En cette Journée internationale de l’élimination de la violence à l’égard des femmes, l’évêque de Maurice invite à un sursaut des Mauriciens devant la multiplication des cas de violence domestique dans le pays. Mgr Ian Ernest constate qu’on ose en parler ouvertement aujourd’hui et que certaines mesures prises par les autorités « ont fait de la lumière sur ce qui se passe dans les quatre murs de nos villas et de nos cases ». « Le tabou est aujourd’hui brisé mais les chiffres qui nous sont communiqués nous démontrent que ce mal ne va pas s’estomper du jour au lendemain et met en péril la cellule familiale », dit Mgr Ernest Maurice dans un message aux fidèles anglicans, qui sera lu lors des messes ce week-end.
Depuis quelque temps déjà, Mgr Ernest fait part régulièrement de ses inquiétudes et de « sa tristesse » quant à la violence verbale et physique grandissante au sein des familles et dans d’autres sphères de la vie sociale. Cette fois, le chef de l’Église anglicane appelle à une « réflexion profonde » sur la violence domestique afin de comprendre les « causes réelles de cette attitude qui se développe et qui en conséquence abaisse la dignité des personnes par des actes de violence déshumanisants ». Mais on relève d’abord dans ce message adressé aux fidèles anglicans ce mea culpa de Mgr Ernest pour la prise de position tardive de l’Église anglicane vis-à-vis de ce mal qu’il qualifie de « pandémie sociale » : « Je tiens ici à dire que l’Église regrette que pendant plusieurs décennies elle ait été silencieuse. Il est vrai qu’aujourd’hui elle dénonce et éclaire. Néanmoins il serait bien que nous demandions pardon pour ce silence car pendant de nombreuses années, elle n’a pas été suffisamment à l’écoute des victimes de ce mal qui a privé ces dernières de joie et de bonheur auxquels elles avaient droit. »
L’évêque de Maurice fait remarquer que « dans toutes les cultures à différents moments et encore aujourd’hui » des femmes et des enfants sont opprimés et qu’il « serait juste » à son avis « de travailler dur pour qu’il y ait réparation dans une société dominée par le genre masculin ». Selon ses observations, la perception selon laquelle « les hommes sont supérieurs aux femmes » perdure dans certains milieux et « la violence souvent est infligée aux femmes vu qu’elles sont moins fortes physiquement ». « Nous sommes créés homme et femme à l’image de Dieu et il a confié à tous deux la gestion de la terre. Il n’y a aucune suggestion que l’un d’eux est supérieur à l’autre dans la domination de la terre ».
Selon l’évêque de Maurice, les Mauriciens n’ont pas le droit d’ignorer l’existence du problème de violence à l’égard des femmes et ni être insensible envers celles qui en souffrent et qui « sont mises de côté ». Il est temps que les Mauriciens prennent conscience « des meurtrissures, des frustrations et des rages qui émergent de cette situation malheureuse ».
Le chef de l’Église reconnaît qu’il y a eu des efforts entrepris à différents niveaux, soit au plan légal, économique et politique pour réduire ce mal mais souligne que « beaucoup reste à faire » pour que le fléau ne se développe davantage. Il salue aussi les initiatives prises par les organisations religieuses et sociales qui travaillent sur des projets de prévention et d’aide aux personnes battues.
Outre la dénonciation d’actes de violence, l’évêque de Port-Louis souligne l’importance « d’accorder une écoute » aux victimes. « Offrir de l’écoute à une personne victime de violence est une route difficile et triste que nous sommes appelés à emprunter », souligne-t-il.
Face à l’augmentation des cas de violence domestique, Mgr Ernest insiste sur l’urgence d’une réflexion impliquant les autorités et les membres de la société civile. « Il serait avantageux que tous ceux concernés par ce fléau puissent se retrouver ensemble avec nos gouvernants pour promouvoir à l’échelle nationale des relations humaines portant sur le respect de soi et de l’autre. Travailler ensemble pourrait nous aider à avancer plus vite pour prévenir la violence domestique ».
Soulignons que le thème choisi par les Nations Unies cette année pour marquer cette journée est « Ne laisser personne de côté : mettre fin à la violence à l’égard des femmes et des filles ».