EDMOND MOUKALA, expert de l’Unesco : « Il n’y a pas un différend tel qui aurait un impact sur la valeur universelle exceptionnelle du Morne »

L’expert de l’Unesco en mission à Maurice pour une évaluation des progrès accomplis par le gouvernement mauricien à la suite du rapport de la mission de février, Edmond Moukala, affirme que l’affaire en Cour concernant le litige opposant une société privée et le GM n’aura pas d’impact négatif sur la valeur universelle exceptionnelle du site. Il répondait aux questions du Mauricien, mercredi dernier, en présence du ministre des Arts et de la Culture, Santaram Baboo, et de Liana Jansen, de l’ICOMOS, qui fait partie de la présente mission. « Il n’y a pas un différend tel qui aurait un impact sur la valeur universelle exceptionnelle de ce site », affirme-t-il. Les questions de responsabilité citoyenne de la population locale et l’importance que les recherches archéologiques dans la zone tampon, à l’orée de la Core zone, prennent fin avant que tout développement ne soit approuvé par l’Unesco ont aussi été évoquées lors de cette rencontre.

Vous affirmez que beaucoup a été fait au Morne durant les six derniers mois ayant suivi votre mission de février. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Quand vous regardez la décision prise par le comité du patrimoine mondial de l’Unesco, nous remarquons que des mesures ont été prises par le gouvernement assez rapidement. En février, la montagne n’était pas accessible. Aujourd’hui, nous pouvons y accéder et aller jusqu’au sommet. Nous soulignons que le Premier ministre adjoint (NdlR : Xavier-Luc Duval) a mené une délégation jusqu’au sommet à l’occasion de l’ouverture officielle de ce site au public. Nous y croisons à la fois des Mauriciens et des étrangers. Ceux-là nous disent qu’ils attendaient cette ouverture pour une visite.
Deuxièmement, nous constatons une meilleure interaction entre les partenaires concernés, soit le gouvernement et les propriétaires privés. Il y a plus de dialogues et cela permet d’atténuer les différences qui pourraient exister concernant la gestion de la zone tampon. Il y a quelques différends à régler, mais on constate un meilleur dialogue et c’est très important. Le gouvernement s’attaque rapidement aux demandes de l’Unesco par rapport au plan de gestion du site ou le Risk Operated Plan… Bref, 50 % de ce qui a été demandé ont été complétés alors que le gouvernement avait jusqu’à décembre 2017 pour le faire. Pour un pays africain, c’est indéniablement très encourageant.

Pouvez-vous préciser de quel plan de gestion parle-t-on ?
Du premier, celui couvrant la période 2008-2013.

Quel est votre constat concernant le développement économique local et l’intégration économique de la population ?
On a eu une réunion avec la communauté locale hier (NdlR : mardi). Comme pour la rencontre avec les hôteliers et le ministre, nous leur avons parlé de la Convention de 2002, notamment sur les cinq C dont celui de la contribution de la communauté locale dans le développement et les activités et de ce qu’elle peut bénéficier. En l’écoutant hier, nous avons remarqué qu’elle a une compréhension tout à fait juste des responsabilités du gouvernement et des hôteliers, mais ils oublient leurs propres responsabilités. Ils oublient que le processus commence par eux. Le gouvernement, à travers les hôtels et d’autres partenaires, a organisé des séances de renforcement de capacité à travers des ateliers d’artisanat et de design. Des formations pour devenir guide ont aussi été proposées. Des actions qui leur permettraient d’être recrutés dans le cadre de la concrétisation des activités autour de ce patrimoine et d’avoir des revenus. On a mis l’accent sur la nécessité pour eux de choisir une orientation économique basée sur ce qui leur est proposé. S’ils ont un manque de compétences, des projets seront mis en place. Nous en avons discuté avec le ministre. Il y aura le projet du développement économique local qui sera mis en place pour le renforcement des capacités de sorte que la population locale soit équipée pour répondre aux opportunités qui se présenteront à eux. Mais il faut d’abord qu’ils en soient sensibilisés. L’éducation est un élément important. On a voulu que ce soit clair pour la communauté : on est avec eux, mais ils doivent montrer leur volonté d’être soutenus. Nous sommes confiants de l’avenir. Le Morne Heritage Fund a identifié des profils dans le village de même que leurs besoins spécifiques pour savoir qui peut faire quoi. Nous les avons rassurés sur les rôles des uns et des autres et que l’Unesco travaillera avec le gouvernement et avec eux pour s’assurer de la conservation et de la protection du site.

Il y a un certain nombre d’activités économiques et de loisirs dans le lagon du Morne. Est-ce que vous avez abordé la question lors de votre mission ? Comment se fera la gestion du lagon ?
Nous n’avons reçu aucune sollicitude à ce sujet. J’insisterai sur le fait qu’il y a des choses qui se font avec la communauté et qui sont visibles et d’autres pas. Ce n’est pas comme si on ne peut rien faire. Mais la question est de savoir comment faire. À partir du moment où les activités entraînent une dynamique sans effets néfastes sur la valeur universelle exceptionnelle du site et que la population a une meilleure appréciation du patrimoine et des activités culturelles, nous pouvons dire que nous avons atteint notre but. Cela se met en place. Jusqu’à présent, nous n’avons pas vu de facteurs négatifs qui nous donneraient des soucis. Bien au contraire, ce sera une opportunité pour les locaux et les étrangers. Il n’y a aucun problème, il convient juste de bien gérer le site et nous voyons que le potentiel est grand que ce soit d’un point de vue économique, touristique ou culturel. Le MHTF a besoin de plus de personnel, le double de ce qu’il a aujourd’hui.

Des développements avaient été proposés dans la zone tampon à l’orée de la Core zone. Ces lieux sont considérés comme sensibles d’un point de vue historique et demandent des recherches. Qu’en est-il ?
Nous parlons pour l’instant d’un travail de recherches archéologiques et tant que ce n’est pas abouti, nous ne pouvons exécuter des projets de développement. Il y a un processus à suivre et ce processus, scientifique, est respecté. Entreprendre des développements tant que les recherches ne sont pas finies est incompatible à l’esprit de la convention. D’autre part, cette dernière n’empêche pas des projets de développement aussi longtemps qu’ils viennent renforcer la valeur universelle du bien. On ne peut pas dire qu’on approuve tel ou tel projet et qu’on désapprouve tel ou tel autre. Chaque projet est examiné au cas par cas et minutieusement. Pour l’instant, on a un travail de recherche archéologique et de renforcement de la protection de la biodiversité qui existe autour de la montagne.

Il y a d’une part, le litige opposant un promoteur d’un projet de développement au gouvernement devant le Tribunal mauricien et d’autre part, des investisseurs britanniques qui se sont sentis lésés de leurs droits et qui cherchent une compensation. En quoi est-ce que ces cas peuvent avoir un impact négatif sur le site ?
Si vous avez l’occasion de voir la décision du comité du patrimoine mondial, vous allez voir que la mission de février, dont je faisais partie, a rencontré toutes les parties concernées pour avoir des informations sur ce qui se passe. Nous avions aussi rencontré des représentants de la Cour. Je peux vous dire que, selon le comité, il n’y a pas un différend tel qui aurait un impact sur la valeur universelle exceptionnelle de ce site et sur sa bonne gestion. Selon la convention, on traite avec l’État mauricien et Maurice est un État souverain. En tant que tel, je peux vous assurer que Maurice gérera la situation, le so-called-dispute, comme il se doit. Le comité n’a aucun doute concernant l’impact potentiel qu’elle pourrait avoir sur la gestion du site.