Le gouverneur de la Banque de Maurice (BoM), Ramesh Basant Roi, a souligné, hier soir, avoir fait de son mieux afin de pouvoir préserver l’indépendance de la Banque centrale. C’était à l’hôtel Sugar Beach, Flic-en Flac, à l’occasion du dîner annuel organisé par la BoM à l’intention des principaux opérateurs économiques. « It’s in the best interest of society to have a central bank that is truly independent », a fait ressortir le gouverneur.
Ramesh Basant Roi a axé son intervention sur l’évolution des politiques monétaires et de taux de change du pays ainsi que sur les réformes du secteur financier et du cadre régulatoire et de surveillance du secteur bancaire et financier depuis l’accession du pays à l’indépendance jusqu’à ce jour. ll a fait référence à la période où la roupie était rattachée à la livre sterling et les difficultés rencontrées par la BoM dans la mise en place de ses politiques monétaires et de taux de change.
Au début des années 70,  des contrôles sélectifs des crédits aux secteurs économiques avaient été mis en place en vue d’assurer que les fonds soient canalisés vers les secteurs prioritaires. Mais l’expansion désordonnée des crédits bancaires se produisant dans une situation d’excès de liquidités émanant du boom sucrier ainsi que le choc pétrolier de 1973 et les augmentations générales des salaires ont eu pour effet de provoquer une hausse à deux chiffres de l’inflation, avec des conséquences néfastes pour la stabilité des prix.
Le gouverneur de la BoM a aussi fait un rappel des événements dramatiques de la première moitié des années 70, en particulier l’effondrement du système de Bretton Woods, marqué par le passage d’un régime de taux de change fixe à un régime de taux de change flottant. Les taux de change des principales devises  n’étaient plus liés à l’or mais étaient déterminés par les forces du marché. La roupie, qui était toujours liée à la livre sterling, s’est retrouvée dans un régime flottant comme la monnaie britannique. Et lorsque la livre s’effondra en mai 1975, la roupie se déprécia de manière significative.  
Puis vint en janvier 1976 un changement de situation: la roupie fut « de-linked » de la livre sterling pour être rattachée aux Droits de Tirage Spéciaux (DTS) établis par le Fonds Monétaire International (FMI). Ramesh Basant Roi a parlé des conditions précaires qui ont prévalu par la suite, notamment de l’écart grandissant entre le niveau des importations et des réserves en devises étrangères, des déficits répétés de la balance des paiements, du haut niveau des dépenses publiques et de la croissance excessive des salaires et des distorsions dans la structure des prix domestiques.
« The emerging precarious situation was indicative of an urgent need for bold measures », a-t-il déclaré. Et dans le sillage du second choc pétrolier de 1978, le pays décida de dévaluer la roupie de 22,9% par rapport au panier de DTS avec en contrepartie un soutien financier du FMI sous forme de « stand-by agreement ».
L’état de santé du pays n’allait pas s’améliorer comme souhaité. « Bad politics destroyed good economics », a-t-il fait. Une nouvelle dévaluation de la monnaie locale de l’ordre de 16,7% en termes de DTS fut appliquée en septembre 1981. Ramesh Basant Roi devait, toutefois, faire remarquer que l’économie mondiale n’était pas au beau fixe à cette période mais, selon lui, il y a eu au plan domestique des « policy mistakes ».
Ramesh Basant Roi a fait mention de ce qu’il qualifie d’« abhorrent sentence » contenu dans le texte de loi sur le fonctionnement de la Banque de Maurice en vigueur au début des années 80, texte faisant mention des pouvoirs du ministre des Finances de donner de temps en temps des directives à la banque centrale. La BoM, a estimé le gouverneur, n’était pas une organisation indépendante. Il devait enchaîner en soutenant « qu’il est de la responsabilité de tous de préserver et de protéger l’indépendance de la Banque de Maurice en matière de conception et de mise en oeuvre de ses politiques ». Pour le gouverneur, il est important d’assurer cette protection « from deplorable baskets of fake economists, self-seeking advisers and imposters in the veiled pursuit of self-interests. It’s in the best interest of society to have a central bank that is truly independent. Independence of the central bank must be treated as sacrosanct. Never ever forget how a mafia-infested Italy was saved in the not so distant past from catastrophic situations. Two institutions are said to have saved Italy: the Vatican and the central bank of Italy. » Il se félicite des dispositions dans le Bank of Mauritius Act de 2004 prévoyant l’indépendance de la BoM d’un point de vue légal.
Le gouverneur a consacré une partie de son intervention à la libéralisation du secteur financier, plus particulièrement aux retombées favorables de la politique de libéralisation du régime de change suivie de la suspension en juillet 1994 de l’Exchange Control Act et de la mise en place d’un comité de politique monétaire. Selon lui, l’abolition du système de « dual licensing », l’un pour les banques offshore et l’autre pour les banques domestiques, et le remplacement par un régime unique, a contribué fortement au développement et à l’approfondissement du marché monétaire local et du marché des changes. Avec pour résultat que les réserves de la BoM sont actuellement au niveau record de 5 milliards de dollars. « The Mauritian economy has had ten years of enduring stability in the domestic foreign exchange market. We often take this for granted and insult the man, the institution that gave the country this precious gift of stability. That stability, indeed a very rare gift to any economic system for so long a time, ought to have been taken full advantage of for purposes of durable social and economic development », a-t-il observé en avertissant qu’ « il y aura des risques d’instabilité qui, espérons-le, seront efficacement résolus par la Banque centrale et d’autres agences dans les années à venir. »