Considéré comme l’un des animaux marins les plus intelligents, le cachalot, mammifère aquatique présent dans tous les océans du monde, nage dans les eaux profondes de Maurice. Hugues Vitry, plongeur et fondateur de Blue Water Diving Centre à Trou aux Biches et de l’association Marine Megafauna Conservation, embarque Scope pour une virée d’environ sept heures au large de la côte nord pour photographier et filmer des cachalots.
L’équipe d’Hugues Vitry part à la rencontre des cachalots. Une espèce de cétacés à dents, des mammifères aquatiques de la famille des physétéridés. Cet animal marin vit dans les eaux libres à une profondeur de 900 à 3,000 mètres et mange principalement des calmars géants et des poissons. Il peut avoir un ton gris clair ou foncé et quelques taches. “Chaque animal porte un dessin différent”, nous confie le guide, muni de ses matériels de plongée. Pour l’exploration de ce matin, il est accompagné de deux Français, venus spécialement à Maurice pour faire des photos pour une production.

PHOTO HUGUES VITRY

Avoir de la chance.

Plus d’une quinzaine de kilomètres après le lagon, le plongeur et ses deux amis descendent du bateau, équipés d’une combinaison de plongée, masque, tuba et palmes, sans piquer une tête. Ils observent la mer pour voir si les cachalots veulent venir vers eux ou pas. Le premier cachalot passe et s’en va. “Les personnes qui passent par un tour-opérateur ne peuvent pas plonger pour voir les cachalots”, souligne celui qui a participé au film documentaire Danse avec les murènes, diffusé sur France 3. Eux peuvent plonger grâce à l’autorisation du gouvernement. Hugues Vitry a filmé pour National Geographic, des chaînes françaises et quelques films de Bollywood.

“Pour voir les cachalots, il faut avoir de la chance. Un pêcheur peut en voir”, souligne le directeur de Blue Water Diving Centre à Trou aux Biches. Pour repérer les mammifères, le professionnel se sert de certains instruments, comme un hydrophone directionnel pour les localiser. “Il faut le mettre dans l’eau pour savoir quelle direction suivre.” Le fondateur de Marine Megafauna Conservation, une association de protection des mammifères marins et du requin-baleine, suit les traces des cachalots lorsque les sons deviennent plus clairs.

Un langage intelligent.

Il existe des cachalots mâles et femelles. Ils se distinguent par leurs morphologies. Une femelle mesure 13 à 14 mètres et un mâle 18 mètres. “Les mâles ne communiquent pas de la même manière que les femelles. Ils émettent un bruit très puissant. Les femelles passent beaucoup de temps à communiquer avec leurs petits.” Les sons provenant des mâles peuvent être captés jusqu’à 40 kilomètres et ceux des femelles jusqu’à 7 kilomètres. “Les femelles n’arrêtent jamais de parler. Cela nous permet de les localiser.” Nous apprenons qu’un cachalot peut même communiquer d’un océan à un autre. “Nous sommes persuadés qu’ils ont un langage intelligent, plus élaboré que les dauphins.” Ils se servent de clics, aussi connus sous le nom de codas, pour communiquer.

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Irène, une femelle cachalot, s’approche du bateau. Elle tape sa queue sur la surface de l’eau. “Comme nous sommes proches d’eux, nous leur donnons un nom. Je les appelle par leurs noms. Je connais les membres de leurs familles.” Les cachalots ont tous des matricules. “Ils nous acceptent dans leurs familles. Et ils veulent parfois jouer.” Quelques minutes plus tard, toute la famille d’Irène et un bébé s’approchent. Selon Yves Vitry, il y a à peu près 60 cachalots dans le nord et environ 130 cachalots à Maurice. “Ils ne sont plus en voie de disparition, comme au début des années 1900.”

“C’est le cachalot qui vient vers nous”.

“Quand tu vois les yeux d’un cachalot, tu as cœur qui fond. Il a quelque chose d’humain chez ce mammifère”, confie le plongeur. “Je suis né et j’ai grandi à Souillac. Avec le foot, mes passe-temps étaient la chasse sous-marine et le surf. Il était hors de question pour quelqu’un comme moi qui ai vécu en liberté de me retrouver dans un bureau”, dit celui qui a commencé à observer les animaux marins en 2009.

Les trois plongeurs descendent à nouveau, équipés d’une bouteille, sans trop s’approcher des cachalots. “C’est le cachalot qui vient vers nous, et non l’inverse.” Il faut toujours respecter l’animal. Les cachalots sont des animaux marins très sociaux et ne sont pas agressifs. “Si un bateau avec des bruits stridents arrive très vite sur eux, cela les perturbe. Il y a une charte qui demande de respecter une distance de 50 à 100 mètres des animaux.”
Après plus de cinq heures en haute mer, les explorateurs peuvent enfin prendre des photos et filmer les cachalots. “Ils clignent de l’œil et aiment quand on les prend en photo”, lâche Hugues Vitry. Il ajoute : “J’aime ce métier pour le côté exploration, pour la liberté.”
Une dizaine de minutes plus tard, toute la famille d’Irène s’éloigne. “La rencontre avec les cachalots est toujours impressionnante. C’est quelque chose d’inexplicable.”