Jeudi de la semaine dernière, un trafiquant de drogue connu des services de police britannique, Mark Duggan, 29 ans, était abattu par balles policières dans le quartier de Tottenham, à Londres. Ce quartier, les Mauriciens le connaissent plus particulièrement à cause de l’équipe de football de Tottenham Hotspurs, qui y a son stade. Suivant la fusillade, c’est l’escalade. Plusieurs quartiers de Londres — et non des moindres — s’embrasent. Islington, Woolwich, Hackney, Ealing, Enfield, Croydon connaissent alors une escalade de violence gratuite. D’innombrables magasins sont attaqués par des jeunes encagoulés — des hommes, des femmes, mais aussi des enfants âgés de sept, huit ans. La violence se répandra comme une trainée de poudre, pour s’étendre à Birmingham, mais aussi à Liverpool et Manchester. Week-End a recueilli des témoignages de Mauriciens se trouvant en Angleterre, mais aussi d’un couple d’anciens policiers britanniques établis à Maurice au sujet de ces quatre jours qui auront causé plus de Rs 7 milliards de dégâts, fait plusieurs victimes et provoqué plus de 2 000 arrestations.
Kris Heerasing, 31 ans, ex-étudiant du collège Royal de Curepipe, vit à Liverpool depuis 13 ans. Depuis qu’il se trouve en Angleterre, il n’a jamais rien vécu de tel, ni jamais imaginé voir les scènes dont il a été le témoin. « Ce que j’ai vu durant les derniers jours est tout simplement révoltant. J’ai été choqué par le paroxysme de la violence, alors que Liverpool est connue pour être une ville paisible où j’ai passé les meilleures années de ma vie. C’était la copie conforme de ce qui se passait à Londres. Des jeunes de la ville se sont donné rendez-vous en utilisant le Blackberry messenger afin de se lancer dans des pillages massifs de boutiques. Tout a commencé vers 18h, quand environ 200 jeunes, tous encagoulés se sont mis à courir vers le centre-ville. Certains se sont mis à incendier des véhicules en stationnement, d’autres brisaient des vitrines de magasins, avant de les piller et d’y mettre le feu. Je pouvais voir du venin dans leur regard. Les boutiques les plus huppées, notamment les bijouteries, les magasins d’électronique, de téléphonie mobile étaient les principaux objectifs. Ils raflaient tout ce qu’ils pouvaient emporter sur leur passage. J’ai assisté à des scènes qui me faisaient penser que le pays était en guerre », raconte Kris.
« J’ai même vu des parents qui venaient récupérer leurs enfants après que ces derniers ont participé dans les pillages. Des enfants ont tenté d’emporter un téléviseur écran plat qui valait plus de Rs 30 000 et étaient incapables de soulever leur butin. J’ai aussi vu des personnes qui avaient tellement rempli une fourgonnette avec des marchandises volées que le véhicule n’était pas en mesure de rouler. Ils ont dû laisser certaines marchandises sur place avant de pouvoir s’en aller. D’autres faisaient le va-et-vient, volaient, repartaient avec la marchandise volée et revenaient pour se servir de nouveau. C’était incroyable. D’autres jeunes incendiaient des magasins dans lesquels ils ne pouvaient pas entrer. Ils étaient tellement nombreux que la police était dépassée. J’ai même demandé à un des émeutiers pourquoi il faisait cela et il m’a répondu: ‘parce que nous pouvons’. Il m’a aussi expliqué que c’était une occasion à ne pas rater d’avoir plein de choses gratuitement ».