Ellevina Narsoo Lingiah est enseignante d’éducation physique dans un collège de garçons depuis cinq ans. Un pari qu’elle a souhaité relever, avec quelques difficultés d’adaptation au début. Elle a dû batailler dur pour se faire respecter et gagner la confiance de ses élèves. Désormais, elle leur enseigne le sport en toute quiétude.

En prenant son emploi en tant que professeur d’éducation physique au collège Imperial en 2014, Ellevina Narsoo Lingiah devenait la première femme à occuper ce poste dans son collège. Elle a dû faire face à de nombreuses difficultés pour se faire accepter et respecter par les garçons. “J’avais des difficultés surtout avec les élèves des grandes classes. Ayant toujours eu des profs hommes, ils ont dû trouver cela bizarre au début qu’une femme vienne leur enseigner l’éducation physique.”

“Ils voulaient me tester”.

Les premiers mois ont été compliqués pour la jeune femme, qui venait de compléter son diplôme en éducation physique une année plus tôt, avec seulement une petite expérience comme Supply Teacher dans un collège de filles, le temps d’une année scolaire. “Les garçons avaient tendance à me défier au départ. Je me souviens parfaitement des premières classes où, à chaque fois que je leur montrais un exercice à faire, ils me demandaient de le faire pour leur montrer. Ils doutaient également de mes capacités à enseigner. Ils voulaient me tester. J’ai dû leur prouver que j’avais les capacités d’être leur prof tout en étant une femme.”

Quelques élèves refusaient même de faire du sport. “Certains me disaient qu’ils ne pouvaient pas faire du sport alors qu’ils en avaient fait pendant des années avec des profs masculins.” Une situation difficile à accepter et qui alimentait ses doutes sur ses capacités à faire ce métier. “Je me sentais mal. Je me demandais pourquoi cela se passait comme cela. Je m’étais posé beaucoup de questions : avais-je mal enseigné ou avais-je eu la bonne approche ?”

Être plus à l’écoute.

Assez rapidement, elle devait se rendre compte que le comportement de ses élèves n’avait rien à avoir avec ses capacités. Car elle avait réussi son diplôme brillamment et avait toujours été très sportive depuis le collège. “Je faisais beaucoup de sports au collège. J’ai gagné une médaille d’or. Je jouais au volley-ball également et j’étais capitaine de l’équipe du collège. J’ai même remporté la ligue nationale avec le Curepipe Starlight. L’année dernière, j’ai décroché la médaille d’or en tennis de table dans le tournoi par équipes des Universades, aux côtés de la championne Ruqayyah Kinoo, ainsi que la médaille d’argent en individuel.” Même si elle avait fait une spécialisation en tennis de table lors de ses études, elle se devait d’être à un bon niveau dans plusieurs disciplines sportives pour décrocher le diplôme.

Elle décida alors de briser la glace, en usant de psychologie. “J’ai pu bâtir un lien avec eux à travers la conversation, en étant plus à l’écoute. J’ai capitalisé sur les classes de théorie. Je leur ai fait comprendre que les filles et les garçons étaient égaux. Je leur ai dit que pour avoir mon diplôme, j’ai dû faire tout ce que les garçons doivent faire au niveau sportif pour réussir à mes examens. Que si j’étais là devant eux, c’est parce que j’avais réussi à le faire. À la fin de l’année, je leur ai demandé pourquoi ils s’étaient comportés de la sorte au début et ils m’ont confirmé que c’était parce que j’étais une femme.”

Petit à petit, les élèves ont commencé à mieux l’accepter. La discipline au collège l’a aidée. “Les élèves savent qu’ils ne doivent pas dépasser les bornes, et cela aide.”

S’essayer à différentes disciplines.

Pendant ses classes, elle s’assure que les activités se déroulent en sécurité. “Quand vous travaillez avec des enfants, vous devez être aux aguets, car une blessure est vite arrivée. Gérer une classe d’une quarantaine d’élèves n’est pas toujours facile, mais je suis formée pour cela. Je suis toujours assistée d’un autre prof de P.E. pour avoir un meilleur contrôle.” Elle s’assure aussi que tous les élèves s’essayent à différentes disciplines, ce qui peut leur ouvrir des perspectives d’atteindre le haut niveau et même de carrière, comme ce fut le cas pour elle. “Dans mes classes de pratique, il y a toujours quatre disciplines qui se font simultanément. Chaque élève a l’occasion d’en pratiquer plusieurs, ce qui lui permet de savoir où il est plus à l’aise. J’ai un élève qui a décroché la médaille d’or aux intercollèges en tennis de table. C’est un peu grâce à ces classes de découverte du sport.”

Les classes d’éducation physique ne suffisent pas pour rester en bonne santé. Elle encourage ses élèves à faire du sport à la maison. “Le diabète, l’obésité et l’hypertension sont devenus très courants à Maurice. Le sport aide à prévenir ces maladies et à les contrôler. Il aide au développement physique et mental de l’enfant. J’ai souvent vu des enfants ne pas pratiquer de sport et avoir des problèmes de coordination.”

Elle conseille la pratique d’activités sportives trois à quatre fois par semaine, pendant trente à quarante-cinq minutes. “Il est important de s’échauffer pendant cinq à dix minutes, avec un jogging léger et des étirements pour préparer les muscles à l’activité. Ensuite, on peut sauter à la corde, faire un peu de marche ou du jogging pour les plus endurants. Ceux qui en sont capables peuvent ensuite s’adonner à des exercices plus précis tels que des press-up, des sit-up ou des abdominaux. Très important, un petit décrassage à la fin : un léger jogging et des étirements pour remettre les muscles en place.”