ÉDUCATION : Le CPE disparaît, le stress demeure

Le CPE n’est plus. Mais le stress, l’anxiété et l’angoisse sont toujours présents chez les 19,633 élèves qui se préparent pour les premières épreuves du Primary School Achievement Certificate (PSAC), qui se tiendront du 24 au 27 octobre. Comme cela a été le cas depuis le début de cette année, les semaines à venir ne s’annoncent pas de tout repos pour les enfants, les parents et les enseignants.
“C’est la première fois depuis que je suis au primaire que je n’ai pas pu profiter de mes vacances. Depuis le début de cette année, je suis à fond dans les livres, les devoirs et les leçons particulières. C’est difficile de voir les autres enfants s’amuser, mais mes parents m’ont expliqué que ce sacrifice va me servir plus tard. J’ai hâte d’en finir une fois pour toutes avec mes examens pour pouvoir souffler un peu”, confie Ayush, élève en Grade 6.
Ce sentiment n’étonne pas Véronique, une des enseignantes de ce premier batch à prendre part au Primary School Achievement Certificate (PSAC). “Les cobayes du nouveau système éducatif mis en place cette année ont eu des vacances gâchées car il était important de ne surtout pas lever le pied.” De son côté, Jennifer n’a pas eu d’autre choix que de revoir sa manière d’accompagner et de soutenir sa fille. “C’est très stressant. Nous sommes un peu sceptiques. Les prochaines années, les parents pourront sans doute s’adapter plus facilement.”

Compétition toujours présente.
Leena, qui compte vingt-deux ans de carrière dans l’enseignement, avance : “Même si le PSAC n’est pas totalement négatif, impossible de faire disparaître la compétition. Elle n’a pas diminué, surtout que les parents étaient dans le flou et ont fait du forcing sur leurs enfants pour qu’ils aient les meilleurs résultats et une place dans un bon collège.”
Du côté du ministère de l’Éducation, le discours se veut rassurant. “Toutes les dispositions ont déjà été prises – campagnes d’explications, cursus, manuels, questionnaires, formation du personnel, entre autres – pour la tenue de la première édition du PSAC cette année.” Cela ne rassure pas pour autant parents et enseignants. Bobby, qui a déjà vécu l’expérience du CPE avec son aînée, confie : “On a voulu nous faire croire que ce changement allait être en faveur des enfants. Mais quand on se retrouve avec très peu de choix pour une bonne école, on est obligé de demander davantage à nos enfants. Je trouve que ma benjamine a été soumise à plus de pression. La compétition est plus présente qu’avant.”
Dans une semaine à peine, les élèves plancheront sur les sujets d’histoire/géographie et de sciences. Leena et Véronique peaufineront les dernières révisions et feront le maximum pour que leurs élèves s’en sortent bien. “Nous avons eu une année très particulière et dure. Les parents ont eu du mal à comprendre le nouveau système. Jusqu’à récemment, certains avaient toujours des interrogations au sujet du PSAC.”

Inquiétude et pression.
Elles ont d’ailleurs constaté que “leurs inquiétudes ont ajouté beaucoup de pression sur les enfants. Ce qui nous amène à dire que le gouvernement a fait les choses trop vite. En tant qu’enseignants, nous sommes les premiers témoins de ce grand chamboulement dans la vie des enfants. Plusieurs paramètres n’ont pas été tenus en compte”.
Le ministère de l’Éducation reste convaincu que dans le cadre de la réforme  du système éducatif, dont le Nine Year Continuous Basic Education, l’année 2017 est symbolique et historique. Pour la première fois, “tous les élèves prenant part au PSAC se verront promus en 2018 en Grade 7, dans un collège régional se trouvant dans leur zone respective. Fini le calvaire que représentait l’échec au CPE”. Un élément de réponse qui ne convainc pas Bobby, un habitant de l’Est. “Mon fils n’a que deux options dans ma région. Ce ne sont pas des star schools. Après avoir tant travaillé, il sera contraint de rejoindre un collège de l’endroit.”
Lakshana, 11 ans, ne se sent pas chanceuse de faire partie de ce premier batch de PSAC. “J’ai très peur. Les changements sont venus subitement et je n’ai pas eu le temps de tout assimiler. Certaines matières étaient plus faciles, d’autres non. Tous les chapitres du programme non pu être complétés. Ce troisième trimestre sera très court et j’espère vraiment que je serai à la hauteur et que je ne serai pas déçue de mes résultats.”

Dernière ligne droite.
C’est précisément pour que les dernières semaines soient équilibrées et que sa fille ne flanche pas que Jennifer a prévu des séances de yoga, des exercices de respiration et d’autres techniques pour booster la mémoire. “Ce n’est pas évident de demander autant à un enfant de cet âge. Mais le système est tel que nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas mettre toutes les chances de nôtre côté.”
Ce que le ministère de l’Éducation décrit comme étant “le début d’une nouvelle ère dans le paysage éducatif” n’est pas forcément reflété dans la réalité. Si Jennifer préfère penser que “nos efforts vont payer”, Bobby est dubitatif : “J’ai confiance en mon enfant, mais il aurait pu mieux vivre cette année si les choses avaient été faites différemment et progressivement. Par exemple, permettre aux collèges régionaux de faire leurs preuves pour rassurer les parents.”
Leena et Véronique comprennent la démarche éducative du ministère, qui propose “un nouveau programme d’études au primaire et au secondaire, des pédagogies novatrices, de nouveaux supports aux élèves ayant des difficultés d’apprentissage et un environnement plus propice à l’éducation et à l’épanouissement des élèves au sein des écoles”. Mais elles pensent que “tous les enfants ne sont pas logés à la même enseigne. Le PSAC laissera beaucoup sur la touche”.   


Un troisième trimestre chargé
Outre le Primary School Achievement Certificate (PSAC), prévu du 24 au 27 octobre, les candidats en Grade 6 auront un Modular Assessment en histoire/géographie et en sciences, les 29 et 30 août, tandis que ceux de Grade 5 passeront leur Modular Assessment le 17 octobre. Les notes sont sauvegardées par le Mauritius Examinations Syndicate (MES) et comptabilisées pour le PSAC l’année suivante.
Une fois les épreuves du PSAC achevées, les écoliers seront admis en Grade 7 dans un établissement secondaire régional. Le choix se fera selon les critères suivants : choix du parent, résultats obtenus et lieu de résidence. Les candidats seront notés en grade lors de ces examens. Avec la nouvelle formule, le système de A+ disparaît. La nouvelle grille de notes est la suivante : Grade 1 (+75); Grade 2 (60-75); Grade 3 (50-60); Grade 4 (40-50); Grade 5 (30-40); Grade 6 (-30).