadio devra se retrouver au sein d’une ville nouvelle envisagée de ce pays, avec les sièges d’une majorité des ministères déménagés à Diamniadio à l’achèvement des travaux d’aménagement de la partie administrative.
Le menu d’incitations fiscales proposées aux éventuels investisseurs au Parc Industriel Internationale de Diamniadio comprend impôt sur les sociétés au taux de 15% sur les bénéfices imposables ; taxe supplémentaire de 3% sur la partie du chiffre d’affaires réalisé à l’intérieur des frontières ; exemption du paiement des impôts et taxes collectés au profit du budget de l’Etat ou des collectivités publiques ou organismes assimilés, nationaux ou locaux ; exonération du paiement de tous droits, taxes, redevances, prélèvements ou autres impositions douanières sur l’importation des matières premières ; exonération de tout paiement de droits et taxes de sortie à l’exportation ; toute entreprise de la ZES bénéficie du droit d’employer du personnel de nationalité étrangère et de nationalité sénégalaise ; toutes les personnes physiques et morales travaillant dans la ZES peuvent solliciter l’ouverture d’un compte en devises étrangères ; possibilité de verser à l’étranger les salaires, traitements et honoraires, cotisations et indemnités des assurances sociales, pensions et rentes résultant d’un contrat de travail, d’emploi ou de louage de services ou ayant un caractère de dette publique ; et le Sénégal, incluant ses autorités nationales et territoriales, s’interdit d’exproprier ou de nationaliser tout bien privé, incluant un investissement dans la ZES, et ceci d’une manière directe ou indirecte.