Les Findings de la Redacted Version du Forensic Audit de nTan Corporate Advisory Pte Ltd, qui se tiennent en 79 pages, sans compter les annexes et autres chronologies de l’écroulement de l’empire Rawat avec l’opération « Daylight Robbery », cèdent déjà la place à la polémique. Et ce, même avant que la Banque de Maurice ne la rende publique lors d’un point de presse, hier matin, et en le postant sur son Website. Plus de 24 heures avant cette échéance, Laina Rawat-Burns, animant sa page Facebook, avait donné le ton en s’en prenant à la décision de la Banque centrale de publier ce rapport alors que dans le cas du rapport nTan sur le scandale financier MCB/NPF, la position adoptée était complètement différente. Interrogé par Le Mauricien, en début d’après-midi, Me Shakeel Mohamed qui fait partie du Legal Panel des Rawat dans cette affaire, n’a pas hésité à dénoncer ce même « double standard » de la Banque de Maurice dans le traitement de ces rapports. Entre-temps, un autre front litigieux s’est ouvert avec la firme d’experts-comptables, BDO, auditeur externem de la société Bramer Property Fund Ltd, contestant les commentaires contenus dans le rapport à son égard. Toutefois, du côté du Central CID, sous la supervision de l’assistant commissaire de police, ACP Heman Jangi, ces 79 pages de conclusions de ce premier rapport des Forensic Auditors de Singapour sont passées à la loupe depuis la mi-journée en vue de confirmer le plan de travail pour la relance de l’enquête policière sur ces allégations de détournements de fonds avec le Chairman Emeritus, Dawood Ajum Rawat et ses proches/associés s’appropriant illégalement Rs 17,7 milliards par le truchement de Related Party Transactions.
Dans un premier temps, sentant l’imminence de la publication du rapport de NTan Corporate Advisory Pte Ltd, Laina Rawat-Burns a affiché la déclaration du Premier ministre d’alors, Paul Bérenger, lors d’une Private Notice Question (PNQ) , soutenant la position du ministre des Finances d’alors, soit en 2005, à l’effet que les règles de la confidentialité ne permettaient à la Banque de Maurice de rendre public le rapport de nTan Corporate Advisory Pte Ltd sur l’affaire MCB/NPF. L’on notera également que pour l’une des rares occasions, l’autre fille de Dawood Rawat, Adeela Rawat-Feistritzer, est intervenue dans les échanges sur cette page Facebook.
Mais depuis hier matin, le ton est monté d’un cran avec Laina Rawat-Burns dénonçant un plan délibéré pour exposer des membres de la famille Rawat à l’ire populaire. « There has been a plan to hold my family before a public tribunal and the proof of this lies in the series of malicious press articles that have incited hatred against my family for nearly a year now.  The nTtan report was held private for a « fraud » years back to protect the names of people involved, however in our « alleged » case it has been used as a tool to convince the public that we are to be held responsible without any court of law having heard and tried the case », s’insurge-t-elle sur sa page Facebook.
Tout en alléguant que « la presse ne fait que publier des mensonges » sur l’affaire BAI, la fille du Chairman Emeritus ajoute que « many people have expressed their concern for our safety in the next 24 hours ». Elle ne pourra pas s’empêcher de faire ressortir à l’égard de Dawood Ajum Rawat, qui a trouvé refuge en France depuis bientôt un an que « we love you dad and will always stand next to you because we know the man that you are – which is a man who had a vision for his people and his country – strived to make changes in the cultural opportunities available for Mauritians and create levels of service that no one had ever seen before. Your family and close friends know that you are an honest and genuine man. »
De son côté, Me Shakeel Mohamed a mis en exergue « la démarche de deux poids deux mesures » adoptée par le gouverneur de la Banque de Maurice, Ramesh Basant Roi, en publiant le rapport de nTan sur la BAI alors que celui sur la MCB/NPF est resté fermé dans un tiroir à la BoM Tower depuis fin 2004, sauf pour l’exclusivité du Mauricien de mars 2005. « Je dois dire que je n’ai pas encore pris connaissance de la teneur du rapport rendu public et que je suis en train de lire le communiqué émis par la Banque centrale confirmant sa décision de rendre public ce rapport tout en prenant soin de bloquer des éléments du dossier, qui sont confidentiels. Je ne peux m’empêcher de dresser un parallèle avec l’autre communiqué de cette même Banque de Maurice en mars 2005 sur l’affaire MCB/NPF », dit-il d’emblée.
