L’enjeu visant à préserver les acquis économiques de Maurice dans le secteur du Seafood Hub pourrait engager le pays dans un bras de fer avec des militants de Greenpeace International. En effet, l’hôtel du gouvernement a apposé une fin de non-recevoir des plus diplomatiques à une demande de cette organisation non-gouvernementale engagée dans le domaine de la préservation de l’environnement. De ce fait, le SY Rainbow Warrior, actuellement en tournée dans l’océan Indien, ne pourra pas faire escale à Port-Louis du 12 au 14 octobre comme le prévoient les responsables de Greenpace International. L’hôtel du gouvernement a tout simplement souhaité voir cette ONG reporter cette visite à plus tard.
La première raison derrière le refus de Maurice pour accorder la permission au SY Rainbow pour accoster la cruise jetty en rade de Port-Louis, suite à une requête soumise par Emcar Limited au nom de Greenpeace en date du 21 septembre, concerne l’appui inconditionnel accordé aux autorités britanniques dans le projet controversable de créer une Marine Protected Area dans l’archipel des Chagos. Jusqu’à maintenant, l’hôtel du gouvernement n’a pas digéré ce qu’il considère comme un coup de jarnac à son encontre.
Maurice n’hésite pas à dénoncer Greenpeace International dans cette affaire en soulignant officiellement que « the government of the Republic of Mauritius deeply regrets that Greenpeace International has chosen to condone the illegal excision of the Chagos Archipelago by the United Kingdom from the territory of the Republic of Mauritius, in spite of wide international recognition, including from the African Union, the Non-Aligned Movement and the Group of 77 and China, for the sovereignty of the Republic of Mauritius over the Chagos. »
Le plus grave reproche que fait le gouvernement à Greenpeace International est cette attitude hypocrite devant le fait que « ces défenseurs déclarés de l’environnement savent pertinemment bien que le projet de Marine Protected Area aux Chagos exclut spécifiquement la base militaire et nucléaire des Américains de Diego-Garcia, la seule île de l’archipel susceptible de produire des déchets en tous genres pour polluer l’environnement. » Port-Louis dénonce le silence de Greepeace International sur cet aspect du soi-disant projet environnemental de la Grande-Bretagne.
D’autre part, Maurice affirme avec force que le projet de Marine Protected Area aux Chagos n’est qu’un subterfuge pour bloquer tout éventuel retour des Chagossiens dans leurs îles natales. « Les messages confidentiels de Wikileaks apportent la preuve de la véritable intention de la Grande-Bretagne à ce sujet. D’ailleurs, ces documents ont été déclarés admissibles devant la Haute Cour de Londres dans la contestation du projet de MPA. Greenpeace International ne peut ignorer ce détail, à moins que cette ONG n’ait d’autres intérêts à défendre », laisse-t-on entendre du côté de l’hôtel du gouvernement.
D’autre part, la présence du SY Rainbow Warrior dans cette partie de l’océan Indien est perçue comme la nouvelle étape de la campagne de Greepeace International contre les opérations de thoniers senneurs avec des conséquences néfastes pour le Seafood Hub. Depuis ces derniers mois, cette ONG réclame l’interdiction des thoniers senneurs en avançant que le stock de poissons, particulièrement de thon, aurait un stade avancé d’épuisement dans cette partie de l’océan Indien.
« Les thèses défendues par Greenpeance International sont en net déphasage, pour ne pas dire en nette contradiction, des conclusions des études scientifiques menées par la FAO et l’Indian Ocean Tuna Commission garantissant que le stock est relativement stable. Cette campagne contre les thoniers senneurs représente une véritable menace pour les activités des conserveries de thon à Maurice avec d’importants investissements en voie de réalisation. Nous avons à prendre des mesures de précaution et être vigilants pour ne pas mettre en péril un secteur économique de cette envergure », poursuit-on dans les milieux autorisés.
Une interdiction des campagnes de pêche avec la participation de thoniers senneurs dans l’océan Indien mettra à rude épreuve l’approvisionnement en matière première les trois conserveries de thon en opération et une quatrième annoncée pour l’année prochaine.
Puisque la menace que représente la campagne de Greenpeace International n’affecte pas seulement Maurice mais également d’autres pays, comme les Seychelles ou des intérêts à La Réunion, Maurice étudie la possibilité de mettre en place une coordination pour faire échec à la démarche de Greenpeace International au nom de la proctection de l’environnement.
En tout cas, le refus de Port-Louis d’accéder à la demande de Greenpeace International pour une escale du SY Warrior avec visites des membres du public marquera le début d’une véritable confrontation avec les autorités mauriciennes.
Affaire à suivre…