Le calme apparent annoncé sur le plan politique jusqu’au 20 août avec la fin de la période du Ramadan pourrait paraître trompeur compte tenu du potentiel d’agitation latente ou encore d’événements majeurs pour le reste de ce semestre. Tous les observateurs politiques s’accordent à dire qu’après les développements intervenus sur l’échiquier politique au cours de ces derniers dix jours, les quatre prochaines semaines devront être déterminantes dans la nouvelle configuration politique en gestation. Tout prochain contact entre le Premier ministre et leader du parti Travailliste, Navin Ramgoolam, et le leader de l’opposition et du MMM, Paul Bérenger, alimentera la Rumour Mill hyperactive déjà au sujet de mutations dans les alliances politiques. Néanmoins, les plus importantes manoeuvres ne devront être enclenchées qu’après la 4e semaine du mois d’août. Entre-temps, des premiers signes d’énervement se manifestent sur un front aussi délicat que la fonction publique par rapport aux recommandations salariales du Pay Research Bureau.
Le calendrier le plus probable indique que les premières semaines du mois d’août pourraient être consacrées à mettre au point le « un pour cent » manquant évoqué par le leader de l’opposition sur le plan de la réforme électorale et constitutionnelle. La principale pierre d’achoppement porte sur la désignation des Best Losers New Style, formule qui sera intégrée à la réforme, par la Commission électorale après la proclamation des résultats d’élections générales.
Les consultations en début de semaine du Premier ministre avec le président de l’Electoral Supervisory Commission, Me Yousouf Aboobaker, et le commissaire électoral, Irfan Rahman, n’auraient pas permis de contourner cet obstacle quasi insurmontable sur la voie de la réforme électorale. La proposition initiale était de réduire le nombre de députés correctifs de 8 à 4. Le principal hic est qu’avec la décision visant à éliminer la déclaration ethnique des candidats aux législatives sur le Nomination Form, le Missing Link de la réforme reste la formule pour désigner ces Best Losers.
Une option approfondie en fin de semaine pour ouvrir la voie à la réforme et maintenir le Best Loser System se présente sous une formule revue et corrigée du Nomination Form avec le choix laissé aux candidats de déclarer volontairement leurs groupes ethniques et se qualifier pour les sièges de Best Loser. Dans la conjoncture, la consigne est qu’il ne faudra pas s’attendre à la confirmation des détails par à-coups avant la conclusion des consultations au plus haut échelon sur le Fine Tuning des amendements constitutionnels.
Ainsi, la péroide-butoir pour la confirmation de la mise en place de la réforme électorale et de l’avènement de la IIe devrait être après le 20 août avec la fête de Eid-ul Fitr et également le retour de Navin Ramgoolam du sommet de la Southern African Development Community (SADC) à Maputio, Mozambique. De sources bien informées, le PM a déjà signifié son intention de participer à ce sommet les 17 et 18 août avec le conseil des ministres se déroulant du 12 au 16. Néanmoins, si les discussions au sujet de la réforme l’exigent, ce calendrier de travail pourrait être revu.
Au sein des états-majors politiques, l’on se tient prêt à voir l’Assemblée nationale se réunir de manière spéciale « for urgent government business » à tout moment après le 20 août. Techniquement, les parlementaires sont en vacances jusqu’au 23 octobre. Le Leader of the House a confirmé, vendredi, qu’il compte venir de l’avant avec d’importants amendements à la Constitution au sujet de la réforme au moment approprié même avant la prochaine rentrée.
Le scénario de la séance spéciale pour la réforme électorale ouvre la voie à des spéculations quant à des élections générales anticipées avec de changements conséquents annoncés dans le rapport des forces sur l’échiquier politique. Force est de constater que pour la 2e fois en dix jours, Navin Ramgoolam a tenu à préciser que « le pays n’est pas à la veille des élections générales. »
Ce rappel du pays aux urnes pourrait intervenir avant la présentation du prochain budget annoncée pour le début de novembre ou encore même avant les élections municipales. Un prolongement de l’actuel mandat parlementaire jusqu’à décembre, si le besoin se fait sentir, n’est pas à écarter.
Cette éventuelle campagne électorale, qui pourrait être très courte, devra tenir compte d’un facteur majeur au cours du mois de septemnre. En effet, les préparatifs pour la prochaine Chinese Conference internationale à Maurice au cours de ce mois ont atteint un stade avancé. Par la même occasion, la vénérable Chinese Middle School fêtera son centenaire. Des manifestations officielles sont également prévues pour célébrer une étape majeure dans les relations diplomatiques entre Port-Louis et Beijing.
Le PM, qui a participé dans la journée d’hier au 58e anniversaire de la pagode Fook Soo Am à Vallée Pitot avec une forte présence des membres de la communauté sino-mauricienne, se dit pleinement conscient de l’importance de ces prochains événements. Intervenant lors de cette manifestation à caractère religieux, le PM a situé l’importance de la discipline parmi les jeunes et de la méritocratie dans le quotidien.
« Tout pa fasil. La vie sé ène véritab batay. Nanyen pa fasil. Pa la richesse ki important. La vré richesse se saki nou fer pou lezotte », a déclaré Navin Ramgoolam à l’assistance. Il a rendu un vibrant hommage à Sister Fee Fong, qui a dévoué ces 58 dernières années à faire de la pagode « un havre de paix et d’harmonie. »
Indépendamment des événements d’ordre politique et de nature internationale, le second semestre sera dominé par l’attente des fonctionnaires et des employés des corps para-étatiques pour les recommandations du Pay Research Bureau (PRB). La date de publication de ce rapport a été annoncée au 2 octobre prochain, soit bien avant la présentation du budget, en vue d’y inclure les dotations budgétaires pour 2013.
Les premiers grincements de dents se font déjà sentir avec le président de la Fédération des Syndicats du Secteur Public, Rashid Imrith, sollicitant une séance de travail avec le secrétaire au Cabinet et chef du service Civil, Suresh Chandre Seeballuck, pour discuter des modalités du rapport du PRB. « A deux mois de la publication du rapport, il est inconcevable que le gouvernement n’ait pas encore transmis au PRB le montant de l’enveloppe financière pour assurer le coût du rapport salarial. C’est l’aspect le plus important et nous ne pouvons que nous élever contre ce manque d’égard envers les fonctionnaires et les employés des corps para-étatiques », a déclaré à Week-End Rashid Imrith, qui ajoute que d’autres questions touchant les fonctionnaires seront à l’agenda de cette réunion.
Avec la mise à exécution des recommandations salariales du PRB pour le secteur public, le gouvernement ne pourra pas laisser de côté les salariés du privé. La véritable question qui se pose est de savoir si, dans le contexte de crise économique dans la zone Euro avec des retombées néfastes pour des secteurs économiques majeurs, dont le textile et le tourisme, les entreprises du secteur privé disposent de la « Capacity to Pay » pour emboîter le pas au service Civil en matière de révision salariale.
Déjà, le monde syndical, dont le syndicaliste Ashok Subron, appréhende que l’une des premières missions d’une éventuelle alliance PTr/MMM, décidée sur le dos de la réforme électorale, sera de mettre en place une politique d’austérité et de mesures anti-sociales.
En tout cas, la température politique et sociale risque de monter assez rapidement en cette période hivernale avec les revendications des syndicalistes et le « non » plus que catégorique du patronat…