Après l’incident regrettable survenu jeudi dernier à la Bambous G.S., des voix s’élèvent au sein des écoles pour dénoncer la précipitation avec laquelle le ministère de l’Éducation est passé à l’action pour le projet de distribution de repas aux enfants des écoles ZEP.  Selon une circulaire, le maître d’école a pour responsabilité de veiller quotidiennement au respect des normes pour la  préparation et la distribution de la nourriture. « A-t-il le temps et les compétences nécessaires pour faire ce travail ? Doit-il quitter son établissement pour aller inspecter les locaux du fournisseur ? » se demande, avec colère, Moonsamy Sunnassee, président du syndicat des Head Masters. Celui-ci annonce une conférence de presse sur la question la semaine prochaine.
Sur papier, le ministère de l’Éducation semble avoir pensé à tout pour la distribution des repas chauds aux quelque 8 791 enfants fréquentant la trentaine d’écoles ZEP du pays. En effet, trois documents ont été envoyés aux écoles concernées : un “Food safety guidelines for caterers” (un document  fort détaillé comprenant 40 points basé sur la Food Act), un “Guidelines for a provision of a hot meal to all pupils of the ZEP Schools” (ayant trait spécifiquement à la responsabilité du chef d’établissement) et une proposition de menus végétariens et non-végétariens couvrant 12 jours (très bien équilibré et vraisemblablement préparé par le ministère de la Santé).
Cette mesure pour offrir un repas chaud aux enfants de la Zone d’éducation prioritaire figure en bonne place dans le dernier discours du budget, présenté en novembre dernier par le ministre des Finances Xavier-Luc Duval. Toutefois, les cadres du ministère de l’Éducation ont réellement commencé à réfléchir au dispositif pour sa mise en pratique durant les derniers jours de l’année, soit presque à la veille de la rentrée scolaire 2013. Ce qui fait dire au syndicat des maîtres d’écoles que « tout a été fait dans la précipitation et sans planification ».
En parcourant le “Guidelines for a provision of a hot meal to all pupils of the ZEP Schools », on note que les  responsabilités pour la bonne marche d’un tel projet reposent en grande partie sur les épaules du chef d’établissement. Voici la directive du ministère : « Head masters of the ZEP schools will take charge and manage the procurement and distribution of a hot meal to all pupils of the school on every school day. » Il incombe entre autres au maître d’école de lancer l’appel aux candidatures pour la fourniture du repas et de choisir celui qui est le plus apte à « deliver the goods » – sans jeu de mots. « A school team under the leadership of the Head Master will carry out the selection. » Ensuite, la tâche la plus ardue pour le chef d’établissement a trait au contrôle quotidien. « Quality, quantity, time of delivery and compliance with guidelines, norms and standards will be monitored daily by a school team led by the Head Master and on a random basis by officials of the Ministry of Education and Human Resources. » En outre, le maître d’école doit se charger d’effectuer les paiements des fournisseurs sur une base mensuelle. De même qu’il a la responsabilité d’un relevé quotidien des enfants prenant les repas.
Or, le syndicat des Head Masters  rappelle au ministère de l’Éducation que les responsabilités du maître d’école concernent avant tout l’administration de l’école et la pédagogie. De ce fait,  selon ce syndicat, le Head Teacher n’a pas les compétences requises dans le domaine de la préparation de la nourriture destinée à des centaines d’élèves. Sans compter qu’il n’a tout simplement pas le temps nécessaire pour faire des vérifications régulières sur les lieux de préparation desdits repas. Le syndicat reproche au ministère l’absence de consultations avant de confier de telles nouvelles responsabilités aux chefs d’établissements des écoles ZEP. « C’est un projet du ministère de Finances qui a été confié au ministère de l’Éducation pour la mise en pratique. Mais les cadres de l’Éducation ont par la suite posé ce projet sur le dos du maître d’école. Il n’y a eu aucune consultation, aucun dialogue. Ces nouvelles responsabilités sont vraiment trop lourdes », tonnent les dirigeants syndicaux. « Si c’est le rôle du maître d’école de veiller scrupuleusement au respect des normes sanitaires d’un bout à l’autre, quel est donc le rôle des  inspecteurs de la Santé ? N’interviendront-ils que lorsqu’il y aura un problème, comme cela a été le cas à l’école de Bambous jeudi dernier ? » questionne, irrité, Moonsamy Sunnassee, le président de la MHMA.  
Des chefs d’établissements fustigent  un manque de préparation avant la mise en oeuvre de ce projet. « Tout a été fait dans la précipitation et dans l’amateurisme », martèlent-ils. « Tenez,  ce n’est que maintenant que le ministre de l’Éducation réalise qu’un seul fournisseur ne suffit pas pour préparer le repas de 600 élèves chaque jour »,  fait remarquer l’un d’eux. Après l’incident de jeudi dernier, Vasant Bunwaree a en effet déclaré qu’il n’est pas contre l’idée d’avoir deux fournisseurs de repas pour des établissements ayant plus de 300 élèves et qu’il demandera aux officiers de son ministère d’examiner la  question.
À l’école de  Bambous “A” G.S, où a eu lieu ce problème d’intoxication alimentaire, ils sont nombreux parmi le personnel enseignant et non-enseignant à poser les questions suivantes aux autorités : Y a-t-il eu appel d’offres comme l’a recommandé le ministère de l’Éducation en décembre dernier et qui étaient les candidats ? Le fournisseur (suspendu depuis jeudi dernier en attendant la fin de l’enquête) était-il en présence d’une copie de ce Food safety guidelines ? Était-il au courant des souhaits du ministère s’agissant des menus qui doivent être offerts aux enfants ? La PTA et le maître d’école ont-ils visité les locaux de ce fournisseur avant l’octroi du contrat et, si oui, peuvent-ils donner la garantie qu’ils étaient conformes aux normes stipulées dans ce Food safety guidelines ? Les questions restent posées.