Dure réalité que celle de ces femmes âgées qui vendent des légumes à la sauvette sur la gare de Curepipe pour subvenir à leurs besoins et ceux de leurs proches. À même le sol, sur un morceau de carton ou dans leurs paniers, ces marchands “hors la loi” prennent des risques pour se faire un peu d’argent.
Le visage de Kamla est crispé. Ses yeux scrutent le moindre recoin car “bann misie-la inn desann”. L’alerte a été lancée alors que cette habitante de Nouvelle France venait de prendre possession de quelques centimètres d’un trottoir. En ce vendredi après-midi, elle est sous tension et peu disponible à se confier à Scope. À 67 ans, ses pas sont ralentis par le poids de ces trois sacs remplis de bananes, d’haricots verts, de bred, de pommes d’amour…
La crainte de se faire confisquer son précieux stock la plonge dans l’angoisse. Cette fois, elle a été chanceuse, en rasant les murs des petits commerces pour échapper aux policiers. “Tou ti pou bon zordi si bann-la pa ti debarke. Pena lapli ek mo ti pou kapav fer enn meyer lavant ki sa bann dernie zour-la.” Cette vendeuse à la sauvette n’hésite pas à braver le temps pluvieux, venteux et glacial; son terrain de chasse se situe dans la région curepipienne. Contrainte d’arrondir les fins de mois, elle ose chaque jour ce jeu du chat et de la souris.