(Photo d'illustration) A woman walks past a currency exchange office in Saint Petersburg on March 10, 2020. (Photo by OLGA MALTSEVA / AFP)
  • La hausse du billet vert affaiblit davantage les économies émergentes déjà sous la pression du Covid-19

À la volatilité des places boursières dans le monde entier vient maintenant s’ajouter un autre ingrédient : la hausse du dollar sur le marché international qui ajoute à la crise ambiante et qui commence à donner des sueurs froides à l’économie mondiale. La poussée du billet vert sur les marchés mondiaux fait craindre le pire, surtout aux économies émergentes, frappées de plein fouet par le Covid-19 dont la demande est en chute libre et les monnaies en dépréciation…

C’est le cas pour Maurice, où hier le dollar s’échangeait à Rs 39,75. La conjoncture économique morose augmente la pression sur la monnaie locale. Depuis une quinzaine de jours, plus précisément le 10 mars dernier, la monnaie américaine a amorcé une courbe à la hausse. Et malgré les deux récentes baisses des taux d’intérêt de la Réserve fédérale, le “King dollar” maintient son attrait.

Pour un gestionnaire d’actifs, la montée du dollar sur le marché local s’explique surtout par « l’offre et la demande » — pour reprendre une expression répétée à satiété mardi dernier par le ministre des Finances. « La semaine dernière au lieu de vendre, la Banque de Maurice a acheté des dollars, environ 11 millions de dollars et hier ils ont fait l’inverse. » L’économiste Eric Ng abonde dans le même sens : « En achetant les dollars, la BOM favorise la dépréciation. Si elle voulait soutenir la roupie elle vendrait des dollars sur le marché. »

Par contre, les avis divergent concernant la posture adoptée par la BOM ces derniers jours, notamment concernant la récente baisse de 50 points de base du Key Repo Rate. A-t-elle contribué à la dépréciation de la roupie ? Un autre observateur soutient que non : « Une décision monétaire liée au taux d’intérêt prend plusieurs semaines pour impacter sur le comportement de la roupie, généralement deux à trois trimestres. »

De l’avis général, c’est plutôt le débalancement commercial auquel est confronté le pays depuis deux ans, avec une hausse des importations et une baisse des exportations qui contribue à affaiblir la monnaie locale. « Il y a un afflux nettement inférieur de devises dans le pays, sans oublier une diminution des recettes touristiques. Plus les recettes touristiques baisseront dans les prochains jours avec la fermeture des frontières du pays aux étrangers, plus on aura moins de devises dans le pays », explique un spécialiste.

À l’échelle mondiale, les difficultés économiques liées au Covid-19 favorisent nettement une montée du billet vert. Si la baisse de prix du pétrole engendre une hausse du dollar, celui-ci suit la même tendance lorsque le prix de l’or grimpe. « L’Arabie Saoudite a baissé le prix de son pétrole de 30% pour être compétitive donc cela a impacté sur le dollar », observe-t-on.

La firme de courtage en bourse, AXYS, le souligne d’ailleurs dans son bulletin matinal aux investisseurs : « Oil has fallen to its lowest levels in more than 15 years, while the USD has rocketed to its highest level ever which appears to be the preferred safe haven as Gold is uncharacteristically slumping. »

En outre, dans un contexte mondial où la majorité des économies sont « accablées », l’Amérique semble « maintenir sa suprématie de plus grande puissance économique mondiale », déclare un observateur. « À voir la situation actuelle, le salut pourrait venir des États-Unis. S’ils trouvent un antidote contre le virus, beaucoup de pays voudront se le procurer et donc cela créera un “feel good factor” au sein de leur économie. S’ils mettent au point une vaccination, ce sera un réel “breakthrough” pour les États-Unis. »