Nous entrons cette semaine dans la période la plus critique de la campagne électorale, qui prendra fin officiellement mercredi à 18h, à la veille des élections générales, qui auront donc lieu le jeudi 7 novembre. Réjouissons-nous que cette campagne électorale ait été une des plus paisibles et des plus propres qu’aura connues le pays. Aucun incident majeur n’a en effet été enregistré entre partisans. Elle se déroule, dans l’ensemble, dans le respect de l’environnement. Pas d’affiches ou de graffitis sauvages. L’usage des affichages est respecté. L’utilisation du plastique pour les oriflammes ou autres banderoles a été bannie. De plus, contrairement aux élections générales de 1983, de triste mémoire, tous les partis politiques évitent d’utiliser des arguments de nature communale, du moins dans les réunions publiques. Pravind Jugnauth a, à plusieurs reprises, dénoncé ceux qui, soutient-il, veulent enflammer la paix sociale en faisant certaines allégations malveillantes. Si c’est le cas, il faudrait qu’il les dénonce nommément, preuves à l’appui, de manière à ce que les électeurs sachent à qui ils ont affaire.
S’il est dommage que certains candidats, dont ceux de ReA, n’aient pas réussi à se faire enregistrer pour n’avoir pas accepté de décliner leur appartenance ethnique, on constate cependant qu’un grand nombre de candidats ont choisi de se faire enregistrer comme population générale. Une façon de faire un pied de nez à l’obligation de déclarer sa communauté. À l’évidence, ce sont les médias sociaux qui sont utilisés comme forme d’exutoire pour les attaques les plus basses et les plus dégoûtantes entre certains protagonistes. Il faut toutefois reconnaître que ces mêmes médias sociaux sont aussi utilisés de manière très efficace pour la communication entre les partis et candidats avec les électeurs à travers Facebook, WhatsApp, Twitter, sites Web et autres applications mobiles. Ce qui donne une dimension numérique à la campagne.
Nous sommes donc à cinq jours d’un des moments les plus solennels dans le cadre de la démocratie parlementaire mauricienne. Le Conseil des Religions – qui, dans un message cette semaine, demande aux religieux de ne pas donner de consignes de vote – invite tous les Mauriciens à exercer leur droit de vote de manière réfléchie et sérieuse. « Plus qu’un droit, voter est un devoir; voter est une action civique qui incombe à tout citoyen, car l’avenir politique, économique et social de notre pays en dépend », soutient-il avec pertinence.
La majorité des élections générales organisées Maurice ont, d’une façon ou d’une autre, une connotation historique. C’est ainsi que les élections de 1948 avaient permis, pour la première fois, à tous ceux en mesure d’écrire leur nom de voter. Les élections de 1958, elles, avaient vu pour la première fois l’introduction du suffrage universel. En 1967, les élections avaient débouché sur l’accession de Maurice à l’indépendance alors qu’en 1976, on a vu pour la première fois l’entrée en force des députés du MMM au Parlement lors d’une lutte à trois (PTr, PMSD, MMM). Les élections de 1982 avaient pour leur part vu l’éjection de SSR du pouvoir alors que celles de 1983 avaient vu l’arrivée du MSM, dirigée par sir Anerood Jugnauth, au pouvoir. En 1995, c’est Navin Ramgoolam qui a débarqué à la tête du pays et, au terme des élections de 2000, à la suite d’un arrangement électoral avec le MSM, Paul Bérenger avait accédé au poste de Premier ministre pendant deux ans. Quant aux élections de 2014, elles verront pour la première fois un ancien président de la République, en l’occurrence sir Anerood Jugnauth, retourner dans l’arène politique et reprendre les rênes du pouvoir pour deux ans et demi.
Les législatives de 2019 verront Pravind Jugnauth, qui a succédé à son père dans la controverse, se présenter pour la première fois comme Premier ministre à des élections générales et le retrait définitif de SAJ de la politique active. Ce sera également la première fois depuis 1976 que trois principales forces politiques s’affronteront à des élections générales. La seule différence est cette fois que le PTr et le PMSD se retrouvent sur la même plateforme et que l’Alliance Morisien est composée d’éléments émanant tous du sérail du MMM, qui se présentera à ces élections sans aucun partenaire.
Les dés sont maintenant jetés. La journée de demain sera décisive pour les principaux partis en présence. Souhaitons que la campagne se termine comme elle a commencé, c’est-à-dire dans le calme.

Jean Marc POCHÉ