« Dans le cas présent, nous sommes en présence d’une Redacted Version Under the Supervision of the Bank of Mauritius. Pourquoi ce Double Standard ? La question se pose. Ce Double Standard vient prouver, si besoin est, que le gouverneur de la Banque de Maurice agit comme un agent politique. On the 3 March 2005, his political masters have called the tune and he has danced. Today, the same political masters have changed the tune and he has changed the dance. But so far, the laws relating to banking and confidentiality have not changed. But when the matter comes for arbitration, he will have to dance another tune », poursuit Me Shakeel Mohamed avec un soupcon d’ironie.
Un autre volet des Findings des Singapouriens retient l’attention de Me Shakeel Mohamed, notamment l’expression Ponzi. « En ayant recours au terme Ponzi-Like Schemes, les experts n’ont pas eu la capacité de dire que c’est un Ponzi. Cela ressemble à un Ponzi. Un peu comme, dira-t-on. Mes informations sont que le terme Ponzi-Like a été retenu comme un compromis entre les deux camps, soit les consultants étrangers et la partie mauricienne, engagés dans un bras de fer. Le consultant a refusé d’émettre une opinion sur le Ponzi de Rs 25 milliards qu’avaient évoqué le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, dès avril de l’année dernière, le gouverneur de la Banque de Maurice, pas plus tard que lors du dîner annuel de cette institution ou encore les ministres Lutchmeenaraidoo et Bhadain », déclare-t-il.
« À ce stade, ce que j’ai entendu du rapport nTan se résume tout simplement à cette expression à l’effet que the report gives them the lie. À aucun moment, le rapport ne parle de fraude, de malversations, de criminalité, d’éléments criminels (mens rea) ou encure d’actus reus », a conclu Me Shakeel Mohamed.
Dans d’autres milieux du Legal Panel assurant la défense du Chairman Emeritus de BAI, l’on remet en cause de manière catégorique les Findings du rapport de nTan Corporate Advisory Pte Ltd. Des sources bien renseignées dans ce camp, l’on confie que le recours à une contre-expertise de ce rapport, commandité par la Banque de Maurice, est envisageable. « Nous allons nous rencontrer en début de semaine prochaine pour passer cela en revue et décider de la marche à suivre. Nous aviserons en temps et lieu », a fait comprendre la source au Mauricien en début de soirée, hier, en prélude à ce long week-end.
La polémique autour du rapport des Forensic Auditors de Singapour ne concerne pas seulement le camp Rawat. Ainsi, la firme d’experts-comptables, BDO, dont le Chief Executive Officer, Yacoob Ramtoola, a été Special Administrator de BAI Co (Mtius) Ltd and Related Entities depuis le 26 août de l’année dernière, proteste contre des conclusions de ce rapport à son égard. Dans un communiqué, émis, hier, BDO souligne que « Bramer Property Fund (BPF) was not a subsidiary of the BAI Group. Moreover, it is important to note that the financial statements of BPF were never consolidated with the financial statements of any of the companies forming part of the BAI Group. » Poursuivant, BDO avance que « all the matters pertaining to BPF were disclosed and discussed at length with the Board of the Financial Services Commission (FSC), the regulator for Insurance companies and Non-Bank Financial Services entities. The nature of those discussions is privy to confidentiality agreement between a professional services firm and the Regulator ».
En conclusion, BDO soutient que « the FSC deemed fit to appoint Mr. Yacoob Ramtoola of BDO as Special Administrator on 26th August 2015 by virtue of Section 110 of the Insurance Act as amended. He has been discharging his duty accordingly and his main concern remains protecting interest of policyholders ».
Sur un autre plan, les conclusions préliminaires de nTan Corporate Advisory, sous forme de Redacted Version, sont accueillies à bras ouverts au QG du Central CID. Les observations devront servir de compléments d’informations dans les différentes enquêtes initiées. Mais compte tenu des extraits du rapport, notamment par rapport aux transactions les plus sensibles, les limiers du Central CID devront soit consigner de nouvelles dépositions des responsables de la Banque centrale soit recourir à des Judge’s Orders pour accéder aux dossiers confidentiels de la Banque de Maurice…