Krishen Rangasamy, Senior Economist dans la division Economics and Strategy de la Banque Nationale du Canada (BNC), est affirmatif : l’activité économique mondiale s’améliore mais lentement. Pour cette année, il prévoit un taux de croissance de 3,3 % qui devrait grimper à 3,4 % en 2018, des estimations en dessous de celles annoncées par le Fonds Monétaire International (FMI) dans sa dernière édition des Perspectives de l’économie mondiale parue en avril 2017. Le FMI table sur une croissance mondiale de 3,5 % en 2017 et 3,6 % en 2018.
Lors d’une conférence axée sur le thème Is it time to pull back stimulus ?, organisée par AfrAsia Bank, mercredi soir à l’hôtel Hennessy Park, Ébène, Krishen Rangasamy, jeune professionnel d’origine mauricienne et établi au Canada, a fait un survol de la situation économique mondiale, faisant plus particulièrement référence à l’évolution de la situation aux États-Unis, dans la zone euro et en Chine. Plusieurs fois honoré pour ses prévisions économiques (et ses anticipations concernant l’évolution des marchés), il a confirmé qu’il y a une reprise de l’activité économique mondiale, que les échanges commerciaux mondiaux s’améliorent, que les prix des matières premières sont de nouveau à la hausse. « Les choses semblent aller dans la bonne direction », dit-il. Les valeurs boursières se sont raffermies mais au niveau du marché obligataire un repli a été noté.
Graphiques à l’appui, il a démontré que la croissance économique réelle aux États-Unis, dans la zone euro aussi bien qu’au Japon est loin du Produit intérieur brut (PIB) potentiel (il faut qu’il y ait une utilisation à pleine capacité de toutes les ressources d’un pays pour arriver à un PIB potentiel) de ces pays/région. Selon Krishen Rangasamy, la croissance aux États-Unis et dans la zone euro représente environ la moitié de leurs PIB potentiels alors qu’au Japon elle est cinq fois moins. Le potentiel économique mondial progresse à un rythme plutôt lent. L’économiste pense que la baisse du nombre de personnes en âge de travailler, due au vieillissement de la population, pourrait expliquer un tel phénomène.
Krishen Rangasamy s’inquiète de la montée du protectionnisme et soutient que l’affaiblissement des échanges commerciaux mondiaux était l’une des causes de la situation économique globale difficile de ces dernières années. Il observe également que le ralentissement économique que connaît la Chine a eu des retombées défavorables sur d’autres économies dont celles d’Asie. Il relève, par ailleurs, que le niveau des dettes libellées en dollars dans des pays hors États-Unis a pris l’ascenseur, le taux d’endettement des entreprises dans les marchés émergents étant jugé très élevé. Faisant des prévisions pour l’économie américaine, le conférencier dit s’attendre à une meilleure performance pour l’année prochaine dans le sillage des mesures fiscales incitatives annoncées par le président Donald Trump mais un point d’interrogation demeure quant à la politique commerciale que pratiqueront les États-Unis.
Pour ce qui concerne la zone euro, Krishen Rangasamy dira que son économie est en train de se reprendre mais qu’elle reste « saddled with old problems ». La hausse des crédits n’est limitée qu’aux pays qui sont déjà en croissance économique. La situation reste difficile en Grèce et en Italie. Quant à la Chine, elle devrait poursuivre sa croissance à un taux se situant autour de 6 %.
Par ailleurs, l’intervenant s’attend à voir la Réserve fédérale américaine recommander une nouvelle hausse du taux d’intérêt d’ici la fin de cette année. Il pense que le dollar américain « may have peaked already » avec un taux de parité qui avoisinerait 1,14 contre l’euro dans le sillage du Brexit et de la politique de souplesse adoptée par la Banque centrale européenne. S’agissant du prix du pétrole, il estime qu’il se maintiendrait dans la fourchette de 50-60 dollars.
Krishen Rangasamy n’a pas voulu élaborer sur la situation économique à Maurice, n’ayant pu analyser toutes les données. Il constate, cependant, que le pays fait face à des niveaux élevés de déficit des comptes courants et de la dette. Pour ce qui est du budget, il soutient que tout déficit structurel peut être « turned around ». Il cite le cas du Canada post-crise 2008, précisant que cela a été réalisé au prix de coupes budgétaires et de sacrifices.